‹ Mes ContemporainsChapitre 13 sur 35 · LE JUGE RAINVILLE · texte numérisé non relu

LE JUGE RAINVILLE

détails, méprise les causes où ne se présente aucune question de droit et fait alors, comme nous l'avons dit, la guerre aux avocats et aux plaideurs.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas un juge qui siège aussi souvent que le juge Rainville, qui rende autant de jugements et se donne autant de peine pour faire marcher sans cesse la roue de la justice. Ce zèle même étonne chez un homme si peu enthousiaste de sa nature, et il y a grand danger qu'il finisse par se dire : " A quoi bon ? qui m'en tiendra compte ? " Les avocats sont gens prompts, vifs et hargneux, enclins à accuser le juge qui a décidé contre eux. Chercher à les satisfaire est chose plus difficile encore que de contenter une coquette.

Le juge Rainvillea beaucoup de mémoire et une grande facilité de parole. Il rend souvent une douzaine de jugements, dans des causes importantes sans la moindre note. Il est agréable à entendre et se fait

facilement comprendre. Il a, en parlant, une manière de gesticuler qui fait croire qu il chasse les mouches, mais si on le suit attentivement, on s'aperçoit que les seules mouches qu il écarte de la main sont les doutes où les ombres qui voltigent quelquefois autour de son esprit lumineux.

Le juge Rainville est un exemple frappant des contrastes qui existent dans rhomme. Tout ce qu'il y a chez lui de vivacité, de vie, de sens pratique est dans son esprit, très peu dans son caractère.

L'intrigue, la cabale, la simple diplomatie même lui répugnent. Il aurait fait un pauvre politicien, car il n'aurait eu pour partisans que des gens intelligents et convaincus, qui ne regardent dans un homme que ses talents et ses principes. Même comme avocat il n'aurait jamais eu pour clients les gens qui ont besoin d'être séduits par des manifestations un peu bruyantes de confiance et de zèle. Il est donc à sa place

■iV.

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