I-a nuit, à travers les IkiIs
A chaque vent qui s’élève,
A chaque flot sur la gr ève.
Je dis ; A’es-tu ]>as leur voix?
Du moins, si leur voix si pure.
Est trop vague pour nos sens, la'ur Aine en secret murmure De plus intimes accents;
Au fond des cœurs qui sommeillent, Ix'urs souvenirs qui s’éveillent Se pressent de tous edtés.
Comme d’arides feuillages Que rapportent les orages Au troue qui les a portés.
C’est une mère ravie A ses enfants disperses.
Qui leur tend, de l’autre vie,
Ca;s bras ijui les ont bercés ;
Des liaisers sont sur sa bouche ;
Sur ce sein qui fut leur couche Son cœur les rappelle à soi ;
Des pleurs voilent son sourire.
I lüli IVAl.l/A.
Ili.t
Kl smi n'}(aril st'inldi' iliic- :
« Vous itime-l-uii fominc mni \ »
C’est une jeune Uancée Qui, le front ceint du Itiinili’au,
N’emporta qu’une |>en8éo Üe sa jeunesse au tombeau :
Triste, hélas ! dans le ciel même.
Pour revoir celui (|u’cllcaime Elle revient sur ses pas.
Et lui dit : a Ma tombe est verle.
Sur cette terre déserte Qn’attends-lii? Je n’y suis pas! i>
C’est un ami de l’enfance Qu’aux jours sombres du malheur Nous prêta la Providence Pour appuyer notre cœur.
Il n’est plus; notre Ame est veuve,
Il nous suit dans notre épreuve,
Et nous dit avec pitié « Ami, si ton Ame est pleine.
De ta joie ou de ta peine Qui |M>rtera la moitié?»
C’est l’ombre pAle d’un père Qui moumt en nous nommant;
C’est une soeur, c’est un frère Qui nous devance nn moment.
Sous notre heureuse demeure,
Avec celui qui les pleure,
ini
FIOR D'ALIZX.
Hélas !, ils dormaient hier !
F-jt notre cœur doute encore,
Que le ver déjà dévore Celte cliair de notre cFiair !
I/enfant dont la mort cruelle Vient de vider le Irerceau,
Qui tomlia de la niainelle Au lit glacé du tombeau ;
Tous ceux enfin dont la vie,
Un jour ou l’autre ravie,
Fimporte une part de nous,
Murmurent sous la poussière :
« Vous qui \ojez la lumière.
De nous vous souvenez-vous? n
Ail ! vous pleurer est le bonlieur suprême.
Mènes cliéris de quiconque, a des pleurs !
Vous oublier, c’est s’oublier soi-même : N’èles-vous pas un débris de nos cœurs?
Kn avançant dans notre obscur voyage, l)udou.x passé l’horizon est plus beau :
F.n deux moitiés notre âme se partage,
Kt la meilleure njiparticnt au tomlH’au !
Dim de pardon! leur Dieu! Dieu de lem-s pères ! Toi que leur bouebea si souvent nommé,
Untends pour eux les larmes de leurs frères ! Prions pour eux, nous qu’ils ont tant aimé !
Ils t’onl prié pendant leur courte vie.
Ils ont souri quand lu les as frappés!
Ils ont crié : « Que ta main soit l)énie ! » Dieu, tout espoir, les aurais-tu trompés?
Et cependant pourquoi ce long silence ?
Nous auraient-ils oubliés sans retour?
N’aiment-ils plus? Ah ! ce doute t’offense !
Et toi, mon Dieu, n’es-tu pas tout amour ?
Mais s’ils parlaient il l’ami qui les pleure. S’ils nous disaient comment ils sont heureux. De tes desseins nous devancerions l’heure; Avant ton jour nous volerions vers eux.
Où vivent-ils? Quel astre à leur, paupière Répand un jour plus durable et plus doux ? Vont-ils peupler ces îles de lumière?
Ou planent-ils entre le ciel et nous?
Sont-ils noyés dans l’étenielle flamme ?
Ont-ils perdu ces doux noms d'ici-bas.
Ces noms de sœur, et d'amante, et de femme A ces apjicis ne répondront-ils pas?
Non, non, mon Dieu ! si la céleste gloire Leur eût ravi tout souvenir humain,
Tu nous aurais enlevé leur mémoire ;
Nos pleurs sur eux rouleraient-ils en vain?
KlOli hAU/.A.
Ah! iliiiis Ion si'in que h'iir iirao sf> noie!
Mais ‘farde-noiis nos jilneos dans lem- l'nnir.
Eu* qui jadis oui coiMé noire joie, l’oiivons-nous fdre heimm* sans leur luinlieiii’?
Elends sur eu* la main de la clémence!
Ils ont |>éclié; mais le ciel est un don!
Ils ont soufTerl : c’est une autre iiinoeeiice !
Ils ont aimé : c’est, le sceau du pardon !
Ils lurent ce que nous sommes.
Poussière, jouet du vent;
Erapiles comme des hommes.
Faibles comme le néant !
Si leurs pieds souvent glissèrent.
Si leurs lèvres Icansgressèrent Quelque lettre de la loi,
O Père, ô Juge suprême.
Ah! ne les vois pas eux-mèmes;
Ne regarde en eu* que toi !
Si lu scrutes la poussière.
Elle s’enfuit i ta voi*;
Si tu touches la lumiè.re.
Elle ternira tes doigts ;
Si ton œil divin les sonde.
Les adonnes de ce monde Et des cieu* chancelleront ;
Si tu dis à l'innocence, a Monte et plaide on ma présence ! »
Tes vertus se voileront.
MOI! n’AUZA,
lo;
.Mais, loi. Seigneur, tu possèdes Ta propre imoiorlHlitc;
Tout le l)onhe\ir que tu cèdes Accroît ta félicité.
'Tu dis au soleil d'éclore, fît le journiissellc encore !
Tu dis au temps d’enfanter,
Et l’éternité docile, letant les siècles par mille, l.es répand sans les compter !