THOMAS^.-J. LORANGER
M. Sicotte découragé donnait sa démission pour monter sur le banc et M. Loranger était lui-même nommé juge.
Il administra d'abord la justice dans les districts de Beauharnois et de St-Jean et devint ensuite juge à Sorel. On regrette toujours que des hommes si brillants quittent la politique où ils auraient pu être si utiles et faire tant honneur à leur pays. Mais, quand un homme de profession a perdu dans la politique tout ce qu il possédait et ruiné sa clientèle, que veut-on qu il fasse, si surtout ses relations avec le gouvernement ne lui permettent pas de profiter du patronage ? Et puis, mourir sur le banc n'est pas une mort si cruelle, une fin si lamentable.
Sur le banc comme au barreau ou à la tribune Loranger eut de grands succès et rendit, dans des causes émouvantes, des jugements remarquables. Quand il venait siéger à Montréal, nous manquions rare-
ment, un certain nombre, la chance d'aller Tentendre ! C'était fête pour nous. Il trouvait moyen d'être éloquent dans les causes les plus arides, dans la discussion des questions les plus abstraites du droit civil ou constitutionel.
Sa carrière d'avocat et de jurisconsulte a été bien remplie. Il a plaidé devant la Cour Seigneuriale la cause des censitaires et l'on peut voir sa figure vivante dans le tableau qui représente une séance de ce tribunal. Dans la fameuse cause de Lériger dit Laplante, il s'est distingué devant le Conseil Privé ; c'était la première fois qu'un avocat se faisait entendre devant ce haut tribunal.
Lorsqu'il plaidait à la cour criminelle, il y avait foule pour l'entendre. C'est là surtout que son esprit fin, rusé, éclatant déployait toutes ses ressources. Dans cette cause de meurtre de Parent et Simpson que j'ai mentionnée en parlant de Morin, il fut merveilleux. Morin avait été émouvant,