LE HUITIÈME VOYAGE DE SINDBAD LE MARIN
A Francis Ja.mmls
Sindbad, ayant achevé le récit de son septième voyage, annonça aux convives qu'ils connaissaient toutes ses aventures. Il leur donna congé, et remit comme les jours précédents cent sequins au porteur Hindbad.
Le lendemain, Hindbad se promena dans les rues de la ville. Lus sept cents sequins qu'il avait reçus lui permettaient désormais l'oisiveté. Mais il est difficile de perdre une longue habitude, môme d'un travail pénible, et Hindbad ne tarda pas à s'ennuyer. Il avait la tête remplie des merveilles qu'il tenait du marin, et il regrettait que Sindbad n'eût accompli que sept voyages.
— La conversation de ce vieillard, songeait-il, occupa mon esprit pendant toute une semaine. Maintenant, ma pensée et mes bras sont également désœuvrés. Certes, j'étais plus heureux au temps où je me plaignais de mes corvées ; j'étais du moins un ignorant.
Tout en aggravant son ennui avec ces réflexions, le porteur conduisit machinalement ses pas devant l'hôtel de Sindbad. Un parfum exquis de bois d'aloès, de pastilles et d'eau de rose lui fit reconnaître le lieu où il se trouvait sans l'avoir cherché. Il s'arrêta, partagé entre l'envie d'entrer dans la maison et la gêne d'y revenir sans avoir été prié.
— Sindbad croira que je suis attiré par l'espoir de cent nouveaux sequins ; à bon droit mon indiscrétion l'irritera. Et pourtant, combien je souhaite l'entendre encore!
Ainsi pensait-il, et il cherchait un moyen de pénétrer dans l'hôtel sans laisser suspecter son désintéressement.
Une idée enfin le contenta. Il tira de sa ceinture sa bourse gonflée de pièces d'or, et, avisant devant la porte un serviteur, il l'aborda.
— Va trouver ton maître, lui dit-il, et portelui cette bourse. Tu lui demanderas s'il consent à recevoir la visite du porteur Hindbad au prix des sept cents sequins qu'elle contient.
— Mon maître ne fait pas payer ses audiences, répondit le serviteur en riant. Ignores-tu qu'il est le plus riche habitant de Bagdad et peut-être du monde entier.
— Sindbad est un sage, dit le porteur. Il n'y a pas un grain de sable qui ne compte aux yeux de