‹ Merveilles du génie de l'hommeChapitre 29 sur 43 · I.’AKT DU POTIER · texte numérisé non relu

I.’AKT DU POTIER

Marc-Antoine un sphinx calossal en émail , qui sombra en vue du port d’Oslic avec le vaisseau qui le portait à Rome.

Les Chaldéens et les ITéhi’oux connaissaient le verre, et il est fait mention de ce produit de l’industrie humaine dans le livre de Job. Le temple de Jérusalem contiuiait même plusieurs vaisseaux destinés aux sacritices faits en verre. On Ut dans l’Écriture que le^rand-prêtre Abimeleck ordonna de l éduire en poussièi-e tous tes vases mutilés qui servaient aux cérémonies du temple, et de les remplacer par d’autres vases n ayant jamais servi.

Le verre fut apporté à Rome sous le règne de xNuma, 714 ans avant Jésus-Christ. Le prix des objets en verre tin tiré des verreries de Memphis, de Sydon et de Tyr, était encore si élevé sous Néron, que cet empereur paya six mille sesterces ^ environ dix mille francs de notre monnaie d’aujourd’hui) deux coupes de verre de moyenne grandeur.

La fabrication du verre resta stationnaire pendant plus de trois mille ansL Ce ne fut qu’au moyim-àge que les loisirs du cloître inspirèrent à quelques moines le désir de surpasser les anciens dans la confection des utiles vaisseaux consaci’és à conserver et à perpétuer le parfum des grappes conquis(^s ])ar Rienniis. Les Romains gardaient leur cécube et leur i'alei ne dans des outres ou des amphores qui portaient le nom des consulats sous lesquels elles avaient été remplies. Mais ce mode>de conservation avait de graves inconvénients; et le volujitueux et gourmand Lucullus avait raison de dire à son maître-d’hôtel : « Ne sers jamais sur ma table les vins de mon consulat; à la lie qu’ils déposent au fond de l’amphore, je m’aperçois que je suis vieux, et de mon passé je ne prétends garder que le souvenir de mes victoii es sur Mithridate et sur Tygranes. j>

' Le verre soluble est un silicate simple de potasse ou de soude.

Le verre de bouteille un silicate de potasse ou de soude, de chaux, d’alumine de fer.

Le verre à vitres est un silicate de potasse ou de soude et de chaux.

Cristal ordinaire de silicate de potasse et de plomb.

L’émail, silicate et stom.de, ou antimoniale de potasse ou de soude et de chaux.

Les moines inventèrent les bouteilles ; et cette heureuse application de l’art verrier, qui laisse au vin captif, dans une gracieuse prison , tout son arôme et toute sa sève , qui permet à la vue de s’associer aux jouissances du goût et de l’odorat, est une des plus heureuses dik'ouvertes du moyen-âge. Peut-être nos vins de France, dont la gloire a fait le tour du monde bien avant la gloire de nos armes, doivent-ils à l’habit fragile combiné par quelques pieux cénobites, une partie de leur splendeui- et de leur renommée. L’attrait pratique de la liqueur bourguignonne et champenoise réside incontestablement dans son uniforme, et il est à croire qu’un épicurien qui sablerait, sans intempérance, deux bouteilles de vin de champagne, n’en boirait pas une seule si le jus pétillant d’Épernay et d’Aï lui était présenté dans une cruche de grès. L’habit ne fait pas le moine, dit-on communément et assez hypocritement , mais ici les bouteilles ou ceux qui les ont inventés, les moines, font le vin.

Le métier de souffler le verre, et particulièrement les bouteilles, devint bientôt un privilège L Dès le douzième siècle, les pauvres gentilshommes furent, par des édits royaux, investis de la fatigante et périlleuse mission de souiller le verre. Les rois pensaient sans doute qu’il appartenait à la noblesse indigente , dont le sang coulait habituellement sur les champs de bataille

‘ Ce privilège dangereux dura jusqu’à la révolution de 1789. 11 y avait en France des milliers de familles de gentilshommes verriers, qui toutes, ou presque toutes, se rendirent recommandables par leur vaillance, leur probité, leurs vertus, et donnèrent parfois le jour à des bomraes distingués dans les arts, dans la magistrature, dans l’épiscopat , dans les armes et dans les lettres. Un poète aimable et négligé du dix-septième siècle , Gérard de Saint-Amand , si sévèrement traité par Boileau, était issu, entre autres, d’une famille de gentilshommes verriers. Ses ennemis lui dé(;ochèrent l’épigramme suivante :

Voire noblesse est mince;

Car ce n’esl iras d’un prince,

Daplinis, que vous sorlez.

Cenlilhoinme de verre,

Si vous tombez par terre,

Adieu vos qualités.

Sainl-Amand mourut pauvre, comme il avait vécu.

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