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'* Vous voyez bien, messieurs, qu elle refuse de s'incriminer."
Il faisait partie du cabinet,' lorsque la question du choix de la capitale fut soulevée. L'excitation fut grande, on ne pouvait trouver une majorité ni pour Montréal, ni pour Québec, ni pour Toronto. Le question fut déférée à la Reine qui choisit Ottawa. Naturellement personne ne fut content, mais les partisans de Toronto et de Québec aimaient mieux que ce fût Ottawa que Montréal. Une motion de M.
Piché pour rejeter la décision de la Reine fut adoptée, le ministère Macdonal-Cartier donna sa démission, le ministère Brown- Dorion.fut formé et renversé quarante-huit heures après ; les ministres conservateurs revinrent au pouvoir en changeant de portefeuilles pour éluder la loi. C'est ce qu'on appelle le double shuffle,
Loranger qui avait chaudement combattu pour Montréal, dans le cabinet et avait eu
à ce sujet avec Cartier des discussions acerbes, fut exclu du nouveau ministère.
A partir de cette époque, la mésintelligence qui régnait entre Cartier et Loranger s'aggrava de jour en jour. Cartier était absolu, arbitraire, rude parfois, Loranger qui avait conscience de sa valeur, aurait eu besoin d'être traité avec ménagement. Il contribua puissamment à faire tomber le gouvernement surlebillde milice en 1862 et à faire arriver le ministère Macdonald- Sicotte. Ce fut la première tentative faite pour réagir contre l'hostilité du sentiment public à l'égard des libéraux avancés et donner une chance aux conservateurs qui voulaient, comme Loranger, se séparer de leur parti, en mettant de côté Brown et Dorion, les chefs du parti libéral. C'est l'origine du parti national qui en 1862, comme en 1873 et 1887, donna le pouvoir aux libéraux et disparut. Peu de temps après la formation du nouveau ministère,
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M. Sicotte découragé donnait sa démission pour monter sur le banc et M. Loranger était lui-même nommé juge.
Il administra d'abord la justice dans les districts de Beauharnois et de St-Jean et devint ensuite juge à Sorel. On regrette toujours que des hommes si brillants quittent la politique où ils auraient pu être si utiles et faire tant honneur à leur pays. Mais, quand un homme de profession a perdu dans la politique tout ce qu'il possédait et ruiné sa clientèle, que veut-on qu'il fasse, si surtout ses relations avec le gouvernement ne lui permettent pas de profiter du patronage ? Et puis, mourir sur le banc n'est pas une mort si cruelle, une fin si lamentable.
Sur le banc comme au barreau ou à la tribune Loranger eut de grands succès et rendit, dans des causes émouvantes, des jugements remarquables. Quand il venait siéger à Montréal, nous manquions rare-
ment, un certain nombre, la chance d'aller l'entendre ! C'était fête pour nous. Il trouvait moyen d'être éloquent dans les causes les plus arides, dans la discussion des questions les plus abstraites du droit civil ou constitutionel.
Sa carrière d'avocat et de jurisconsulte a été bien remplie. Il a plaidé devant la Cour Seigneuriale la cause des censitaires et l'on peut voir sa figure vivante dans le tableau qui représente une séance de ce tribunal.
Dans la fameuse cause de Lériger dit Laplante, il s'est distingué devant le Conseil Privé ; c'était la première fois qu'un avocat se faisait entendre devant ce haut tribunal.
Lorsqu'il plaidait à la cour criminelle, il y avait foule pour l'entendre. C'est là surtout que son esprit fin, rusé, éclatant déployait toutes ses ressources. Dans cette cause de meurtre de Parent et Simpson que j'ai mentionnée en parlant de Morin, il fut merveilleux. Morin avait été émouvant.