‹ Merveilles du génie de l'hommeChapitre 24 sur 43 · I.KS LETTRES ALPHABÉTIQUES · texte numérisé non relu

I.KS LETTRES ALPHABÉTIQUES

au milieu des mélaphores ampoulées sur la puissance et les richesses de notre magnanime alliée, comme disait autrefois M. Thiers; à la suite d’une apologie cicéronienne de la Grande-Brelagne, de sa politique, de ses épices, de ses forces maritimes, de ses manufactures et de son commerce, dont les bras gigantesques étreignaient les deux hémisphères, notre savant, parmi un déluge de choses ingénieuses et utiles que ses yeux, doués d’une perspicacité peu commune, avaient découvert chez nos voisins nos amis, cita je ne sais quel engin destiné à la sécurité des bateaux qui parcourent les divers canaux du territoire, et exprima le désir, en bon Français, de voir cette pauvre France, qui ne sait rien trouver, adopter en cette matière le système anglais. Un académicien des plus vieux et des plus rusés, qui n’avait jamais voyagé en Angleterre, et qui s’était borné dans son temps à parcourir la France et à bien se rendre compte de ses ressources, de ses besoins et de ses richesses, avait écouté fort attentivement l’épopée semi-politique et semi-algébrique de son confrère; ce savant monta à la tribune académique, et prouva, pièces en main , à l’illustre champion du progrès, que les prétendues améliorations et inventions anglaises étaient connues en France dcjiuis cent cinquante ans, et (pie l’ingénieur du canal du Languedoc, le savant Riquetti, avait connu, trouvé et employé le système que l’orateur vantait tout-à-l’heure ; qu’enfin loin de congratuler l’Angleterre, on devait plutôt la blâmer de s’emparer de toutes les découvertes de la France, et de profder de l’ignorance de ses admirateurs pour consacrer ses larcins et perpétuer les sottes erreurs du vulgaire. « Messieurs, ajouta en teiminant le spirituel académicien, l’Angleterre est un geai et la France un paon : ce double rôle caractérise notre esprit national et le sien. Si nous sommes assez forts un jour pour lui reprendre les plumes qu’elle nous a arrachées, vous serez sur|)ris de sa laideur et de sa nudité.

La burlesque aventure de l’académicien anglomane pourrait assez bien s’appliquer à certains chercheurs de méthodes d’instruction élémentaire et populaire. Ces affamés de progrès britan-

nique ont été pêcher, il y a quelque trente ans , au-delà de la Manche, un système fort ancien, qui était pratiqué en Angleterre sous le nom de Bell et de Lancastre. Nos chercheurs d’idées neuves croient avoii' trouvé la pie au nid, et reviennent en France tout bouffis d’espérance et d’orgueil, en promettant, à l’evemple des rnai'chands d’orviétan, monts et merveilles. A les entendre, l’instruction élémentaire allait faire un pas immense, les lumières allaient courir les rues, et les humbles frères de la doctrine chrétienne ne pourraient soutenir la concurrence des écoles populaires nouvelles, que, par esprit de patriotisme, sans doute, ils appelèl’ent Ecoles lanças triennes, et qu’on a depuis plus honnêtement et plus justement nommées Écoles d’enseignement mutuel.

Les fastueuses promesses des apôtres de la méthode anglaise se sont réduites à zéro. L’instruction du peuple n’a pas sensiblement augmenté ; les lumières n’ont pas couru les l ues , et les frères des écoles chrétiennes n’ont pas cessé un instant de former des chrétiens et des citoyens qui, pour aller moins vite dans les sentiers épineux des études premières, n’en sont pas moins regardés aujourd’hui comme pourvus d’une instruction aussi solide, aussi raisonnée, aussi forte que leurs émules de l’euseignemeut mutuel.

Ce n’est pas tout encore. Ce que les chasseurs de systèmes nous ont apporté comme neuf et comme original, est très- vieux et trèsconnu en Belgique, en Hollande, en Allemagne, et en France surtout. Érasme fut le premier qui chercha à appliquer le mutualisme à l’instruction des enfants du peuple, et il fonda à Rotterdam et à ütrecht plusieurs écoles sur ce planC Au dix-septième siècle, madame de Maintcuon, fondatrice et directrice de l’Abbaye royale de Saint-Cyr, introduisit dans les classes de col établissement, si remarquable à plus d’un titri', l’enseignement mutuel. Le vertueux abbé de Lasalle, chanoine de Paris, donna à peu près dans le

‘ Érasme fut un des plus beaux génies du seizième siècle , si fécond en esprits du premier ordre. Érasme, aimé et encouragé par François U’', Charles-Quint, les papes Jules II et Léon X, eut beaucoup de part à la renaissance des lettres et des arts en France, en Allemagne et en Angleterre.

LES LETTRES ALPHABÉTIQUES

même temps, à la congrégation de la Doctrine chrétienne', un ouvrage, fruit de trente années d’études et de réflexions, où il déroulait la méthode qu’il avait inventée , et qui n’était autre chose que l’enseignement mutuel. Le docteur Heurbault fonda, eu 1741, à l’hôpital de la Pitié , en faveur des enfants trouvés, une écoh' d’enseignement mutuel, et le bon Rollin, recteur de rUniversité de Paris, préconisa cette méthode, la j)rotégea, et la fortifia de son expérience et de l’autorité de son nom ; enfin , le chevalier Paulet prit le système d’enseignement mutuel encore plus au sérieux, essaya d’établir plusieurs écoles d’après les vues de Lasalle, de Rollin et d’Érasme, et reçut de Louis XVI une somme de trente mille francs pour propager cet enseignement.

\'oilà le système neuf et original que nos glaneurs de progrès nous rapportèrent des îles britanni([ues , il y a bientôt un demi siècle.

Ce qu’il y a de plaisant, c’est que l’Institut décerna gravement et magistralement quelques-uns des prix de vertu , dont il est 1(> dispensateur, aux importateurs et aux propagateurs de la méthode lancastrienne . Cet argent, ce nous semble, aurait été beaucoiq} mieux employé à élever une statue à Érasme dans la cour du collège de France, ou au bon et charitable Heurbault, dans la cour de la Pitié. Mais ces deux créateurs de l’enseignement mutuel n’étaient i)oint Anglais, et il est si beau de distribuer des couronnes et des médailles aux thuriféraires d’une nation rivale ! Cela donne un petit air d’impartialité , et le patriotisme est de si mauvais goût et de si mauvais ton! ! Risum teneatis, amiciH

Le succès obtenu par les importateurs de la méthode lancastrienne excita la convoitise des grammairiens de tous les pays, et

1 Les pères de la doctrine chrétienne étaient les rivaux des jésuites pour l’enseignement. Les uns et les autres ont fait de brillants élèves : les jésuites ont donné Corneille et Voltaire à la France; les pères de la doctrine chrétienne, Molière et Racine. Une secte politique a pris, de nos jours, le nom de doclrinaire, parce (|u*‘ son vénérable chef, M. Royer-Collard, avait fait partie dans sa jeunesse de cette congrégation savante. Il faut ajouter que cette secte a produit plus dental tpie de bien .

un Belge , du nom de Jacolot, vint tout exprès de Bruxelles à Paris pour nous vendre , en 'petits volumes iii-12, son système (renseignement in omne çjenere, et nous apprendre que tout est dans tout, devise aussi claire que celle de ce Balthagore Aulicarius, rêveur et thaumaturge de Nuremberg, au (juinzième siècle, qui avait pris pour épigraphe de ses œuvres mystiques : Rien est dans rien. Quoi qu’il en soit, la méthode deM. Jacotot a suivi la marche de toutes les choses de ce monde , et, après avoir occiqK' bien des langues et bien des plumes de critiques, de controversistes et de disputeurs jurés et patentés, elle est allée se reposer, avec la prétendue méthode lancastrienne, dans les limbes de l’oubli , où le démon de la politique, qui envahit tout, journaux et revues, la retient sous une triple serrure. La question, agitée par les hommes sérieux, affranchis des préjugés de la routine et de l’esprit de parti, est aujourd’hui celle de renseignement individuel, de l’enseignement simultané, de l’enseignement mutuel.

L’enseignement individuel est l’enseignement antique : c’est celui de Démosthènes et de Cicéron, d’Annibal et de Scipion, de Montaigne et du chancelier de l’Hospital, de Turenne et de Catinat, de Maleshei bes et de Tui’got.

L’enseignement simultané a produit tous les grands homim's des temps modernes , depuis Rabelais jusqu’à Molière, Coi neille, Racine, Voltaire et Chateaubriand; depuis Gassion, Fabert, Vauban, Uestaing, jusqu’à Kléber, Desaix et Napoléon.

L’enseignement mutuel a produit, depuis vingt-cinq ans (pi’il existe Nous ne dirons pas ce qu’il a produit, car

Le temps présent est l’arche du Seigneur,

et il faut laisser (]uelque chose aux annalistes qui viendront a|)i ès nous, simples preneurs de notes.

Ce serait peut-être ici le lieu, après avoir parlé des divei’s modes d’enseignement des temps modernes, d’entrer dans quelques détails sur les manuscrits de l’antùpiité, sur hs manuscrits des épmiiK's, surtout, qui ont immédiatement pré'ctùlé la découverte

Ü.S U;TTULS AimMîF.TIOÜKS.

(le riniprimcj'ic ; caries manuscrits sont les monuments intellectuels des peuples, et ils révèlent le degré de son instruction populaii'e. Mais nous avons déjà, aux chaj)itres de V agriculture et de V imprimerie , offert à nos lecteurs quelques particularités intéres-' santés sur les manuscrits romains au tenq)s des empereurs, et sui‘ les manuscrits fi'ançais aux onzième, douzième et treizième siècles. Il ne nous reste qu’à compléter ce que nous avons déjà esquissé.

Les quatre grandes nations que nous avons si souvent citées dans le cours de cet ouvrage, n’écrivaient que sur la pierre, sur le marbre et sur les métaux; les Chinois, les Indiens et les Japonais sont, depuis un temps immémorial, en possession du secret de fabriquer un papier, ou i)lutôt un tissu fort léger avec la précieuse dépouille du vers à soie. Les Grecs et les Romains se servaient, à l’imitation des Égyptiens, du papyrus, de tablettes enduites de cire, de morceaux de bois de cèdre coupés fort minces, et de peaux d’animaux préparées pour écrire. Les Celtes, les Gaulois et les Ibériens avaient trouvé, longtemps avant l’occupation romaine, le moyen de transmettre leurs idées sur de certaines peaux d’oiseaux aquatiques. Il paraît même que chaque collège, ou réunion de druides, chez les deux premiers peuples que nous venons de nommer, était muni d’une fabrique, ou plutôt d’une corroyerie où l’on préparait ces i)caux. C’était la théocratie* qui tenait alors, comme on voit, les outils de la penséo. Le parchemin fut une des heureuses conquêtes du moyeii-àge, et le [)apier, tel (pie nous nous en servons, ne date guère (jue du commencemeut du quatorzième

* Il y avait à Chartres et à Vendôme, dans la forêt d’Orgères, un célèbre collège de druides, et c’était dans la p('tite rivière du Loir (lue les druides lavaient les peanx des oiseaux sacrés ; car ces prêtres ennobCssaient et revêtaient d’un caractère mystérieux tout ce qui concourait à l’immorl alité de la pensée humaine. Les pierres où étaient tracées des inscriptions druidi(pu's ont été préservées pendant deux mille ans des insultes des hommes, tant ees prêtres avaient profondément enraciné dans l’imagination des peuples le respect que l’on doit à la sépulture des sages et des héros, à la pierre qui rappelle un deuil ou une victoire nationale. La plupart des dolmen de Bretagne ne furent détruits (pi’en 1793, et il en existe encore quelques-uns anjonrd’hni.

siècle, et dut ses perfectionnements aux progrès de la mécanique et ,de la chimie aux dix-septième et dix-huitième siècles.

Les lettres en chiffres, qui servent aux mystères de l’amour et de la diplomatie, ne peuvent nous occuper ici. Instrument, tour à tour, de trahison conjugale ou de trahison politique, les lettres en chiffres ne présentent à l’esprit qu’un odieux raffinement d’astuce et de perfidie. Les Italiens sont les premiers inventeurs de ces missives qui, tantôt à l’aide de chiffres , tantôt à l’aide de lettres placées de telle ou telle manière, bravent pendant la paix les regards espions des domestiques, pendant la guerre la vigilance des généraux d’armée. Durant les guerres civiles d’Italie, on faisait un effroyable usage des lettres en chiffres ; et tantôt à Florence la faction guelphe, tantôt la faction gibeline, ravivait les haines populaires à l’aide de mots d’ordre et de proclamations lancés en lettres-chiffres à des meneurs subalternes. Parfois, les lettres en chiffres ont servi de nobles et grandes causes. Henri IV dut le gain de la bataille d’Ivry, et peut-être sa couronne, à un avis qui lui fut donné en chiffres, et la glorieuse conquête de la Hollande, par le général Pichegru , fut en grande partie l’ouvrage d’une correspondance chiffrée que le général français entretenait avec quelques républicains d’Amsterdam, qui préféraient le glorieux joug de la France à l’ignoble et perfide protectorat de l’Anglais.

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu’en citant textuellement quelques pages pleines d’intérêt et de science sur le calendrier, dues à la plume érudite et facile de M. le docteur Charles Bernard :

fc Après, vous m’apprendrez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune et quand il n’y en a point, » disait M. Jourdain à son maître de philosophie.

« La demande de M. Jourdain, toute ridicule qu’elle peut paraître, était au fond fort raisonnable, et tel qui s’en moque aujourd’hui, serait bien embarrassé si on lui adressait à ce sujet les questions même les plus élémentaires.

«r Le mot calendrier vient de calendes, nom que portait le

LKS LETTRES ALTIIARETKJI ES. 221

premier jour de chaque mois chez les Uomains ; (d comme les Grecs u’avaieni pas de calendes , l’expression renvoijer aux calendes grecques signifiait faire une promesse illusoire et mensongère.

« La division du temps est fondée sur la révolution de la terre autour du soleil; mais différentes causes concourent à rendre les jours solaires de longueurs différentes; aussi les horloges, les montres marchant bien ne peuvent pas s’accorder avec le midi vrai ou le temps vrai. C’est donc faire un très-mauvais éloge d’une montre que de dire qu’elle va avec le soleil, car le soleil ou la terre ne marchent pas avec la régularité parfaite qu’on leur présume dans le monde. Ces inégalités d’un jour à l’autre peuvent s’élever jusqu’à un quart-d’heure et plus; une montre allant bien peut marquer midi alors que le soleil doit encore marcher un quart-d’heure avant d’arriver à son méridien. De là résultent ou plutôt résultèrent des inconvénients sans nombre. Les anciens ne recherchaient pas une exactitude très-grande dans la division du temps; ils se contentaient d’à peu près. A Rome, on ne savait l’heure que quand le soleil brillait; alors nn huissier des consuls, posté sur la terrasse du palais du sénat, annonçait à grands cris le moment du lever du soleil et celui de son passage au méridien, ou le midi. Lorsque l’astre ne paraissait pas, tout restait dans la confusion.

« Pour j'emédier à ces inconvénients, les astronomes ont imaginé un temps moyen dressé sur les tables et arrêté à l’avance. Ce n’est que depuis la seconde restauration que les horloges de Paris ont été réglées sur le temps moyen. Avant cette époque, on entendait quelquefois sonner la même heure à différentes horloges pendant une demi-heure, ainsi que Delamhre racontait à 31. Arago l’avoir entendu. Ce changement dans la manière de régler les horloges passa inaperçu , malgré les craintes qu’avait conçues à cet égard 31. de Chabrol. Il s’imaginait qu’on ne voudrait pas accepter un midi de convention.

«r De temps immémorial , le jour a été divisé en vingt-quatre

22i DÉCOUVERTES — LWEiNTlOiNS.

heures; mais les heures ont varié en longueur et en appellation, ainsi que le moment où le jour commence. C’est maintenant à minuit; mais c’a été chez les anciens Arabes à midi, heure adoptée par Ptolémée et conservée par les astronomes modernes. Les Juifs, au contraire, les anciens Athéniens, les Chinois elles Italiens, commençaient le jour au coucher du soleil. Les Babyloniens , les Syriens, les Grecs modernes, etc., ont enfin choisi le lever de cet astre.

« Belativement à la semaine, il y a une grande divergence d’opinions. Les uns veulent (pi’elle ait existé de tout temps, chez tous les peuples; quelques autres prétendent que les Juifs seuls ont connu celte division du teiups. D’autres encore, parmi lesquels on doit ranger l’illustre Daunou, pensent qu’elle existait chez (luehiues peuples, chez les anciens Chinois, les Juifs, les Egyptiens el les Arabes. Mais on suppose que la semaine ne pénétra en Grèce cl en Occident qu’au troisième siècle de notre ère.

« Les noms des jours dérivent hien évidemment du nom des sept planètes connues dans rantiquité : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune. De cette série résulte, en suivant l’indication donnée par Dion Cassius, l’ordre actuel des jours de la semaine : samedi, dimanche, etc. Ici, nous laissons la parole à l’illustre académicien pour l’explication du rapport des planètes aux jours :

« Prenons l’ordre des planètes signalées j)lus haut, dit M. Arago ; affectons chacune d’elles aux heures du jour, en comptant de gauche à droite; et lorsque la série des sept est épuisée, revenons de la Lune à Saturne. Pour tout dire, en un mol, comptons comme si les signes étaient disposés en cercle. Ainsi la première heure du samedi, saturday, chez les Anglais, étant consacrée à Saturne, la septième devait être consacré(' à la Lune, ainsi que la quatorzième et la vingt et unième. La vingt-deuxième de ce même samedi était consacrée à Saturne, la vingt-troisième à Jupiter, la vingtquatrième à Mars ; la vingl-cimpiième, ou la première du jour suivant, devait être consacrée au Soleil, qui prenait ainsi son nom

LFS LKTTIîES ALI'IIAHÉTIOUKS. ili

(en anglais sundaij) du nom de cel astre. » Et ainsi de suite pour les autres jours de la semaine.

<f Dans l’antiquité, il a régné la plus gi’ande confusion dans la distribution des années, .fuies César, avec l’aide d’un astronome nommé Soligène, entreprit une réformation à laquelle on a donné le nom de réformation .lulienne. Il divisa l’année en douze mois, admit trois cent soi\ante-cin([ jours par an, avec un jour complémentaire toutes les quatre années. Otte réforme ne suffit pas pour faire concorder les saisons de la natui’e avec celles du calendrier. De sorte qu’on était à la veille de voir célébrer en plein hiver la fête de Pâques, qui, d’après les décisions ecclésiastiques, devait avoir lieu apiès l’équinoxe du piântemps, c’est-à-dire après le 21 mars. C’est ce qui engagea le pape Grégoire XI If à opérer une nouvelle réforme en 1582. Le 5 octobi'e de cette année fut nommé le 1 5 à Home. En France, le changement eut lieu le 10 décembre. Les pays catholiques suivirent l’exemple venu de Home; mais h‘s peuples protestants, justement à cause de la source de cette réforme si raisonnable, lésistèrent longtemps. L’Angleterre n’a cédé sous ce rapport que dans le siècle dernier; et ce changement produisit une véritable émeute, dans laquelle lord Chesterfield faillit perdre la vie. 11 est vrai de dire que ce fut moins la suppression de onze jours que celle de trois mois qui causa cette irritation populaire. .lusqu’en 1651, l’année avait commencé le 25 mars. Pour se mettre d’accord avec les nations du continent , le Pailement fixa le commencement de l’année au 1®'’ janvier.

« Le premiei* joui- de l’an a varié selon les peuples et les époques. En France, sous Charlemagne, il était à Noël; en Angleterre, au 25 mars. Il ne répond en France au 1®’’ janvier que depuis 1563.

« Cfuant aux calendriers ou almanachs annuels, leur publication remonte à une époque peu éloignée. Le fameux Nostradamus, outre ses centuries ou prédictions, fit paraître, à partir de 1550 jusqu’à sa mort, un calendrier contenant des prédictions sur les saisons et les temps les plus favoi ables aux divers travaux agi icoles. Mais de tous les almanachs, le premier qui ait été vraiment

populaire, c’est celui de 1636, publié à Liège sous le nom du chanoine Matthieu Lacnsherg. Cet almanach a dù son succès auv ridicules prophéties qui s’y trouvent insérées. A cet égard, nous citerons en terminant une petite anecdote racontée par Lagrange à son collègue M. Arago.

« L’Académie de Berlin avait anciennement pour principal revenu le produit de la vente de son almanach . Honteuse de voir figurer dans cette publication des prédictions de tout genre faites au hasard, ou qui, du moins, n’étaient fondées sur aucun principe acceptable, un savant distingué proposa de les supprimer, et de les remplacer par des notions claires, précises et certaines sur des objets qui lui semblaient devoir le plus intéresser le public. On essaya cette réforme; mais le débit de l’almanach fut tellement diminué, et conséquemment les revenus de l’Académie furent tellement affaiblis , qu’on se crut obligé de revenir aux premiers errements, et de redonner des prédictions auxquelles leurs auteurs ne croyaient pas eux-mêmes. »

remonte pas plus loin qu’au milieu du dix-septième siècle. C’est aux recherches d’Huygens' qu’elle est redevable de ses progrès et de son illustration ; c’est aux savants calculs de ce grand mathématicien que l’horlogerie doit l’invention du ressort spiral pour servir de force motrice aux machines destinées à donner la mesure du temps sans conserver une position invariable. Huygens enseigna le premier à faire l’application du pendule aux horloges pour y servir de régulateur, et démontra comment, en lui faisant décrire certains arcs, on pouvait rendre ses oscillations parfaitement isochrones, c’est-à-dire égales en durée.

Dès-lors, riiorlogei-ie marcha à pas de géant. Toutes les grandes villes de l’Europe produisirent des hommes remarquables dans l’art de l’horlogerie; et si rAngieteire se glorifie encore de ses Graham, de ses Cole, de ses flai rison; si Genève s’énorgueillil de ses Rumilly et de ses Goulez, la France est fière à juste titre des travaux de ses Julien et Pierre Leroux, de ses Ferdinand Berthoud, de ses Lepaute, et, de nos jours, des Robert, des Bréguet et dès Jlottet.

Tout en prenant une place honorable dans la phalange immortelle des arts et des sciences, l’horlogei ie n’a pas cessé d’etré uiiè branche considérable du côinméfce de quelques nations. La prospérité de Genève est presque complètement fondée sur l’industrie horlogère; la France exporte annuellement pour plus de dix millions de pièces d’horlogerie; et l’Angleterre, qui pompe par tous ses pores tes sucs du commerce de ruiilveis, élève au chiffre énorme de un million de livres sterling (vingt-cinq millions de francs) les exportations de l’horlOgerie britannique. Depuis trois

’ Chrétien Iluygeiis, l’iiii des plus grands malliéinalieiens des temps modernes, na(piit à La Haye en 1629. Il se remlit célèltre de bonne heure par ses découvertes, et fut mandé Paiâs par Colltert, (|ui rattachait à la France toutes les hautes intelligences de sou temps. Iluvgeits vint à Paris, et ce fut, selon toutes les probabilités, dans cette ville qu’il inventa la eycloïdeet perfectionna les télescopes. Huygens fut admis à rAcadémie royale des sciences, et resta à Paris de 16GC à 1681. Il retourna ensuite dans sa patrie, et mourut à La Haye le 8 juin 1695, à soixante-six ans.

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