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CHAPITRE XIX

Les verres, la poterie, la faïence. — La porcelaine en Chine, en Saxe et à Sèvres,

La poferie (mot dé- [/ A ||[/plB

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rivé sans doute du latin potio, je bois, et qui s’applique nonseulement aux vases servant à boire, mais encore aux objets destinés à mille usages domestiques) est l’un des premiers arts que les hommes réunis en société aient inventé. Chez les peuples primitifs, la poterie fut la vaisselle de tout le monde; chez les peuples civilisés, elle fut principalement à l’usage des classes peu favorisées des biens de la fortune. Or, comme dans toute nation bien policée il doit y avoir, et il est moralement et physiquement impossible qu’il en soit autrement, des familles riches et des familles pauvres, — nous ne disons pas misérables, prenez-y garde, lecteur! — la poterie fut alors ce qu’elle est encore de nos jours, la vaisselle plate du petit bourgeois, du marchand, de l’artisan, et surtout du philosophe et de l’artiste.

Les anciens ont poussé très-loin l’art de la poterie; ce qu’on a retrouvé dans les fouilles d’Herculanum et de Pompeï, sur l’emplacement des villes occupées par les Sabins, les Wolsques et les Etrusques, prouve que le sentiment du beau, du gracieux, de l’élégant, avait précédé chez ces peuples les exigences d’une civilisation plus complète et plus éclairée. Les Étrusques, surtout, ont laissé après eux d’inimitables chefs-d’œuvre de poterie; et les vases merveilleux qui ornent encore à Rome les galeries du palais Farnèse et de la villa Aldobrandini, donnent la plus haute idée du génie et de l’habileté des artistes étrusques.

Nous ne parlerons pas de la poterie colossale des Assyriens, des Babyloniens et des Égyptiens. Les débiis de pots, de vases, de coupes, de marmites, — qu’on nous pardonne la vulgarité du mot, — retrouvés sous les cadavres de pierres et de granit qui s’appelaient autrefois Ninive, Babylone et Memphis, dépassent tout ce que l’imagination pourrait créer de plus fantastique. Chaque tesson, chaque fragment de ces objets, dont les savants ne peuvent expliquer l’usage, et dont les charlatans seuls prétendent avoir la clé, sont chargés de ligures, d’emblèmes, d’hiéroglyphes, de figures, de constellations et de signes dont il est impossible de ne point admirer l’expression et la netteté, bien que dépourvus de ce

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fini et de celle grâce qui dérivent exclusivement de la perfeclion capitale de l’art. L’adage latin ex iimjue leonem, à l'ongle on reconnaît le lion, peut s’appliquer adiniiableiuent aux ruines domestiques de ces vieux peuples. L’écuelle cassée par la maladresse d’une cuisinière de llabylone, ou la terrine l'élée jetée au coin d’un sphinx par un marmiton de Memphis, suffiiaient pour témoigner de la gi’andeur de ces nations et de la petitesse ragotinigue des hommes de nos jours.

Les Grecs et les Romains, et parmi eux les Lacédémoniens, les Siciliens et les gens de Tibui-, se distinguèrent |>ar le génie de leurs potiers. A Sparte, les institutions même de la République encouragèrent la fabrication des ustensiles en terre, puisqu’il n’était permis à aucun citoyen de jiosséder de l’or ou de l’argent dans sa maison. Le fer et la j)Oterie fournissaient donc tous les instruments de cuisine ; le fer pour les broches, les chenets, les plats des festins civiques, les coupes et les fourchettes; la poterie pour les assiettes, les plats de famille, les coupes de libation, les cuvettes des sacrifices. Les Siciliens façonnaient des vaisseaux, des coupes et des vases de grand prix, moins, bien entendu, par la larelé de la matière que pai‘ rexcellence de la main-d’œuvre. Enfin, les gens de Tibur, — de cette Tibur si célébrée par les poètes et si chère à Virgile, à Horace et aux Lisons, — avaient la réputation d’êtie les meilleurs potieis de l’Italie ; c’étaient eux qui fabriquaient ces pénates d’argile' qui sont venus s’ensevelir avec les légions romaines dans toutes tes contrées de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Sous Niima, et dans les premh'rs temps de la République, ces petits dieux lares étaient en fer; plus tard, ils furent

'Un certain Valérins Mapadns, potier de Tibur, lit une tortune considérable en vendant aux soldats des légions parlant pour la troisième guerre punique, des dieux lares d’argile. Les soldats romains jjorlaient tous avee, eux un de leurs dieux domesti([ues, comme un souvenir de la |»atrie absente, comme une consécration du foyer domesti(pie. C’était le beau temps de la Republifiue. Les soldats de Constantin et de ses successeurs avaient remplacé les pénales par une croix de bois : de là est |>e\il-('-lre venu l’usage de distribuer des croix comme récompense militaire,.

OÉCOUVERTES ~ INVENTIONS.

en argile; sous les empereurs, ils furent en argent et en or. Mais hélas ! dans ces temps de lumières philosophiques on n’y croyait plus; et comme tous les peuples en décomposition, les Romains, avant de renier leur drapeau, avaient renié leur foi, leurs croyances et leur dieu. Ce ne fut point le christianisme qui tua la puissance de la Rome impériale, ce fut le matérialisme, ce fut l’athéisme qui s’attache auv vieilles sociétés pour les renverser, comme la pariétaire et le lichen aux vieux murs et aux édifices chancelants.

Les Gaulois n’apprirent rien des Romains dans tout ce qui constitue les arts utiles. Il est prouvé que bien des siècles avant l’arrivée des soldats de Rome dans les Gaules, nos ancêtres avaient, outre des institutions très-vigoureuses et très-bien appropriées à leur caractère, des fabricjues considérables d’objets nécessaires à une civilisation mitoyenne : c’est ainsi que dans l’Armorique (aujourd’hui Rretagne), la Neustrie (Normandie), TAquitaine (Guyenne et Provence), ou trouvait des bourgs entiers composés d’artisans de toute espèce. Les Armoricains fabri- ({uaient des armes et sa\aient s’en servir, — car l’Armorique a sauvé trois fois la France; et si la traînée de poudre corruptrice qu’entraînent après eux les chemins de fer ne va pas l’énerver et la corrompre, peut-être la France lui devra-t-elle encore de n’être pas rayée de sitôt de la liste des nations; — ils fabriquaient aussi de la poterie de grès ; et il y a quelques années, on a trouvé dans des dolmens des vases en grès^ d’une dimension colossale, et

‘On sait que les dolmens sont des tombeaux qui remontent pour la plupart à six ou huit siècles avant la domination romaine dans les Gaules. Ces tombeaux, dont le silence avait été respecté pendant deux mille ans, ont allumé la curiosité tant soit peu profane de quelques flâneurs d’antiquités, qui se décorent assez mal à propos du titre de savants. Ces tombeaux ont donc été violés, et les violateurs n’y ont trouvé que des ossements et des caractères indéchiffrables. Les paysans gardiens de ces cendres héroïques n’auraient pas permis, il y a un siècle, ces investi • gâtions parricides; mais les paysans, aujourd’hui, sont moins nationaux qu’il y a un siècle. Qu’est-il résulté de ces violations de sépultui’es? Rien. Où prétendent arriver ceux qui les commandent? Je ne sais. Ignorent-ils qu’un peuple qui jette aU vent les cendres de ses aïeux est bien près de périr lui-même? Le mépris de Dieu et le mépris de la tombe marchent au même but. Il est vrai que ceux qui en-

1;AHT du POTIEÜ.

qui gisaient au milieu d’ossements prodigieux. La Neustrie et la Guyenne étaient également renommées dans toutes les Gaules pour leur poterie ; et le César lui-même admirait l’industrieuse activité des populations qu’il avait soumises, et qui, toutes, fournissaient des soldats aussi valeureux que des ouvriers infatigables. Les druides encourageaient chez nos ancêtres le commerce, les manufactures et l’industrie, et souvent ils étaient les maîtres ou les propagateurs d’idées nouvelles ou de procédés ingénieux; aussi les grands centres de populations gauloises étaient-ils presque toujours déterminés par les collèges ou par les réunions officielles et permanentes des druides. Ce qui arrivait dans les temps les plus reculés de notre existence comme nation , arriva encore lors de l’invasion du christianisme dans la Gaule : tous les lieux où les apôtres du Christ, où les confesseurs de la foi vinrent planter le signe révéré de la rédemption du monde et de l’affranchissement de l’humanité, devinrent avec le temps des villes et des cités considérables, florissantes par l’industrie, par le commerce, par les sciences, par les beaux-arts, par les mœurs, étincelantes des lumières de l’Évangile et des rayons sacrés de la liberté. La philosophie voudrait vainement nier ces bienfaits impérissables, trois cents villes en France démentiraient par leur nom seul son inique mauvaise foi et ses allégations mensongères. Cette rosée de grandeur, de puissance et de liberté, tombée sur notre pays par l’influence de la croix , faisait dire à un pape , illustre par la sainteté de sa vie et par l’éclat de son génie, que la France était la république des évêques.

Une petite ville d’Italie, Faënza, dans la délégation de Ravennes (États de l’Église), acquit vers le commencement du treizième siècle, en 1228, une réputation extraordinaire par sa poterie de terre vernissée. Vers le milieu du siècle suivant, un Italien, domestique du duc de Nevers, crut trouver dans le

treprennent de pareilles croisades contre les guerriers d’uii autre âge, sont encouragés par l’impunité de ceux qui violent les tombeaux. Du moins le progrès de la science est le bouclier commode dont se servent les premiers.

DECOUVEHTES — INVENTIONS.

Morvan, contrée limitrophe du Nivernais, une terre semblable à (‘(‘Ile que l’on einiiloyait dans son pays à la fabrication de la poterie. Il fit part de sa découverte au duc de Nevers, qui lui donna vingt mille francs pour établir une manufacture jiareille à celles d(‘ Faënza. 1/ltalien réussit au-delà de ses espérances, et, dès ce moment, la France cessa d’être tributaire de l’étranger pour cet artich' de consommation si utile et si univeisel. On se mit de toutes paids, en France, à fabiiquer de la faïence; et, à l’exemple deNe\('is, Angers, Rouen, Nantes, Rennes, Montereau^ créèrent des manufactures qui prospèrent encore aujourd’hui. les jirovinces les plus pauvres trouvèrent dans cette industrie les moyens d’alléger le fardeau de leurs besoins et de leurs impôts; et, au moment où nous traçons ces lignes, le département des Rouches-du-Rhône compte plus de deux cent cinquante fabiiquesde faïence; le Var, plus de quatre-vingts, et les Basses-Alpes, vingt-cinq. Cet humble commerce nourrit plus de vingt mille familles, et assoie un travail régulier à plus de soixante mille per.sonnes.

Pline, le naturaliste, rappoi'te que des marchands phéniciens s’élani servis jtai' hasard, dans leurs voyages, de quelques blocs de soude iiour construire un foyer sur le sable, virent avec surprise le nation vi le sable se combiner par la fusion et donner existence au verre. Cette origine est quelque peu fabuleuse, et il est beaucoup plus simple de jienser que l’idée de la fabrication du vi'rre a été donnée aux hommes par les éruptions de volcans, dont les laves, composées d’éléments divers, forment dans leurs courses hrùlantes à travn’s les eampagiu's des combinaisons multiples, que tout le géni(‘ humain n’aurait pu ni prévoir ni créer.

En Égypte , oti les monuments eu verre n’étaient pas rares, on citait divers scarabées en émail portant le cartouche de différents rois. Parmi ces scarabées, il y en avait un en émail vert qui portait le cartouche de Thautmosis III, septième roi de la dix-huitième dynastie, qui régnait dix-sept cents ans avant Jésus-Christ. On sait, en outre, que Cléopâtre, reine d’Égypte, donna au triumvir

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