PRATIQUE DE LA CIBLE
L'élève ayant été complètement instruit à viser, à tirer dans toutes les positions, et à juger les distances, on pourra le faire tirer à balle.
Les conseils suivants peuvent être utiles pour ce nouvel exercice. Au moment de presser la détente, suspendre sa respiration pour que l'arme devienne tout à fait immobile.
Une fois l'objet bien visé, tout délai pour atta-
guer la détente devient préjudiciable à un bon tir, attendu que si l'on tient trop longtemps la carabine en joue, il se produit une oscillation à l'extré- . mité du canon, et il en résulte un coup incertain^
La détente doit être attaquée à son extrémité, et par la première phalange de l'index, si elle est douce au départ, et contrairement, au milieu et par la seconde phalange, si elle est dure au départ. À ce propos nous dirons qu'il est presque aussi impossible d'obtenir des résultats satisfaisants avec une arme dont le départ est dur, qu'avec une autre dont le départ est doux.
Ce qu'il y a de plus difficile dans l'action de tirer, c'est d'accoutumer l'œil et la main à agir ensemble, et de conserver une immobilité parfaite pendant que le doigt presse doucement et progressivement la détente, jusqu'au moment où le coup surprend le tireur.
Comme c'est la plus grande difficulté à vaincre, on fera bien de s'y appliquer , sous peine de ne jamais devenir bon tireur,
Gomme il est plus facile d'attaquer la détente par un coup de doigt, au moment où le guidon rencontre le but visé, le plus grand nombre adopte cette méthode.
C'est pourquoi après quelques balles bien placées, on voit tout à coup un écart considérable.
Aussi voyez-vous les tireurs d'élite grouper leurs balles comme s'ils les plaçaient avec la main.
Nous croyons devoir observer ici que le poids de l'arme jouant le plus grand rôle dans l'immobilité du tireur, il est impossible d'obtenir un résultat remarquable sans une carabine de bonpoids. Pour cela, il faut prendre comme juste mesure la force physique du tireur. En un mot, il faut lui donner une arme que sa légèreté ne fasse pas osciller étant à l'épaule, par suite du mouvement du sang; et cependant pas assez lourde pour le
faire trembler. Entre les doux, il y a un juste milieu qu'il faut choisir.
Quant à la position du tireur appelé à tirer de bout, nous estimons que la plus naturelle est la meilleure. C'est-à-dire le corps droit, sans raideur, ainsi que la tête ; la main droite maintenant la crosse à l'épaule, sans serrer la poignée, le poids du corps reposant sur la jambe gauche un peu avancée, lé bras gauche collé au corps de manière à s'en faire un point d'appui, et la main gauche supportant l'arme à hauteur de la sousgarde, ou du pontet.
En chargeant sans attention, on ne peut obtenir qu'un tir irrégulier. La charge exacte de poudre que brûle la carabine doit être constatée et maintenue, suivant les distances, car un peu plus produit une élévation dans la ligne de tir, et peut faire que la balle franchisse la rayure, de même qu'un peu moins tend à faire baisser le coup, et rend moins rapide et moins sûr le trajet du projectile.
Il faut avoir soin de tenir le canon droit, en versant la poudre, sans quoi un grand nombre de grains s'attacheront aux parois et dans les rayures.
En introduisant la balle dans le canon, il convient de s'assurer qu'elle est arrivée à sa place, mais il ne faut ni bourrer, ni frapper avec la baguette. En agissant autrement , la forme de la balle se trouve altérée, ce qui dérange sa direction, comme aussi la poudre écrasée, ce qui diminue beaucoup son effet.
La base de la balle doit reposer de niveau sur la poudre, et son axe être en ligne avec celui du canon.
Pour un beau tir, il faut prendre garde qu'il y ait quelque défaut apparent ou caché dans la balle ; car si elle contient quelque partie creuse, ou imparfaite, le centre de gravité ne sera plus dans la ligne de l'axe, et, par suite, il y aura déviation du projectile avant son arrivée au but.
Il me reste à indiquer les causes d'irrégularité dans le tir, contre lesquelles le tireur pourra lutter, en tenant compte des observations suivantes:
En premier lieu, pour le tir à grande distance, le vent exerce une influence considérable sur la course du projectile ; soit qu'il le détourne de sa direction, soit qu'il retarde, ou précipite son élan, suivant qu'il souffle de côté, en sens contraire, ou dans le même sens. Quand le vent souffle dans une direction exactement contraire au trajet de la balle, elle éprouve nécessairement une plus grande résistance, et il faut donner à la ligne de tir un peu plus d'élévation. Si le vent souffle du tireur à la cible, la résistance sera moindre qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire que par un temps calme; par conséquent il faudra que la hausse soit baissée. Pour combattre les courants d'air, il faudra tirer à droite quand le vent souf-
liera de droite et à gauche quand il soufflera do l'autre côté.
Si la direction du vent forme un angle avec la direction de la balle, il faudra viser, et régler son tir en conséquence. Par exemple, si le vent souffle de droite et contre le tireur, la déviation aura lieu à gauche et en bas.
Par conséquent, pour atteindre le but, il faudra viser à droite et au-dessus, sifon ne veut pas toucher à la hausse. De même, on visera à gauche et en haut, si le courant d'air est contraire et vient du côté gauche.
Si le vent souffle de droite et en arrière du tireur, en visant directement le but, la déviation de la balle aura lieu à gauche et en haut; il faudra donc, en pareil cas, viser à droite et en bas ; ou visera à gauche et en bas, quand le vent soufflera à gauche et en arrière du tireur.
Un jugement exact, pour tenir le compte voulu, des différents effets du vent, ne peut s'acquérir que par une longue pratique ; mais tout homme
pourra y parvenir en tenant compte des conseils précédents.
L'état de l'atmosphère affecte considérablement la portée de la balle. Ainsi, par un temps sombre, l'air, étant plus épais, oflre une plus grande résistance au passage de la balle. Il faut alors donner au tir une plus grande élévation. Par un temps bien clair, au contraire, la résistance étant moindre, la balle tend à s'élever; il faut alors moins d'élévation.
L'humidité dans l'atmosphère agit aussi sur la portée de la balle; mais d'une manière différente.
L'influence de l'humidité agit sur l'ignition de la poudre, qui ne s'enflamme pas si rapidement que par un temps sec, et dont une partie même na s'eqflamme pas. Il faudra en conséquence, ces jours-là, employer de plus fortes charges que pendant les chaudes journées de l'été. .
La position du soleil à l'horizon est souvent susceptible de nuire à l'action du tir. Il faut, dans
ce cas, régler son tir comme nous avons dit cidessus à propos du vent. Il suffira de deux ou trois balles, pour annuler cette action. Cependant dans un tir bien organisé, on devrait être à Ta* bri dé tous ces inconvénients dont les vents oti l'effet du soleil sont la cause.
Il doit être évident pour tout homme habitué au maniement des armes à feu, que la balle met un certain temps pour arriver au but, et qu'en tirant sur un objet mobile, il importé de tenir compte de ce délai.
Par exemple si le chasseur tire lin anima! en ■ travers, à une grande distance ; il est évident quo s'il a bien visé à l'épaule, sa balle frappera Par* rière-main ou manquera. Cela tient à ce que, entre le moment dû départ et l'arrivée de la balle, l'animal a eu le temps dé fefrB tin mouvement en. avant.
Il est donc important de bien calculer la distance, quand on tire dans ces conditions. s
Voici quelques conseils qui pourront, croyonsnous, être utiles.
Quand on tire un objet mobile, il convient de le couvrir, et de le suivre dans son mouvement avec le bout de sa carabine, ensuite presser la détente sans cesser de suivre l'objet ou l'animal dans son mouvement. Ce moyen est bien plus sûr que de chercher à devancer le but, à cause de la difficulté d'apprécier exactement la distance, et le temps que la balle peut rester en chemin.
Si l'animal ou l'homme s'avance directement . vers le tireur, celui-ci devra suivre le but dans sa marche, abaisser graduellement le bout de ion arme, en pressant la détente, et tirer en bas.
Si l'objet s'éloigne l'extrémité de la carabine doit être relevée (plus ou moins suivant la distance et la rapidité du mouvement), et il convient de tirer haut sans cesser de suivre, du guidon, l'objet en mouvement.
Si Tanimal monte une colline, tirer haut; s'il descend, tirer bas; s'il passe diagonalement, tirer un peu en avant, sans cesser de le suivre.
La meilleure couleur pour le vêtement d'un chasseur comme pour les hommes de guerre est le gris ou le brun, parce qu'elle se distingue moins que toute autre.
Les tableaux suivants ont été dressés par moi, après une série d'expériences faites avec des cibles de différentes couleurs.
Le chiffre 1 indique la couleur la plus visible ; le chiffre 7, la moins visible, et le celle qui ne se voit plus.