‹ Mes dernières chassesChapitre 3 sur 10 · TROISIÈME LION · texte numérisé non relu

TROISIÈME LION

Depuis plusieurs mois un lion parcourait le pays des Ouled-Bouazis. Il désolait plus particulièrement la ferme de monsieur de Montjol.

Appel est fait à Gérard, qui, muni d'une permission de son capitaine, s'empresse de se rendre à Berne.

Le lendemain de son arrivée, c'est-à-dire le 28 février 1845, Gérapd se met en quête. Sur h lisière des bois de Kunega qui dominent la plaine, il croit reconnaître des traces ; bientôt il a acquis la certitude qu'il se trouve sur la passée du lion.

En attendant la nuit, il se rend alors au douair d'AU-Ben-Mohaneaned, mi les Arabes Remplissent de lui offrir des galettes, des (faites et dm lait, puis, après ce ;repas irugai, entendant les premiers rugissements de ranimai dans la moa»

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tagne, il part guidé par un seul Arabe qui Jui indique le gué de Kunega pour être le passage fa* Yûri du lion.

Gérard s'assied sur une pierre, à six pas de ce passfigo, tandis que son compagnon se recule d'une trentaine de pas et va chercher un abri derrière un lentisque.

Cependant les rugissements, qui d'instants en instants deviennent plus formidables, indiquent non-seulement que l'animal est sur pied, mais qu'il approche. Bientôt la direction qu'il suit est tellement indiquée par le bruit qu'il fait, que Gérard ne doute plus que, fidèle à ses habitudes nocturnes, il ne passe dans peu d'instants à l'endroit indiqué par l'Arabe.

En effet, vers huit heures, le lion arrive au gué, et, sans voir Gérard, passe à six pas de lui.

Le chasseur l'ajuste avec son calme ordinaire, et lâche son coup presque à bout portant.

Le lion n'a ni la force ni le temps de se retourner : frappé à l'improviste, il roule dans le

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gué avec des rugissements épouvantables. Gérard s'avance et le voit mangeant la fange dans le lit de la rivière.

Gérard, déjà habitué à ne pas se reprendre à deux fois, croit l'avoir blessé mortellement et rentre au douair, en indiquant la place où Ton trouvera le lion mort le lendemain.

Le lendemain, au point du jour, il revient au gué de Kunega ; mais le lion a disparu : seulement, en cinq ou six endroits, la terre sanglante et déchirée témoigne de sa douleur.

Ce jour-là il fut impossible à Gérard de le retrouver.

Toute la soirée et toute la nuit se passèrent ï organiser une grande battue pour le lendemain.

Le lendemain, les Arabes se rendent en foule à la forêt, que l'on explore en tous sens } mais sans résultat.

Malheureusement , la permission de Gérard expire le lendemain et il faut qu'il abandonne la chasse.

C'est la première fois qu'un lion lui aura échap|ié.

Vers trois heures, il quitte les 'Arabes et rentre au douai v où il fait ses préparatifs de départ-

Tout à coup cinq ou six coups de feu retentissent et lui annoncent que toute espérance n'est pas perdue. Déjà à cheval pour partir, il met son cheval au galop dans la direction du bruit, et rejoiiiL les Arabes, qui, du plus loin qu'ils l'aperçoivent, lui crient :

* Le lîon noir, tout noir, fils d'un sanglier €lt d'une lionne, plus grand qu'un cheval de bey, il est là, devant nous, dans le fourré : un lion plus terrible que lui est seul capable de l'en chasser, jo

Au tremblement de son cheval, Gérard voit bien que les Arabes disent vrai. Il met pied à terre et s'avance seul vers le fort où de loin les Arabes ont vu entrer l'animal, et cherche à l'apercevoir en écartant les tranches «avec le canon de so a fusil.

Mais rien ne bouge 4ans le fourré,

Alors Gérard crie aux Arabes d'amener les chiens pour retrouver la trace qu'il croit perdue.

Mais , avec leurs boumous , les Arabes font signe que le lion n'a pas quitté son fort

On se rappelle quelle superstition les empêche de prononcer le fameux ra-hena, il <est là.

Cependant deux Arabes, plus hardis que les autres, se détachent de la troupe et s'avancent vers Gérard : l'un, armé d'un yatagan seulement, s'arrête à une soixantaine de pas de lui ; l'autre, armé d'un fusil, s'arrête à vingt pas à peu près.

Se dernier, tout en faisant signe à Gérard de s'apprêter, ramasse une pierre et la jette au milieu du buisson*

Au même instant, on -entend craquer les branches, on voit s'ouvrir les cactus, et, comme s'il trouait une muraille, le bon aarrive bondissant, reconnaît Gérard comme son ennemi de la veille et s'élance sur lui.

A peine Gérard a-t-il le temps de mettre sg carabine à son épaule, le coup part et le lion, arrêté comme par la foudre, tombe et se relève ; mais un second coup le frappe, et cette fois il roule sans force au fond d'un ravin.

Les Arabes accourent; mais, avant qu'ils soient arrivés, le lion à l'agonie ouvre une gueule pleine de sang.

Cette fois, on ne remit pas au lendemain à remporter ; quelques coups de fusil terminèrent son agonie, et le lion, mis sur un brancard, fut apporté au douair.

Au moment où le lion avait paru, l'Arabe au yatagan avait tourné le dos et confié son salut à la vitesse de ses jambes.

Loutre au fusil en avait d'abord fait autant, mais, au bout de quelques pas, il avait été pris d'un remords de conscience et était revenu.

Le cadavre du lion fut placé en face de la tente du scheîk, sous laquelle étaient réunis les Arabes du douair, et chacun d'eux vint l'apostropher à

son tour, l'un lui demandant compte de son bœuf , l'autre de son cheval , celui-ci de son mouton, celui-là de son chameau.

Alors un des plus vieux de la tribu se leva, réclama le silence et dit .

t Mes enfants, c'est bien là le lion de Kunega, celui que nous entendions rugir tous les soirs dans la montagne, celui qui dernièrement força notre douair tout entier à se mettre sur pied avant le jour, celui qui a détruit les troupeaux de nos voisins, celui qui, au Sidi-Denden, a enlevé une jument et plusieurs bœufs, celui enfin qui s'est repu du sang humain en dévorant en plein jour un chrétien sur la route et un musulman au bord du ruisseau.

» Vous le voyez, mes enfants, le lion de Kunega est bien mort, mais le vrai lion vit encore pour terrasser tous ceux qu'il rencontrera.

» Honneur au brave Gérard, le tueur de lions, que sa mémoire reste avec nous, et qu'il emporte notre reconnaissance avec lui! »

Le lion de Kunega était connu depuis plus de. soixante an&

QUATRIÈME IÏON

Au mois de juillet suivant, Gérard attend un lion au gué de Boulergegh. Son attente est inutile jusqu'à onze heures du soir j mais, à onze heures du soir, ce n'est pas un lion, ce sont trois lions qui arrivent.

Le premier qui aperçoit le chasseur s'arrête, mais, au moment où il s'arrête, Gérard lui brise l'épaule d'un premier coup de carabine.

Le lion roule dans l'Oued-Cherf en rugissant, et ses deux compagnons épouvantés prennent la fuite.

Gérard, qui ne sait pas ce que le lion blessé est devenu , s'élance à sa poursuite ; mais, en arrivant sur le bord de la rivière, il se trouve face à face avec lui. Le lion a gravi la pente glis« santé et revient sur le chasseur.

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Une seconde balle le rejette dans le lit de la rivière, mais sans le tuer.

Sous cette deuxième atteinte, le terrible ad» versaire se relève encore, et ce n'est qu'à la quatrième balle qu'il tombe pour ne plus se relever.

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