‹ Merveilles du génie de l'hommeChapitre 36 sur 43 · LA PEINTURE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE

nous depuis quelques années, aux dépens de l’art dramatique luimême, une si grande importance et de si merveilleux développements, ne peuvent nous arrêter un instant. La peinture à fresque, ce travail si difficile et si estimable, quelles que soient les mains qui l’ont accompli , si grandiose et si splendide sous le pinceau de Michel-Ange et de Raphaël, ne peut, malgré nous, exiger que quelques lignes de notre plume. La peinture à fresque, inventée par les Babyloniens, connue des Égyptiens, perfectionnée et poétisée par les Grecs, fut apportée par ceux-ci à Rome, et devint monumentale et domestique, c’est-à-dire qu’elle concourut également à l’ornement des temples et des maisons particulières. La fresque disparut devant les dévastations de l’Italie, pour reparaître avec Cimabué, grandir avec Michel-Ange, et briller d’un éclat tout nouveau avec Raphaël.

Il serait difficile d’assigner à la gravure des médailles une origine positive; en vain des numismates, pleins de science et d’érudition , ont-ils voulu préciser le temps et le pays où les premières médailles ont été frappées. Leurs hypothèses sont presque toutes inadmissibles. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’art de la gravure des médailles existait à Babylone, àNinive, àPersépolis; que les Chinois possèdent une collection de médailles gravées authentiques qui remontent à plus de quatre mille ans, et que nos ancêtres, les Celtes et les Gaulois, avaient dans leurs archives nationales des médailles frappées à l’effigie des dieux et des héros, et commémoratives de grands événements ou de grandes actions.

La gravure des estampes, quoique incomparablement plus moderne que la gravure sur médailles, est cependant entourée de la même obscurité. Quelques-uns donnent pour berceau à la gravure sur bois plusieurs monastères de l’Allemagne aux dixième et onzième siècles; quelques autres la font venir directement de la Chine, à la suite des expéditions commerciales faites vers ce temps par les Portugais et les Arabes de Tunis réunis en caravane maritime. Quelle que soit son origine, que la gravure sur bois nous vienne des moines ou des Chinois,

il est incontestable que cette découverte a été pour la peinture un précieux encouragement. L’art de graver est le ménechme de l’art de peindre, et si l’antiquité eût trouvé le secret de reproduire par le burin les ouvrages immortels de ses peintres, nous ne regretterions pas si amèrement aujourd’hui les tableaux de Zeuxis, de Protogène et de Limante. La gravure sur cuivre suivit de près la gravure sur bois. La première horloge de bois était le génie, la première horloge de cuivre était le talent; le tout est de trouver une idée génératrice, et l’œuf de Chiistophe Colomb est toujours comme symbole d’une invincible vérité; et dès le commencement du treizième siècle, les moines de l’ordre de Saint Bernard excellaient dans ce genre de travail. L’illustre Albert Durer, de Nuremberg, fonda la véritable école de gi avure au. quinzième siècle, comme Cimabué, à la fin du treizième siècle, avait jeté les fondements de la grande peinture; et depuis Albert Durer, le nombre des graveurs en Allemagne, en France, en Angleterre, en Italie et en Espagne s’est prodigieusement augmenté, et dans ce nombre des hommes de génie ont surgi à diverses époques. Les Marc-Antoine, les Drevet, les Schapfer, les Miraguez se sont associés à la gloire des grands peintres dont ils se sont fait les interprètes, ont partagé leurs palmes et conquis quelques fleurons de leurs couronnes.

Nous avons vu dans le chapitre précédent que l’art céramique (l’art du potier) avait, chez les anciens comme chez les modernes, emprunté à la peinture ses plus attrayantes qualités. Les vases, les jattes, les magots, les tasses de porcelaine de la Chine et du Japon sont redevables à l’éclat plus encore qu’à l’originalité de leurs peintures, de la vogue dont ils n’ont cessé de jouir en Europe depuis bientôt sept cents ans. Notre manufacture de porcelaine de Sèvres a associé tous les genres de peinture à ses triomphes purement céramiques, et plusieurs de ses produits pourraient, sous le rapport pictural, rivaliser avec les toiles éloquentes des plus grands maîtres de notre école. C’est sans doute moins pour nous que pour les âges futurs que ces splendides travaux s’accomplissent,

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