L.-O. TAILLON
Succédant à M. de Boucherville dont rhonnêteté est incontestable, à la tête d*un ministère formé pour administrer honnêtement les affaires de la province de Québec, sa position est délicate, sa responsabilité sérieuse. Qui dira ses ennuis, ses impatiences, ses découragements? D'un côté les mécontents que Timposition de nouvelles taxes a faits partout, de lautre les politiciens affamés qui trouvent le patronage trop mesquin, plus loin les adversaires qui naturellement profitent de tous ces mécon-tements et, au dessus de tout cela, les besoins pressants d'une province dont les finances sont délabrées ! Avouons que c'est une situation peu séduisante pour un homme porté à la gaieté.
Il y a des gens qui, tous les matins, s'attendent à lire dans leur journal que M.
Taillon a, dans un moment d'impatience, jeté son portefeuille aux pieds du Lieutenant-Gouverneur.
On exagère, M. Taillon ne déteste pas autant qu on le dîrait la politique. On croit qu il veut être juge, c'est une grande erreur, il aime mieux être premier ministre, mais à tout cela il préférerait une position paisible, tranquille qui lui donnerait des loisirs. Il aimerait mieux être protonotaire, shérif ou greffier que ministre ou juge. Il a 4e la conscience et une médiocre confiance en luimême, il a peur des grandes responsabilités.
Cependant, il finira par être juge, mais à la campagne, si on veut lui être agréable
Les jouissances de la vanité, des applaudissements et de la courtisanerie si chères à la plupart des hommes politiques, n'ont pas un grand effet sur lui, elles Tennuient même parfois, mais les émotions de cette vie agitée» et les efforts de travail, d'intelligence et d'activité qu'elle impose conviennent à son tempérament nerveux, à son esprit inquiet et remuant, à son caractère porté à l'insouciance, malgré ses ardeurs passagères. Dans