‹ Merveilles et moralitésChapitre 3 sur 36 · LE HUITIÈME VOYAGE DE SIXDBAD LE MARIN · texte numérisé non relu

LE HUITIÈME VOYAGE DE SIXDBAD LE MARIN

la sagesse. Ilàte-toi de porler ma bourse à ton maître; il me comprendra.

Le serviteur s'éloigna en haussant les épaules, mais il ne tarda pas à être de retour avec Tordre d'introduire Hindbad.

Sindbad le marin était seul dans la salle qu'une Foule de convives emplissait naguère. Use leva de sa place, vint à la rencontre du porteur et le pressa dans ses bras. Ensuite il le fit asseoir à son côté.

— J'accepte ton cadeau, dit-il à Hindbad; je n'échangerais pas ta pauvre bourse de cuir contre des coffres de pierreries. Dés aujourd'hui tu resteras auprès de moi. Tu habiteras ma maison et tu ne manqueras de rien. Je te tiens pour mon ami le plus cher; car, sache-le, s'il m'a été permis de voir des choses singulières, aucune ne valait le spectacle que tu me donnes. J'ai fréquenté des rois, des Géants, des Génies, mais je n'ai jamais rencontré un homme qui sacrifiât sa fortune au besoin de s'instruire. Qui donc ne place pas le bonheur dans la possession de la richesse? Le savant luimôme se fait de la science un moyen plus qu'un but. Et à quoi ai-je obéi, sinon à ma cupidité, en recommençant mes pérégrinations, malgré les dangers que j'avais courus? Mes biens étaient inouïs, et je fus insatiable; toi, porteur misérable, tu me rends les quelques pièces d'or qui assuraient ton existence, au lieu do m'en demander davantage.

— Je ne crois pas mon action si méritoire, dit Hindbad. Un jour que, sous vos fenêtres, je maudissais ma condition, vous m'avez dépêché un de vos serviteurs qui me convia à votre table ; et, pour me guérir de l'envie, vous m'avez raconté vos travaux. J'ai reconnu volontiers que j'avais tort de gémir et que votre grande richesse avait été acquise par des souffrances au-dessus des miennes. Mais pourquoi avoir démenti la leçon que vous me donniez en me faisant chaque jour un présent? Je n'avais eu que le plaisir de vous entendre, et je me suis trouvé riche sans l'avoir gagné.

— En vérité, dit Sindbad, tu es d'une espèce plus rare encore que je ne me l'imaginais. D'autres à ta place auraient dissipé ce pécule chez les orfèvres, les taverniers ou les tailleurs ; d'autres l'auraient confié à des banquiers, qui l'auraient accru ou dissipé ; quelques-uns se seraient contentés d'en tirer une existence modeste, mais assurée.

— C'est aussi votre faute si je n'ai pris aucun de ces partis. Lorsque tant d'or n'a pas suffi à étouffer vos désirs, qu'est-ce donc que sept cents sequins ! Et je suppose que toutes mes envies aient été satisfaites, que serais-je devenu par la suite? Vous m'avez dégoûté d'une existence ordinaire en m'éblouissant avec des merveilles.

— Eh! dit Sindbad, je garde les sequins; reprends ton métier. Rien pour toi ne sera changé.

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