‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 38 sur 61 · MES CAMARADES D'ENFANCE · texte numérisé non relu

MES CAMARADES D'ENFANCE

mes anciens ami^, j'aime à vous accueillir; Ainsi que les bons vins vous gagnez à vieillir. Chacun de vous m'apporte une image lointaine Des beaux jours qu'oubliait ma mémoire incertaine; Je trouve à votre aspect mes vestiges tracés Sur de riants chemins ensemble traversés.

Alors de mon passé le tableau se complète ; Chacun d'une couleur enrichit ma palette Pour peindre avec amour cet âge d'or si doux De ma jeunesse folle écoulée avec vous.

Sous des deux plus cléments mon souvenir s'envole , Je revois le collège et retrouve l'école; Je m*égaie aux rayons de ce brillant matin , Où mille jeux divers formaient notre butin , Lorsqu'on passe en chantant dans sa course prospère D'un plaisir qui finit au plaisir qu'on espère , Quand le sombre chagrin ne saurait qu'effleurer L'enfant qui trouve à peine un instant pour pleurer.

Des outrages des ans empreints sur ma figure

Avec vous, vieux amis, je ressens moins l'injure;

De mes cheveux blanchis, des rides de mon front,

De la goutte qui vient , de mes dents qui s'en vont

Je prends mieux mon parti , quand je vois que la Parque

Du bout de sa quenouille ainsi que moi vous marque ,

Et que nous descendons plus ou moins impotents

Sur le môme radeau le grand fleuve du temps.

Par nos jeux et nos maux doublement sympathiques ,

Nous avons mômes goûts et mômes sciatiques ,

Mômes infirmités , et nous nous demandons

« Comment va tout cela » quand nous nous abordons.

Puis, des choses du jour nous discourons ensemble. Près d'un ormeau touffu dont Fombre nous rassemble , Tous assis sur un banc , notre canne à la main , Du Russe et du Français nous traçons le chemin ; Nous traînons au grand jour leur sombre politique , Prédisant des malheurs d*un accent prophétique. Et creusant sur le sol pour Teffroi des passants De sinistres carrés et des ronds menaçants.

Parfois , nous arrachant aux soucis de la terre. De nos destins futurs nous sondons le mystère ; Quelque pieux ami mêle à notre entretien Des propos consolants sur la fin du chrétien. Il nous dit quel supplice attend la destinée Aux angoisses du doute en mourant condamnée, Comme la coupe humaine au fond a moins de fiel Pour cetui qui la vide en regardant le ciel, Et combien du vieillard Tespoir et la prière Abritent saintement Texpirante carrière.

mes vieux compagnons , à vos accents chéris

Ces mots religieux ajoutent un grand prix ; Ils endorment les maux que le Seigneur m'envoie , Ils entourent mon cœur d'espérance et de joie , Et je sens s'augmenter dans votre doux milieu Mon amitié pour vous et mon amour pour Dieu.

Mais votre nombre, hélas ! tous les ans diminue , De mes chers souvenirs dépeuplant l'avenue ; Tous les ans je survis plus seul , plus délaissé De ceux auprès de qui je trouvai mon passé , De ceux dont l'existence à mes destins liée M'en rappelait sans cesse une phase oubliée.

Avant de terminer, je vous fais un aveu Que vous doit ma franchise et qui me coûte un peu : Au sein de mes défauts il en est un sans doute Qu'en arrivant chez moi chacun de vous redoute , C'est l'habitude innée , aucun disent t travers » De lire à tout venant et ma prose et mes vers ; Las ! il n'est que trop vrai , du produit de mes veilles , Mes excellents amis , j'ai bourré vos oreilles. Aigourd'hui , toutefois , vous devez m'excuser

Si je vous lis ceci pensant vous amuser.

Daignez donc m'écouter , ce sera mon salaire ; Bien mieux que mon esprit mon sujet doit vous plaire, Car c'est vous que je chante , et c'est vous dire assez Qu'il faut subir des vers qui vous sont adressés.

ÉPIGRAMME

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