‹ Mes ContemporainsChapitre 25 sur 35 · L.-O. TAILLON · texte numérisé non relu

L.-O. TAILLON

de la main droite it la tire en sens contraires, gare à ceux qui l'approchent.

Pour se débarrasser des importuns qui le poursuivent partout, il a tout un système de ruses ingénieuses, il a le secret de se rendre invisible, quand il le veut, et pour qu'on ne l'approche pas trop, il a fait attacher les chaises de son bureau au mur, les gens ont beau s'agiter, essayer de s'avancer, la chaise reste collée au mur. Une fois, cependant, la chaîne cassa ; il faillit en perdre connaissance; cet incident acheva de le rendre sceptique.

Lorsque le chemin de fer du Nord était sous le contrôle du gouvernement, ce pauvre Taillon était assiégé du matin au soir par ceux qui voulaient faire partie de l'administration de ce chemin. Un jour, plus impatienté que de coutume, il s'écria : " Eh bien ! " il ne restait plus qu'une place dans les chars " pour les voyageurs, prenez-la, je vais être " débarrassé, nous allons annoncer que non

" seulement les bureaux, mais tous les chars, " même celui réservé au bagage sont rem- " plis, qu'il n'y reste plus une place ni pour " les employés ni pour le public."

Le solliciteur ébahi se mit à rire et s en alla raconter Taventure qui fit du bruit.

Une autre fois, ne sachant que répondre à quelqu'un qui le tourmentait : ** Tiens, voulez-vous ma place? Prenez là, je m'en vais." Et il partit.

Au reste le plus aimable, le plus réjouissant des hommes en société, musicien, artiste même, causeur charmant.

Il vient de Terrebonne comme les Chapleau, les Desjardins, les Masson même un peu les Prévost ; c'est une terre où le talent pousse mieux que le blé.

Ses études finies, il prit la soutane, mais s'apercevant que sa vocation l'appelait ailleurs, il étudia le droit, se fit recevoir avocat, forma une société avec Trudel. La

pondre et le salpêtre réunis, une pareille union ne pouvait durer longtemps.

Taillon se rendit populaire en s'occupant d'élections municipales et de l'organisation de la grande démonstration nationale de 1874. Il parlait et il chantait; après avoir commencé à ébranler les gens, par son éloquence vigoureuse, il les enlevait par ses chants patriotiques, par des éclats de voix qui faisaient trembler toutes les vitres du faubourg Québec.

Un si bel orateur et un si beau chanteur devait nécessairement être élu par une population impressionable comme celle de la division Est de Montréal. Aussi, il le fut et il resta député de cette division jusqu'en 1S87. 11 le serait encore sans le mouvement Riel qui l'obligea d'aller se faire élire à Montcalm. "J'ai perdu Montréal, dit-il, mais j'ai gardé mon calme,"

Depuis, lors de la crise, causée par le renvoi du ministère Mercier par le gouver-

neur Angers, il alla bravement se faire élire à Chambly.

Il a été procureur général dans le ministère Ross, puis premier ministre en 1887, pendant quelques jours, chef de l'opposition sous le règne Mercier, depuis 1887 jusqu en 1890, et il est premier ministre depuis la retraite de M. de Boucherville.

M. Taillon est un honnête homme qui cherche à gouverner honnêtement.

Cette qualité fait sa force auprès des hommes de bonne volonté et sa faiblesse aux yeux des gens d affaires qui ne le trouvent pas assez pratique. Il n'a jamais été accusé sérieusement de sêtre servi de sa position dans son intérêt ou celui de ses amis politiques. N'ayant ni femme ni enfants, vivant de peu, il est à l'abri des tentations qui obsèdent la plupart de nos hommes publics. Il tient à sa réputation et il prend les moyens de la conserver.

1 1 la gardera plus facilement que le pouvoir.

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