SIXIÈME LION
Maintenant, veut-on voir Gérard narrateuf { lisez la lettre suivante, où Gérard raconte au co*
lonel Boyer une de ces terribles rencontres qui
lui sont devenues familières : ~
« 8 janvier 1846. f
* Mon colonel,
» Je suis arrivé hier de la Mahouna, où j'étais depuis le 16 décembre, et je me fais un devoir de vous soumettre les détails de ma rencontre avec la lionne des Ouled-Hamza.
» Depuis p 1|;, «i0»rs jours cette lionne venait attaquer les troupeaux du douair où je me trouvais, sans que je l'eusse jamais rencontrée.
» Après avoir bien suivi ses traces pendant toute la journée du 5, je fis attacher une chèvre sur son passage habituel.
» Ily avait à peine dix minutes que j'étais posté, lorsque la lionne montra sa tête sur la lisière du bois, à quinze pas de la chèvre, et, après avoir jeté un regard de précaution de chaque côté, elle se dirigea en courant vers sa proie. Elle en était à six pieds à peu près quand une
balle, l'atteignant à la tête, la renversa. Gomme elle se roulait, la voyant se relever, je lui envoyai une seconde balle, et elle retomba.
> Les Arabes qui gardaient les troupeaux à cent pas de là, témoins de la scène, accouraient en poussant des cris de joie. Mais tandis que, sans même recharger ma carabine, j'approchais de la lionne qui rugissait sourdement et raidissait ses jambes "comme un animal qui se meurt, à notre grand étonnement, nous la vîmes se lever à deux pas de nous, retomber, se relever encore, et, d'une course assez rapide, regagner le bois.
» Je rechargeai mon fusil, et nous nous mîmes sur ses traces.
» A partir de l'endroit où elle était tombée, endroit où elle avait laissé plus d'un litre de sang, nous l'avons suivie jusqu'à la nuit, sans jamais perdre sa trace : partout où elle tombait, c'était une mare de sang ; de temps en temps, nous l'apercevions se dérobant avec peine devant nous, se traînant de broussaille en brous-
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saille , mais jamais assez près pour lui donner le coup de grâce. La neige et la nuit nous ont obligés de rentrer.
» Nous nous promettions bien de retourner à la forêt le lendemain ; mais depuis, la neige n'a pas discontinué, en outre la fièvre m'a pris, et force m'a été de rentrer à Guelma, après avoir reçu les félicitations et les remercîments des Arabes pour les avoir délivrés d'une lionne qui tous les ans venait passer l'hiver dans leur pays.
» Ils m'ont promis en outre que, si le temps se remettait, ils iraient chercher la lionne et me rapporteraient, mais la neige cootkrae et je ne sais trop quand ils pourront mettre leur projet à exécution*
» J'ai l'honneur, etc.