‹ Mes dernières chassesChapitre 8 sur 10 · MI& DBaNitofia (nEAisarai · texte numérisé non relu

MI& DBaNitofia (nEAisarai

Le 8, attaqué un gmûdaaiîgU€»aiwo-laaL cMen»

français* Belle chas§e<; pluaieui» hallalis ctebouk Lesair, le&unJftGonfiJantia^^ ajcagporté dâ: Pologne aàaufaxâb diiquakua toux chacal est* wau oheicJteala-mûBfc,

La^uosr^toui^TanmB voie du lion et 1& rambtehoni. Le repainfrétoot trop -vaste pftmv chasser le jaur^eilfrfaiftentûiirerle. soir^ani ptoQgak daft tiimrtbym tautesles. routes.. Le* Uoil débuchei sua unu oaœefbuE ganda par: deux, Ais&afo percha* dans» uiu châjœ..ILeaL tira.à dût pas, oimanqjia»

Le 10, nauaJewn&tacamp peunnaoeajappjKK cher des repaires d'un grand lion appeiébpaB las? arabes El?kehex 9 le: rugissant, d& o& qu/iL uugît sansL cesse et, d'une manierai viaimaafe foiraitdable.

Il noua faut garderJes chemins qui abeutisaeai à la~ plaine^ car c'est là, que Tournai vienLhaiwu toutes, les nuits*.

Nous comptons <mt om&im fQtiàm&Qiê^

IIES^ DERNÎÊRBS CHASSES v 8f

comte Branicki v colonel. de.Hosfurd, V^tlorck, la mienne,etvAugusta Lefort^ une carabine à Galles ordinaires, celle de Yermen; nous p^u^ona ainsi garder plusiaurs,]jQstes»»

Daûs?laoiuikda l&an 1 1», la grand* lion passe près À\\xn* gué occupé pas Varmen. Malheureuse* meut», ce chasseur ai tiré una-lmitce* iul peu auparavant et L'odeur de: la poudra.ast restée.. , Or, em lion, habitua à«, recevoir des , halles: du haut des arbres qui bordent* lesr chemins, sait ce qp& oelai vaut, dira et. iL passer eut bondissant.

Le il, rapport d'una grande lionne accompar gnée dîua lianoôMu.

Leti£, attenta aupra^d'uiLxhfiwal tué?par elle.

Le 13, nous apgrenon& qu'elle ai passé: L ? âu*dfiûfeir aa gj*ét de te, 2foî&v ohe& lesi Senadfulu Chasse au sanglier; mQrkderdeuitibêtefr.ntiresrà leur tiers*, un chien: blessai,

Le 14, le comte Constantin tue, à une heuns du matin* et, sans* clairr da<luna$ un magnifique ohaMigraà. vingtjjas.

Les 15 et 16, recherches sans succès.

Le 17 r Yermun tire et manque le lionceau séparé de sa mère.

Le 18, le grand lion se dirige, en rugissant à pleins poumons, vers un poste gardé par Vermen et un étranger indigne d'être nommé par suite de la couardise dont il a fait preuve dans cette circonstance , et daas d'autres depuis.

Entendant l'animal rugir à proximité, Vernen dit à son compagnon :

— Voici le moment de faire crier la chèvre gue nous avons pour appât.

— Gardez-vous-en bien ! observe Pautre.

Et le lion passe sans voir ni bête ni gens.

Gomme il a rugi un peu plus loin, et que

Vermen dit à son voisin : ce C'est fini pour cette unit, nous ne le verrons plus ! »

— Que Dieu soit loué ! ajouta le chasseur amateur* |

Ainsi fut manqué le plus beau lion qui ait jamais fait retentir les échos de ces montagnes*

Le 19, le grand lion ayant quitté le pays, nous allons garder les gués de l'Oued-Kebir, afin d'attendre la lionne à son retour vers son repaire habituel. La ligne étant suffisamment gardée par quatre carabiniers, le comte Constantin et moi nous partons en avant sur la rive gauche. La même jour, chasse au sanglier, dix bêtes sont tirées devant les traqueurs, et un grand sanglier est porté bas par les chiens du comte Xavier après une heure et demie de chasse.

Le 20, nous passons, en aval, l'Oued-Kebir sur une brassée de joncs à la manière des sauvages.

Les 21, 22, 23, ne sont marqués par d'autre incident que la mort de plusieurs, chevaux ou bœufs tués par la lionne, et la certitude qu'elle se trouve enfermée dans notre ligne de tireurs.

Le 24, vers huit heures et demie du soir, pendant que je garde un poste sur le côté nord du repaire, j'entends un coup de feu suivi bientôt d'un second vers le gué de la Bride. J'avais confié ce passage, un des meilleurs, à Yalorck. Peu

9(T MHfr BEBi!M&RBS Gtt*aSBS

da temps après*, le* galop d'un cheval: retentit sous bois, ak j'àppremfe la, mûrfe da la* lionne* { Quoique situées rase campagne eb àtunft petite . portée dé carabinei de* notre} campement le gué. de la Bridé fiit visité cas jeiHï-lfcpai: La* lionne^ sonîfllsf avant lamcuitL

Valoicksa: trauvaifcblattk datas une tauffflbdar jonca aux Iàf riva ctooite^lûi cbôètt^ efe&aift pafr du passager accoutumé.. Lai liaonœ arafcfc 1& première, entra» dans lfbaar jusque mihjaaàe» et* se mit & Boire* Elle présentait .1* ftaaD: àz Vaioiûk et nfétait pas^ plu* de huit ou:difcpa&, Enppéfe en pleine épaula pan urne bailla expiosilile*,, la lionne tomba aun plaça: eé comme* elleiit onooEfe. un mouvement, le cha»eunarai pradentdsJinair soir second: coupi

Mais, kL ; aoèopâ% nniœpôme» ncu» coieratteBequeJe pnemÊarairaifcsufii pu&iHrtrar, M V0ioïd& ragreti» sdaos et» n&voir pa$ gantier a* seaaod* baUepffurifeijeBBHm: lkneeaiu qui était oaat&aaamr lon gtem ps* devante lu i ,

lf£S* IlBftNlÈHBS- GBASSBft 91)

Quantà)imusj.n:neiirouspeataitiawOT^ regret; cairoetteebète était magnifique; : et efle>désolai t la pays prcsi&usara^sidaiiBde&l^^

het 2£q eh&ss* au: sanglier Ttoi* granàs animaux tirés devant les traqueurs.

Le 28, affût en forêt.

Le 29, battue avec cent traqueurs arabes pour une panthère.

Un sanglier tué, un manqué. Le colonel de Hosfurd aperço^k'.paiitiiàiBiJQaacassanspau^^ làiti* reariltàjà} ob0&les"Bw^ letoodanfii. 1 awifc vumna panthère» Uerarde^poiiée^

Bjrinoidejrixûurieu^

Las Âratefri ayant pkwéder sanglier tué* dun& l'enfourchure d'un arbre, revinrent quelques 3 heures* après; aroc un> mulet* pour tepwtere Le aBngber avait* disparaît-,' et c'était la panthèw ohaBséôjqoi.araàtiftLitï le xsoup.

Le 30, départ pour Bone afin d'accomp^rorle^ comte Constantin: et le^coiiaudlHaaAirdvqaiireii-' tDeûteoa.EauiDetaTOc le perawinel eaxropéwr. Sur?

notre route et près du lac Fedrara, le grand lion a tué six bœufs dont nous pouvons voir les restes. Ainsi, pendant que nous le recherchions bien loin , ce lion était venu s'établir à trois lieues de Bone,

En résumé, durant cette campagne d'exploration et d 'expériences, nous avons chassé vingtquatre jours. Il a été vu quatre lions, deux panthères, deux chats-tigres, six hyènes, au moins cinquante sangliers, et une foule innombrable de chacals.

Ce résultat prouve suffisamment ce qu'une troupe de chasseurs connaissant le pays et les habitudes du lion pourrait en tuer dans une année entière.

L'utilité des chasses est également démon* trée par l'empressement des populations à noua

recevoir, nous renseigner et nous réclamer.

\ Et cet empressement, on le comprendra sans peine, quand on saura que, pendant ces vingt* quatre jours seulement, le chiffre connu du bétail détruit dans le pays où nous étions, s'est élevé, pour les chevaux, à cinq, pour les bçeufs, à quarante, pour les moutons, à cinquante. Le grand lion, hors des cas tout à fait exceptionnels, ne tue que des bœufs ou des chevaux. Le jour où il mordra la poussière, les Arabes seront soulagés d'un grand tribut.

Après le départ pour l'Europe du comte Constantin et du colonel de Hosfurd, je quittai Bone pour chercher le grand lion dont il a été parié plus haut. Mon intention était de procéder seul, et à ma manière ; c'est-à-dire franchement, légalement, sans affût, en un mot : face à face. G'est

34 ilIKS .HBRN.ÎÈRES QHA&SRS

là, je troute,jla saule mamàre»digneide jeelui qui iTBGhômheifflStgranctoB émotions, etije me «crains pas de dure ktque ti£9rain lion autrement, niett^à mes yeux, qu'une: action aamhable<à*aelle de Auer tout animal iBEofifeiHjif.iEn^effet^imtestietdangar, si ^ennemi jqpie tous frappez me peut ^tnns wofe ?

Ge .sentiment sast ipaxtagé, du (reste, qœrr tmes .nouveaux 'compagnons! de actass© rpi jont pu aroir tôt appréciar/liqpinian des iAïabesjpoar xesdeux ^manières .dktt&quar uni uftfaflftter dedimuA Ileaas yeux, tout homme qui tue nnilion^tantilui-même à l'abri mérite l'épithète de ghedar ou traître. Et ils ne se gênent point pour la lui appliquer, si parfois il lui prend fantaisie de parler de ses trop faciles victoires. Qu'un autre parle d'un lion qu'il ♦aura tué feceitffeee, de jour outfe muit, ctestrtout différent, alors on Péeoilte wec déférence, intérêt et il est, ?par ce setfl acte , pfercé rparmi (tes hommes importartts de sa tribu.

J'ai cru utile de rappeler ici ues fetts, peunconnus en *Europe,ipour. qu'ils servent auKtcbaaseinrs

m B6 B-?R!?!ÈHES tTBÀSMS ^

* français 'qui sont entres, ou .entreront dans la earrièfe'desillonfi.

'Il y % deuxTOtites •: la 'première, laponne, est

-©elle que j^i indiquée et pratiquée. La seconde

n^efift que de k contrefaçon. Autant vaut-il se

tfaxre bâtir une "maison but >le tord d'une Toute

fréquentée par le lion,*0t le tirer par la fenêtre»

Gela étant dit et, saoœ aucun doute, leompm, je reviens là^tsm iik>iLilbDut qb que *je sawais de lui, c'est quîîl lampliagafates eaviionsdeitonede «es jnéfaite est . (te £S€B JHgàwemsnts.; qulil était venu jusque sot ite:iBBiEb&; qu'il avait arrêté la .diligence ite'Guefaaa, et enfin que sa onort ferait plaisir JttteaacQpptdeimonde»

Je cûmmanflaiipar^peidEeiune farentainejete nuits fàparcQusir Jadrodte de Joneaulac^edrara; étoile -dniac à EhiUppe^iUe^ Jientendais lie lion presqira

toujours ; mais je ne le rencontrais jamais.

Comprenant que ces recherches , au hasard, pourraient se prolonger indéfiniment sans amener une rencontre, je me décidai à opérer régulièrement. Je m'appliquai d'abord à connaître les repaires. Les indigènes du pays s'empressèrent de me les indiquer de loin.

Le premier se trouvait sur le versant sud de TÉdoux, et à mi-côte, regardant la route de Bon^ à Philippeville et le lac Fedrara, deux autres repaires étaient sur le versant ouest, et un quatrième sur le versant nord.

Je les trouvai tous d'un abord difficile, mais d'une fraîcheur des plus agréables dans cette saison, et pourvus, chacun, d'une source claire et îdélicieuse à côté des lits de repos, j Je savais que le lion boit à la pointe du jour, quand il rentre de la plaine, puis au moment le plus chaud de la journée, et le soir, à son lever.

Ayant trouvé l'empreinte de ses pas toute fraîche, dans le repaire du nord, j'allai m'y éta-

MÇS DERNIÈRES CHASSES 97

blir, emportant dans mes poches le pain qui m'était nécessaire pour plusieurs jours.

Les sangliers et les tourterelles, les rossignols et les porcs-épics, les mangoustes et les merles vinrent s'abreuver tour à tour auprès de moi ; le lion seul ne vint point.

Le troisième jour, je revins à mon campement établi chez les Aïdhéona. Unejumentetdeuxbœufs avaient été la proie du ravisseur pendant mon absence. Chacun m'indiquant le repaire du sud comme étant habité, je m'y rendis le soir même, c'était une journée de cinquante kilomètres, à travers bois, par une chaleur de 40 à 50 degrés.

Le quatrième jour se leva sans que mon liocu revînt à son repaire. Décidément cet animal avait des habitudes singulières qu'il fallait étudier. Pour ne pas continuer plus longtemps à faire fausse route, je pris la résolution d'aller me fixer, pour quinze jours et autant de nuits, sur le point culminant de la montagne appelée par les Arabes

Condit-Ronha ou le Mamelon-Frais.

98 «n^BirNfiHnn^iwAiffras

J'emportai des mvrm psur éinq -jours , 'les Arabes devant . me Tarôtaittercle^i&ièiBe nsi ij*éih*mais un feu au lever du soleil, tfin sarrivant à mon poste d'observation/ jtaubtiài ^pfompteaaieitt les fatigues 'de la journée *et de dirai 'kinmènra pour admirer le magnifique 3|H«3ia»tetipii «edlé- ^eloppatt^souBanoB^yeuD^

Au nord, wmgtTmitte a*pBiil8 ; detfbrcte<sésabrires aUantiw , fBHire*daiw terawr qui&aiga© lie pays fle'Franee.

Àumidi, le wursrÎBl'O^d-Ziad: armeras naiiUe «ontoureetses teurie^-ToseSj'gwnnfe ©Mnme'ttes peupliers ; plus loin , île tac Fedrsraenw&ë par des montagnes wertos -s&èeroit d&tage ^en •étage jusqu'à' k'Maheuitôh, àoûtila tête seiperd flans * tes nuages.

Aulevaiït, Hipp0ne*)lfc«on ;b»isd\Jli¥ïere«(B(miondant^avec;las eaux imitantes de dadBeybouae^ bu couchant, ta wadlée cdîOued+ekAaieh, wiote xte bois de myrtes et sillonnée^par 3iri^ièrœ borèéas de frênes gigantesques ^mmelessèdre&du Liban*

HES DKKNlÈmW.affitSSB» 99

Tel est le coup d'oeil magique dont, omjouit k GondiURonhai Unr lésion remplie* de tristes»

fit bientôt place & mes seuliunwte cPadnrinrtion .> Pourquoi tant de beautés, tant de richesses res* tBnbeUessi.Umgtomp* ignorée* etdélaissées V

— Pourquœ leariicheBiet les heunrarcdela terre ne^viemiBŒitHl^pointtdaiis^oe beau pays acquérir de vastes' domaine^ où' il» trouveraient, indét pendammentrd«i-pteisirs»de la^ahassej un» climat dftiofeujp?cw; ilfeutfbienqn'on lèfsacto^ si dans l ? mtéwë»r dès tewes-lfc 1 chaleur estr excessive en été, enrevancBe 3 je*puia^fflrmerqa€F,surlesîhau^ teur^quiiaPwisineBFtl^mep, iïfôrity aumoi^dtaoût, irroins chaud? que* dan» lènmidi de laiPrance-, et que, en 1 hiver? la? tfempéfcattira diw plaines y est aussi' d&uce-quîau me» cto mai chez nous*

J'en Mmi&àmimssjWB^

gît dans la montagne. J'ai dit que le T)ut de mon ascension était d'observer les habitudes de Tanimal afin de procéder ensuite à sa rencontre,

Je ferai grâce au lecteur des détails de mon séjour à Condit-Ronha; il importe seulement qu'il sache qu'à la douzième nuit d'observation et d'études, j'étais certain de rencontrer le lion ; le reste n'était plus qu'une question da temps.

Le noble animal habitait tour à tour les quatre repaires désignés plus haut, et il ne demeurait que trois jours dans chacun d'eux.

Il avait appelé et fait venir à lui une lionne du pays des Àttaoua, qui l'accompagnait dans ses excursions nocturnes à travers les douars. Les sentiers que suivait le couple pour descendre dans la plaine m'étant bien connus, je descendis moi-même, le troisième jour, afin de préparer mes moyens d'attaque.

Une heure environ avant l'aurore, j'avais entendu le lion et la lionne rugir au-dessous et près

du repaire de la cascade, et un peu plus tard aux abords du repaire.

C'était donc là qu'ils étaient.

À son lever, la lionne devait, suivant ses habitudes, entraîner le lion vers le pays qu'elle avait qui tté.

Afin d'écarter d'elle ce désir par une distraction infaillible, je fis conduire, vers quatre heures de l'après-midi, un troupeau d'environ trois cents bœufs sur le versant d'un coteau faisant face au repaire et sur le sentier même que la lionne avait suivi le matin pour se rendre à l'appel du lion.

Il ne fallut pas moins de trente Arabes pour coi* duire et maintenir le troupeau en cet endroit, tant le passage, des lions leur causait de frayeur. Vers le soir, tous les efforts devinrent inutiles, et le troupeau entier, perçant le cercle des gardiens, se précipita dans la plaine comme une avalanche.

Heureusement, nos précautions avaient été prises à l'avance, et un taureau d'une robe claire et voyante se trouvait dûment garrotté parles quatre

pieds et splideaent attaché à quatre piquets d'un

lift 1!£& D£BNlÈACi& CHAS&E*

metra.de long v Au.moment.ûÈulea Arabas-sa dise» posaient à descendre dans la plaine r jjagerç^& le lion debout sur un. rocher qpi borda. le repaire.

Un peu.agrès^.la liûnne^débûcha&sûn.tauEet vint se coucher à. cota. du. maitra;,ila* avaient en*j tendu et. vu, la tronjw&au;,iLer découvraient la taureau destina à leur serein d'apgât; ilsr allaient, ve* nir sans aucun, doute. Les Arabes étant partis au comble de, la joia,, je mee plaçai au pied, d'un myrte, àsixrpasr.anvixonidatauDeauieif damanière à ne point perdra davuale^roehan (LblatCascadêi

Le Hoil s*éiait mis suc la ventes àicâléidb la lionne, da maniée: q^'ila-. sa* troiivaiaftt sur: le même plant

La lionne, me. garadssait*âp©tita,,cpia3^i jern'a* vais entendu. se& nigissemente, pamlant. la* nuifc précédente,, et. vu lîempi^ta*da.8ûB. gied^la matin, j'aurais cru.qpe citait Ain lionceau..

Après un quaurt. d'heure, d'observatiouxe^ de ca* resses niutuaU^.Uu lionne sa lava, etcommenq» h descendre*

KË&.DEBMÊRE& GHASfifiS iC{

Letton, l'ayant vue dispai»tteô«Hiftbois^ selevi» à son touiy..maîs plusbvite et courant, sur sa&pasi

AIûjgsi commença lfeplua* magnifiques dua qui ait jamaigt ékraaléj ûesmoniagne*

Voilà*. aô?mB aûmble^.cwmiroîétod&da'mœurs^ uaa-prettvejéfvident&deïla supérumiérdu lion sur tous- ses? feàreexto Respect féline?: .tandis qm 1* Ugmet^lap^iiiftmiracipfflifa SMfflteTOntrœefcsao» bruit pour surprendre leur victime, le lion'ster V9am % en marchant; suit la»- atamins<* tteeé® par L > homme^ ? 0tinigitràv pïeira poumons.

Àtl&pareamèiranoitede ee-ctant gooïïq de* lui, le» tanresuififetous ses eflfôpte pour Eornpre se» lienBfcetepOTfnpàte ladtaite.

A mesurer que le*, ragissemenis se- rapprochaient, ilî donnait désigne» de frayeur pins grande- efe son* abdomen Gonttooié" par 1& peur Douladt sourdement* camiœ uh tombeur:

Bientôt^ 'aperçus, la lionne arrêtée à cinquante pas et- regairiantenï arrière. Lee taureau l'ayant* vu& en- mèmei temps que moi, fit un- suprême

104 ÎIES DERNIÈRES CHASSES

effort, et, s'enlevant sur ses pieds de derrière, il retomba violemment à terre sur le côté.

Aussitôt le lion parut à son tour et vint se placer en travers, devant la lionne, comme s'il voulait l'empêcher d'aller plus loin. C'est qu'en ce montent le taureau, ne pouvant réussir à se rele^ ver, se roulait sur le sol en tirant sur les cordes et que ces maudites cordes, le lion les avait aperçues.

Il y avait là, pour lui, un piège que la lionne ne soupçonnait point et dont il voulait la préserver.

Vous dire les faits et gestes de ces deux animaux, leur langage exprimant la convoitise chez l'un et la colère chez l'autre, la frayeur toujours croissante du taureau et mes inquiétudes sur le dénouaient de cette scène, est chose tout à fait impossible, mais que le lecteur comprendra facilement.

Un instant, je fus sur le point de me lever et de marcher sur eux, pensée heureuse, résolution qui n'ayant pas été mise en pratique, m'a laissé de grands regrets. Malheureusement,

liES DERNIÈRES CHASSES 105

je voulais le lion et la lionne et je craignais en attaquant ainsi de ne tuer que le lion.

Hélas! l'un et l'autre s'éloignèrent pour ne plus revenir*

Cet insuccès, loin de me décourager, ne fit ^ue me raffermir dans la marche nouvelle. Sûr d'avoir une autre rencontre quand je serais parvenu à m'assurer du repaire où les lions rentreraient le matin, je laissai là le taureau, désormais tranquille, et suivis l'ennemi au bruit de ses rugissements.

Après avoir enlevé deux moutons dans un douar qui se trouvait sur leur chemin et auprès duquel je faillis les surprendre à table, ils allèrent se rembûcher dans le repaire du sud, la Source des roseaux. En allant reconnaître ce repaire, j'avais rencontré à mi-côte un mamelon élevé comme un belvédère au faîte duquel le

106 tt&â DJB£N*&t&& CflA&fiE*

lion venait, kson lever.,, régler raquL se pa** sait dans la plaine. De <^ points oiiy'a^fr.W' s» reposée habituelle, il. descendait* par une arête boisée coupée par une clairière où jetl!a*ai8 en* tendu rugir plusieurs fois, et qu'il dominait complètement de son observatoire.

Ayant choisi ce lieu comme le plus convenable à la rencontre, j'y fis amener tout le bétail d'alentour, afin' que la lfom pût le : voir à* sot lewr. Pour évitercl'acaident de-1* vedllevje pris un* ohe* val commee-appâte

If alheureiisamOTt} lœsoli étaiktelteraenfc dureio cet endroifyupâljfutdinj^^ de pi*-

quels, et quHliaHutatt&dierllaïïimal, dh cûté- dte la clairière^ àuuLrocheiv; etfdu oôté v de la fifiéï) à un arbuste?. assez seUderipoupré«fteràpsôs©flbrtsv-

Lc ekevaà étWUflKé î pariésxpiatre i pied&, lk tétet tournée- wre ; 1» plaii» pour qaHV ne* vît point* trop tôt leadions: venant à Iuk

Je me plaçai près- d'un buissen & cinq; ou six* pas en awrière du cheval. De œtte 1 manière, 1*-

«ES D3HNÏÈRB8 GHÀSSBS 107

nuit étant «ans clair de luwe, et partant obwsure, Je devais laisêerlee illon&égapgertletbe^al; senmettre à table, me présentant le flanc, ôtt ne tirer que lorsque je pourrais dtetrogmer tme (bonne place. Je crois'à^inefiîtttettefdireïici que eette résolution de teisse^ tuer le cheval p*r:te lion vn» frit extrêmement pénible, at que je 'ne Feweutei'quB par uneiïéeeBBitéstbsolufc.

On sait/du^rerte^xju'egr^pté^ftttecir ^i i ata^ exceptiannelte/j0tf^jamateçem^ tSher àl'appit vmmt qroje^ùi'dffiRiis^afantfsoin ée me {ttaceron évrdeooe, 1 ponr qu'itm*aperçàt en même temps que l'animal expoaé *à^son appétit.

ÂuTnommrt où nos ^rpprÔts^Bnafentdîêtfe terminés, unittoUble i ragi8Bemant«e^flt : eiitendre'aBb* ifessus'de'nom, nau poste;dtah*erv&tion dont j ? ai parlé plus haut Bêtes et gensayan^jarç^iaëplaine -eu ptas^vite, je restai en 'présence du pauvre the* val déjà fort inquiet de sa position. Cependant les -rugissements <se suceédaieiit # toujours à*la mêmepfeee. Gène fut que *vere n»uf heures tptll

me fut donné d'entendre les lions s'approcher.

Une demi-heure après, ils étaient aux abords de la clairière, | Le lion seul vint à l'attaque.

Je fur a orti de son arrivée par les mouvements du cheval : d'abord il pointa les oreilles sur le côté vers lequel le dernier rugissement s'était fait entendre, puis il rejeta vivement sa tête en arrière et très-haut, tandis que son arrière-train tremblait et pliait comme sous une pression intolérable.

Au même instant, le lion bondit sur lui, le saisit à la gorge, et, l'ayant fait pivoter sur place, retendit roide mort.

Je n'avais vu que les deux corps enlacés tournant sur eux-mêmes, je n'avais entendu que les trépignements du cheval à travers les rugisse* ments étouffés du lion.

Maintenant, le vainqueur était là, debout, magnifique, et regardant tantôt en arrière, du côté de la lionne, tantôt devant lui, l'arbuste auque/ étaient fixées les cordes qui retenaient sa victime^

Tout à coup, celle-ci ayant fait un dernier mouvement d'agonie, les branches de l'arbre le répètent et le lion bondit en arrière en rugis-1 sant.

; Il soupçonne un nouveau piège et court vers la lionne afin de la renvoyer, puis il revient de nouveau ; et au moment où il fait craquer sous sa puissante mâchoire les os de sa victime, je me hâte de lui envoyer une balle, à peu près dans le côté droit.

A mon coup de feu, le lion rugit à peine ; et franchissant le cheval, il se rue avec fureur sur le buisson qui lui portait ombrage, le déchire et envoie ses débris presque sur moi.

Puis je l'entends rouler avec fracas à travers bois sur le versant de la clairière, puis je n'entends plus rien.

M'étant avancé alors dans la clairière, je cherchai des yeux la lionne ; mais ne la vis point. . H pouvait être alors dix heures du soft ; et la

nuit était trop noire pour qu'il me fut possible

de juger mon coup de feu. La balle foudroyante, que j'avais tirée, n'avait pas éclati au dehors ; le lion n'avait pas rugi comme d'habitude lorsqu'il est blessé légèrement ; il s'était jeté avec fureur sur l'objet de sa méfiance : donc, il devait avoir une balle avec ces éclats et ces gaz qui suffisent pour tuer l'animal le plus robuste. Je me couchai et m'endormis en pensant à la scène tragique dont j'avais été témoin #

A la pointe du jour, je fus éveillé par une foule d'Arabes accourus des douars voisins. Après les avoir écartés, je cherchai à me rendre un compte exact du résultat de mon coup de carabine.

J'avais tiré dans la direction de la plaine, sur lo côté droit du lion, qui se trouvait à gauche du cheval.

La bourre qui séparait la poudre de la balle

l devait avoir été arrêtée par le corps du lion, et

retomber sur place s'il avait été atteint. Le sol étant parfaitement nu , il était facile de la retrouver.

Je cherche en vain, point de bourre.

Alors, je me place dans la position du lion au moment où je l'ai tiré, et j'aperçois au-delà du cheval et près de l'arbre où il est attaché, l'empreinte de ses griffes.

En m'approchant de cet endroit, je trouve la bourre.

Le temps avait été calme toute la nuit. Donc, c'était le lion qui avait reçu cette bourre et l'avait emportée jusque-là dans sa crinière. L'arbre est déchiré, cassé, mais je ne vois aucune trace de sang.

| S uivons plus loin. A dix pas au-delà de l'arbre, le lion est tombé; à cinquante pas plus loin, il est tombé encore; et, là, je trouve une mare de sang. Aussitôt les Arabes se mettent sur la voie et ne la perdent plus ; du sang, toujours

du sang, du sang partout. Nous arrivons ainsi jusqu'à l'entrée du repaire que l'animal avait quitté la veille au soir; de traces de la lionne, aucune-

Le repaire pouvait avoir l'étendue d'un arpent. Le lion y arrivait, on en sortait par deux passages, j'en gardai un, et confiai l'autre à six Arabes bien armés. Un chien étant entré dans le repaire se trouva en présence du lion, l'aboya et fut tué.

Au même instant, sans qu'il fût fait aucun bruit, et sans qu'il semblât se douter de notre présence, le lion sortit du repaire, la tête basse, marchant avec peine, et se dirigea vers le passage gardé par les six hommes armés. Au lieu de l'attendre pour le fusilier à bout portant, ceux-ci reculèrent ; et ce ne fut qu'après l'avoir laissé passer qu'ils firent feu tous à la fois. * Jamais je n'ai éprouvé pareille crainte.

Toujours j'avais vu les lions blessés, même grièvement, charger les hommes, sur leur coup

de feu, et même ceux qui ne les attaquaient en aucune manière.

Je me souvenais des compagnons que j'avais tu tuer et mutiler dans des circonstances semblables ; et, pour moi, ces malheureux devaient subir le même sort. Eh bien , chose inconcevable, non-seulement le lion ne chargea point ces hommes , non-seulement il ne rugit point sur leurs coups de feu, mais encore il continua doucement et péniblement à descendre le ravin, comme s'il n'avait rien vu, rien entendu. La journée entière nous suivîmes le blessé aux rougeurs sans parvenir à le revoir. Le lendemain matin, d'autres Arabes en armes s'étant joints aux premiers, nos recherches continuèrent.

Le lion fut revu dix fois, et tiré trente fois sans qu'il me fût possible de lui envoyer une seule balle.

Le soir, nous étions en plaine à travers un bois trè*s-peu fourré, et les hommes des douars

voisins venaient jeter des pierres à notre fugitif sans qu'il fît mine de se retourner. Voici l'explication de ce fait étrange.

Ainsi que nous avions pu le voir par les traces de sang au bois, et comme cela était confirmé par les Arabes qui avaient vu l'animal de près, la balle était entrée au côté droit, près de l'épine dorsale, et l'explosion avait eu lieu au-dessus de l'épaule, mais trop haut. Toutefois, la blessure avait paralysé l'avant-train de telle manière que le lion pouvait marcher en se traînant avec peine; mais il lui était impossible de faire un bond. De là, cette résignation passive en présence de ses ennemis.

La nuit étant venue nous surprendre , je laissai aux Arabes le soin de continuer les recherches, et pour ne pas perdre un courrier de plus Je revins à Bone, afin de préparer avec le CGDiLe Xavier Branicki nos chasses d'automne. Le jour de mon embarquement , les Arabes m'apportèrent la dépouille d'une magnifique

panthère qu'ils avaient tuée en recherchant le lion ; et ils me donnèrent l'assurance que j'aurais, ou la dépouille du lion, ou son armure, suivant qu'ils le trouveraient mort ou vivant.

Ainsi finit cette longue et pénible campagne contre un des plus beaux lions de l'Afrique.

Son résultat ne fut pas seulement la mort certaine d'un animal des plus nuisibles, mais encore et surtout ce fait irrécusable, désormais acquis en faveur des balles foudroyantes, à savoir que lorsqu'elles ne tuent point, elles frappent de prostration et rendent inoffensifs les animaux les plus redoutables.

Le nombre des lions qui se trouvaient, en ce moment, dans la subdivision de Bone, était d'environ soixante. Le chiffre du gros et du petit bétail détruit par eux, de 1856 à 1857, a été de dix mille têtes.

Cette augmentation d'animaux nuisibles dans un pays ouvert à la civilisation, a pour cause la bonne conservation des forêts.

À mon retour à Paris, j'organisai une seconde expédition à laquelle prirent part messieurs le comte Xavier Branicki; le comte Jean Zamoyski, son neveu; M. Giorgi, gentilhomme romain; les deux piqueurs du comte Xavier et huit chiens nommés : Grisonneau, Persillant, Tartareau, Major, Flambeau, Blandineau, Rempart et FendTair.

Le 4 décembre, nous débarquions à Bone; et le 14* nos campements étant prêts, nous allions nous établir chez les Senadjali ! . Dès le lendemain , les trois gués de l'Oued-Kebir fréquentés par les lions étaient distribués entre les tireurs, tt chacun prenait son poste. Malheureusement pour les Arabes, et heureusement pour les lion*, les abords de ce campement étaient

i. La première nouveUe que j'appris, en arrivant, fut la mort du lion que j'avais tiré au mois d'août précédent, et dont on a vu la relation plus haut. Les Arabes l'ont retrouvé quelques jours après sa mort.

couverts de gibier ; de sorte qu'au lieu de se reposer, après une nuit passée à la belle étoile , nos chasseurs, tentés par tant de richesses, allaient se fatiguer en plaine ou au bois.

Or, quelle est la force humaine qui peut aller longtemps ainsi ? Aucune sans doute. Aussi qu'est-il advenu? Que trois lions ont traversé notre ligne sans recevoir une balle, et que depuis notre installation chez les Senadjali , cent têtes de gros bétail ont péri sous la dent de ces messieurs.

Il est juste d'ajouter que ni le comte Xavier Branicki, ni le comte Zamoyski, ni M. Giorgi n'ont laissé passer l'ennemi sous le canon de leur carabine.

Les fautes étant personnelles, il est bon de les laisser à qui de droit.

La lune étant devenue mauvaise pour affûter, nous résolûmes d'essayer la meute sur la voie d'une lionne accompagnée de ses lionceaux. J'appelle, sur ce qui va suivre, l'attention de tous

les veneurs et chasseurs sérieux, parce que, jusqu'à ce jour, personne n'avait cru que des chiens courants voulussent goûter la voie du lion et le chasser.

Nos huit chiens furent découplés à midi sur la rentrée de la lionne au bois, après une forte averse tombée une heure environ avant l'attaque. Malgré cela, à peine découplés, les huit chiens ont empaumé la voie et l'ont rapprochée sans balancer un instant.

N'étant que cinq tireurs, nous entourions, tant bien que mal, l'enceinte. Les chiens étant arrivés au repaire de la lionne, celle-ci les a chargés; mais il a suffi de quelques vigoureux coups de trompe sonnés à propos par Fanfare et Hubert, pour que la lionne, agacée par ce bruit nouveau pour elle, vidât l'enceinte aussitôt.

Alors, la meute a repris courage et s'est de nouveau trouvée en présence des animaux chassés.

Un des lionceaux, s'étant un peu attardé, a été un instant enveloppé par la meute ; mais la lionne, arrivant à fond de train, a dispersé les chiens et rallié le retardataire.

Puis les trompes ont repris, et la meute a recommencé de plus belle, jusqu'au moment où, n'ayant plus de chances pour tirer, je fis rompre et recoupler les chiens.

Ainsi la lionne a vidé deux enceintes par le fait des trompes seulement ; et les chiens l'ont chassée pendant une heure au moins , prudemment il est vrai, mais l'ont chassée.

De plus, nous avons pu nous assurer qu'un lion couché dans la deuxième enceinte l'a quittée au bruit des trompes seulement.

Le lendemain , ce même lion ayant été rembûché , a été attaqué de nouveau avec la meute.

Les chiens l'ont rapproché vivement jusqu'à

son repaire, d'où ils sont revenus sagement vers i les piqueurs.

Ceux-ci ayant sonné un Men-aller, la meute a repris courage; et comme les trompes avaient fait marcher le lion, les chiens ont crié jusqu'à lui. Là, même retour prudent.

Un coup de trompe résonnait*il sous la futaie, le lion s'éloignait de cinquante pas, devant cette musiqu» qui lui porte sur les nerfs, et les chiens allaient à aa suite.

Les trompes se taisaient-elles, le lion s'arrêtait , et la meute en faisait autant.

En somme , je pense que tout veneur verra comme moi } dans cette double épreuve, ce fait, qu'avec un nombre de trompes et de chiens suffisant, il est facile de chasser le lion à courre comme on chassé le cerf ou le sanglier.

San a doute, on prendra les meilleurs chiens ; naturellement, il faudra du courage, du sangfroid et do l'adresse pour servir l'animal d'un coup de carabine quand il fera tête à la meute ;

mais c'est précisément là qu'est le beau côté de cette nouvelle manière de chasser.

Quelques jours après, le comte Xavier Branicki ayanttuéunebellepanthère,dontlemâleétaitrembûché sûrement, nous l'attaquâmes avec la meute.

Le résultat fut le même que celui des jours précédents, avec cette différence que les chiens arabes et les roquets chassèrent avec les nôtres, ce qu'ils n'ont pas fait à l'égard du lion.

Or, il est bonde signaler ici que nos chasseurs arabes ont été aussi prudents que leurs bêtes visà-vis du lion, tandis qu'ils allaient à la panthère comme à un lapin.

Le résultat de ces quinze jours de chasse fut : trois lions vus par corps, dont un tiré et manqué par un Arabe caché dans un affût.

Deux panthères tuées, six sangliers tués,

iîî MES riEHNIÊRBS CHASSES

un porc-épic, trois chats-tigres, six chacals, quatre mangoustes, deux cents bécassines, vingt lièvres, et trente-cinq perdrix à temps perdu..

On pourrait tuer, par jour, dix sangliers, deux cgdU bécassines, ou cinquante perdrix.

Le comte Xavier Branicki et M. Giorgi étant rentrés en France dans les premiers jours du mois de décembre , je restai avec le comte Zamoyski, un valet de chiens français, et mes quêteurs arabes.

Le 8, nous étions établis au pied de PEdoug, versant sud, sur la propriété d'un riche Espagnol, M. Kall.

Dix mille hectares de bois et de plaines, peuplés d'animaux de toute espèce, depuis la caille jusqu'au lion, telle est la richesse cynégétique de cette terre, que son maître avait mise entièrement à notre disposition. Mais j'ai à peine besoin de dire que nous n'en voulions qu'au roi de la forêt.

MES DBRNIÈBES CHASSES 123

tfne pluie diluvienne étant tombée sans relâche du 8 au 14 décembre, il nous fut impossible de quitter le campement.

Le 15, nos quêteurs ayant connaissance d'une lionne accompagnée de deux lionceaux, nous sommes allés en forêt.

L'animal ayant vidé l'enceinte avant notre arrivée, il a fallu reprendre sa voie à la sortie du repaire. Pendant que nous tournions la deuxième enceinte pour prendre les devants ,les quêteurs se son t trouvés en présence de la lionne qui les a chargés.

Leste comme un écureuil, chacun d'eux a choisi son arbre et s'est très-haut perché. La lionne, après avoir mis ses enfants en sûreté , s'est donnée aux chasseurs afin de se faire suivre. Les tireurs n'étant pas en assez grand nombre, j'avais dû les espacer beaucoup ; il en est résulté i que les trois coups tirés sur elle, à de grandes distances, ne lui ont fait aucun mal.

La nuit étant survenue, il a fallu renoncer à suivre, et nous sommes rentrés au campement.

Le lendemain 16, le comte Zamoyski attendit avec moi un grand lion, avec un cheval vivant pour appât.

Vers minuit, nous avons pu l'entendre rugir près du lac Fedrara, en plaine, et à deux lieues du point que nous occupions.

Ses rugissements se rapprochaient distinctement de quart d'heure en quart d'heure, et bientôt je n'eus plus de doute sur sa rentrée en forêt par le sentier sur lequel nous étions.

Vers deux heures du matin, le lion rugissait si près de nous, que nous pouvions entendre les soupirs qui précèdent et suivent chaque rugissement.

Hélas ! peu de temps après, nous l'entendions plus loin, dans la montagne, et sans aucun espoir de retour.

Ne pouvant m'expliquer comment il était venu si près du cheval sans l'attaquer, à la pointe du jour je recherchai ses traces.

La distance n'était que de cent mètres environ - y mais un petit monticule couvert d'un rideau de myrtes avait suffi pour dérober le cheval aux yeux du lion.

Le 18, nos chasseurs arabes ayant rembûché le lion, la lionne et ses lionceaux dans le même repaire, mais trop loin du campement et aussi trop tard pour venir au rapport, se décidèrent à les attaquer sans nous.

Après avoir entouré l'enceinte en se perchant le plus haut possible ; ils commencèrent à faire grand bruit. Le lion ayant quitté sa reposée pour voir d'où venait ce tapage fut tiré par un des chasseurs. '^

Son voisin l'ayant apostrophé à son tour, le lion se porta de son côté et ne reçut pas cette

seconde balle. En un mot, toute la journée fut consommée en cris féroces, en coups de fusil chargés à quatre ou cinq balles chacun, tout cela sans que ni lion, ni lionne, ni lionceaux aient daigné quitter leur repaire; il est juste d'ajouter que le bois est là très-haut, non moins épais, et qu'il est difficile, dans de telles conditions, de Lion placer une balle. Cette escarmouche ne servit qu'à éloigner les lions du pays, et nous obliger à en chercher d'autres.

Le ?7, j'appris qu'une autre lionne, accompagnée de trois lionceaux, grands comme des mâtins, se trouvait chez les Ouled-Atiah, au nord du lac Fedrara.

Le 28, ils étaient rembûchés à Dest-Rémoul.

Nous avions, ce jour-là, quarante fusils kabyles; excepté le comte Jean, lepiqueur et moi, tous les

MES DERNIÈRES CHASSES i?7

tireurs étaient placés sur des arbres, et se trouvaient espacés à trente mètres au plus.

Au premier bruit qui se fit du côté des rabatteurs, la lionne se déroba seule laissant ses lionceaux au fort dont elle pensait ainsi nous éloigner. Elle sortit entre deux tireurs indigènes et fut manquée par tous les deux. Le comte Zamoyski l'aperçut , mais trop loin pour lui envoyer une balle.

Ayant inutilement fouillé deux enceintes, que la lionne n'avait fait que traverser, nous revînmes aux lionceaux restés dans le premier repaire. |

C'était là le cas, ou jamais, d'avoir une meute; malheureusement, celle du comte Xavier était rentrée en France avec lui ; et nous n'avions que les chiens des Kabyles. Néanmoins, la lionne étant absente, toutes ces bêtes se mirent bravement au bois, et, appuyées par leurs maîtres qui ne craignaient plus la terre ferme, elles trouvèrent, aboyèrent, et nous firent passer les trois lionceaux,

, Tous furent tirés; mais aucun ne resta sur place.

Comme ils tenaient aux chiens, tout en se retirant, le meilleur de la bande fut pris et écharpé.

Cependant, un des lionceaux, tiré en même!

temps par un Kabyle et par moi avait été roulé sur la lisière du repaire où il était rentré péniblement au lieu de suivre ses frères.

Cette bête était à nous. Il ne fallait que la suivre; mais tout à coup une pluie diluvienne, comme on n'en voit que dans ce pays, vint nous empêcher de suivre la voie, et nous obliger de battre en retraite.

Le lendemain et les jours suivants, même temps et même impossibilité de rechercher ranimai blessé; ce que voyant, nous allâmes nous établir à Bou-Dissah, sur le versant ouest de l'E-

doug, où nous étions au centre des bons repaires.

Le5 janvier 1859, nos quêteurs avaient connaissance de la dernière lionne tirée, suivie de deux lionceaux seulement. Ce rapport me confirma dans la croyance que le troisième était mort.

Le 6, la lionne était rembûchée dans une enceinte de cinquante mètres carrés, dont les abords avaient été brûlés Tannée précédente.

Pendant que l'un des hommes qui avaient fait le bois venait allumer le feu destiné à nous avertir, en vue de notre campement, son compagnoa était resté en vedette sur un rocher haut de trente mètres et situé à la tête du repaire habité.

A la vue de la fumée qui s'élève comme une .

colonne sur la montagne, nous nous empressons de charger les armes et nous partons. Jugez de notre étonnement lorsque, à moitié chemin, nous rencontrons nos deux quêteurs l'air piteux , la tète basse. ■

Voici ce qui était arrivé; la lionne, ayant entendu marcher autour du repaire, était sortie

130 MBS DERNIÈRES CHASSE B

pendant que l'un d'eux la guettait. Comme elle^ n'était qu'à une quarantaine de pas, et présentait le flanc» cet homme, violant sa consigne, ne put résister à la tentation d'envoyer un coup de feu.

11 était armé d'un fusil double à percussion. Le premier coup rata. Au bruit de la capsule, la lionne tressaillit, mais sans changer de place. Le second coup partit mais ne toucha point

Alors, la lionne rentra furieuse au repaire; et, pendant que l'Arabe cherchait sa poudre et ses balles, elle arrivait au pied du rocher.

Une seconde capsule est mise sur le coup raté et ne part pas; la lionne rugit et montre toutes ses dents au maladroit.

Celui-ci, de son aveu/ perd la tête, se croyant mort ; et, au lieu de charger son fusil, il suit tous les mouvements de la lionne, qui tourne autour de lui pendant un long quart d'heure ; puis, elle va à ses lionceaux, qu'elle fait sortir du repaire au petit pas, et voilà comment cette journée, qui devait être si heureuse, finit misérablement.

HES DERNIÈRES CHASSES 131

Du 7 au 14 janvier, nous eûmes des renseignements, mais aucun animal bien rembûché.

Comme nous avions fixé notre départ pour la France au 17, nous montâmes le 14, à Condit- Ronha. De ce point, nous avions tous les repaires au-dessous de nous ; et l'espoir d'un bon rapport avant notre départ, s'il y avait un lion dans la montagne. Le 15, la lionne tirée la première fois était détournée à un kilomètre du point où nous avions passé la nuit; les deux lionceaux étaient avec elle.;

Le repaire était une gorge impénétrable d'un hectare à peu près. Nous avions trois carabines et quinze fusils arabes , sans compter les quêteurs.

Quand tout le monde fut à son poste, les hommes qui avaient fait le bois approchèrent le plus possible du repaire, prirent chacun un chêne et ouvrirent le feu. Au troisième coup, les deux \

lionceaux furent vus dans une petite clairière, puis encore au moment où ils franchirent l'enceinte gardée, et manques alors deux fois, La lionne ne bougeait pas; ce n'est que longtemps après, et quand elle crut ses enfants peut-être en sûreté, qu'elle se présenta sur la ligne des tireurs.

Sept de nos chasseurs arabes ont successivement tiré et manqué.

Le comte Zamoyski a envoyé ses deux balles avec beaucoup de sang-froid, mais trop loin pour toucher un animal bondissant à travers bois, '

Me trouvant à l'autre extrémité de la ligne, j'attendais avec la plus grande impatience le feu d'un tireur placé à l'autre bout. Enfin deux coups précipités se font entendre en même temps que les rugissements de la lionne et les cris de l'homme qui avait tiré, et tout le monde d'accourir.

J'arrive de mon côté et j'examine les choses sans écouter le bruit des voix. Le tireur que j'a-

vais placé là est un valet de chiens resté avec le comte ; comme il est assez adroit, et en outre rempli de bonne volonté, nous lui avions confié une bonne carabine à deux coups chargés à balles explosibles ; et j'avais cru pouvoir lui donner à gaiv der un poste important placé entre quatre sapins, formant un massif, attendu qu'ils avaient des branches jusqu'à terre. La lionne devait passer à côté de lui sans le découvrir ni avant ni après qu'il aurait envoyé ses balles. Après avoir intrerogé le sol, je constatai qu'il avait tiré à six pas le premier coup, et à quinze pas le second.

Tout portait à croire qu'il avait déjà dû toucher.

Cependant il n'en était rien; car jusqu'à la nuit, nous suivîmes la voie de la lionne sans rencontrer une goutte de sang.

A huit heures du soir elle rugissait près du repaire où elle venait rallier ses petits ; et le lendemain matin nous rencontrions leurs voies et les

suivions jusqu'à deux heures.

1 Cette journée étant la dernière pour faire nos préparatifs d'embarquement, nous dîmes au revoir à nos bêtes, et descendîmes dans la plaine où nous attendaient les chevaux.

En résumé, depuis notre arrivée en novembre, nous avions vu quinze lions, lionnes ou lionceaux. Huit avaient été tirés, et un seul était mort : celui de Dest-Rémoul.

Nous avons laissé les autres se portant à merveille et nous attendant au printemps. Du reste, aucun accident à déplorer, grâce à la prudence excessive de nos chasseurs arabes, toujours prêts à grimper sur un arbre ou à se blottir dans un buisson. C'est une manière de chasser le lion très-commode; mais, à entendre les plaisanteries qu'elle excite de la part de leurs coreligionnaires à nos quêteurs , aucun Français, pensons-nous, ne devrait l'adopter.

Voici le chiffre des ravages causés par les lions, sur dix lieues carrées, pendant nos deux mois de chasse.

MBS DERNIÈRES CHASSES 435

Chevaux, mulets ou juments, 25 ; taureaux , bœufs et vaches, 230 ; moutons, 202 ; Arabes, i.

À mon retour en France, j'y trouvai le comte Constantin Branicki prêt à faire une nouvelle expédition avec son personnel et quelques-uns de ses proches.

Vers la fin de mars 1859, nous partions de Paris au nombre de neuf carabines qui étaient :

Le comte Constantin Branicki ; ses deux neveux les comtes Jean et Etienne Zamoyski, le prince Galitzine, un officier russe du nom de Kranowski, M. Bogusz, Polonais ami du comté Constantin, Valorck, son chasseur, Auguste Lefort, premier piqueur, Bertrand, chasseur du comte Jean, et moi.

Comme précédemment, nous avions choisi dans la meute du comte Xavier, empêché de

13f> MES DERNIÈRES CHASSES

venir avec nous , quelques couples de bons chiens.

Nos chasses commencèrent le 30 mars par un rapprocher qui dura de sept heures du matin à cinq heures du soir. Je cite ce fait parce qu'il ne s'agit pas ici d'un animal qui se dérobe ; mais d'un grand lion qui, après avoir fait sa nuit en plaine , a parcouru une distance de huit à dix lieues à travers routes et vallées avant de rencontrer une place de son choix pour y passer le jour.

Le 2 avril, à midi, nous attaquions la lionne, manquée l'avant-dernier jour de notre campagne précédente.

Elle était rembûchée dans le repaire de Bellevue, situé entre Bone et le lac Fedrara, à cinq cents mètres de la grande route.

 peine découplés, les chiens empaumèrent la voie avec une chaleur extraordinaire; et, la trompe aidant, la bête suivie de ses deux lionceaux ne tarda pas à vider l'enceinte gardée

militairement. C'était encore au chasseur du comte Constantin qu'il appartenait cette fois d'ouvrir glorieusement la campagne.

Valorck, surpris par la lionne qui le charge en le voyant, est obligé de tirer à la tête malgré que sa carabine soit chargée à balles explosibles.

Heureusement pour ce brave garçon que le coup a été assez rude pour renverser la lionne sur la pente du coteau, car il l'a tirée à bout portant et, pour ainsi dire, au vol. Croyant l'avoir tuée, Valorck envoie sa seconde balle à un lionceau qu'il tue sur place; et ce n'est qu'alors qu'il peut voir la lionne se relever du fond du ravin où elle avait roulé, et charger un de nos chasseurs arabes posté sur le versant opposé. Celui-ci, plus prudent, a bien garde d'attendre la lionne ; il envoie bien vite ses deux balles comme pour simple acquit de conscience et se sauve après.

Cependant, la meute, qui a gagné du terrain,

188 Uftl DERNÎÉRE1 CHASfiïl

arrive sur ces entrefaites et la lionne l'arrête court. f De tous côtés l'on entend crier hallali; mais les postes sont éloignés les uns des autres, et séparés par des ravins profonds , de sorte que tous les tireurs ne peuvent arriver à temps. Huit ou dix sont là, européens ou arabes, et une trompe avec eux. L'enceinte où se tient Y hallali n'a guère que cinquante mètres de large sur autant de long.

Rien de plus facile que de l'entourer pour tuer sûrement; mais les Arabes, qui dominent par le nombre, préfèrent lui laisser un côté libre pour la tirer de loin quand elle sortira. En ce moment, les chiens enhardis par les sons de la trompe , la voix et la présence des hommes , osent approcher la lionne qui, bondissant à travers leurs rangs pressés, s'ouvre un passage, laissant plusieurs blessés et un mort, Tapageau, le meilleur de la meute. i

Fuis la lionne passe sous une grêle de balles qui font plus de bruit que de mal.

Deux heures de chasse par toute la meute réunie, quatre hallalis debout, et enfin un change sur un sanglier, tels ont été les incidents de celte journée marquée seulement par la mort du jeune lion.

Le lendemain, la lionne rugissait une partie de la nuit pour appeler son enfant, et tuait deux bœufs pour consoler son jeune frère.

Le sol étant trop caillouteux pour bien en revoir dans le pays où s'était fixée la lionne , nous partîmes pour le cercle de Guelma, où le propriétaire du domaine de Bou-Far, M. Yignier nous avait appelés.

Le 7 avril au soir, trois bœufs étaient tués en vue de la ferme. Le lendemain, nous attaquions deux lions de trois à quatre ans. Nos chiens français ayant pris la voie d'un sanglier, au

début de la chasse , il nous fut impossible de les rompre; et force nous fut de nous servir des chiens arabes appartenant à nos quêteurs.

Ces bonnes petites bêtes firent tout ce qu'elles pouvaient, appuyées de loin par leurs maîtres ; mais les lions se moquant d'elles restèrent au repaire toute la journée. Cependant, les Arabes s'étant monté la tête voulurent s'en mêler et firent semblant d'entrer sous bois; aussitôt un des lions s'étant mis en colère, les mit en pleine , déroute, tandis que l'autre en faisait autant h l'égard des chiens.

En somme, hommes et bêtes durent se contenter de voir ces messieurs de loin, et de leur envoyer des balles dont ils semblaient se soucier fort peu.

Le lendemain, n'ayant rien au rapport, je pensai que les lions avaient traversé la Seybouzo pour gagner la Mahouna.

Les indigènes de ce pays étant venus ^nous appeler, nous quittâmes les hôtes de Bou-Far et

MES DERNIÈRES CHASSES i4i

leur hospitalité cordiale pour un plus rustique campement.

Le 14 avril au soir, nous étions rendus et installés chez les Ouled-Hamza. Une heure après notre arrivée, nous avions connaissance d'une lionne accompagnée de deux lionceaux, d'une part, et de deux lions mâles, de l'autre.

La lune étant on ne peut plus favorable pour la chasse de nuit, je résolus de mettre en pratique la théorie sur laquelle je fonde des espérances légitimes pour les succès à venir de la vénerie africaine.

Toute personne intelligente comprendra cela :

Le lion se lève le soir, au moment où le soleil disparaît à l'horizon ; en quittant son repaire, il prend toujours un chemin pour aller faire sa nuit dans la plaine.

Il va ainsi jusqu'à la pointe du jour, moment de sa rentrée en forêt, tantôt rugissant," tantôt en silence, mais toujours sur les routes ou sentiers frayés par l'homme.

Par suite de cette habitude de grand seigneur, rien n'est plus facile que de fermer au lion la sortie ou la rentrée de ses repaires, avec un peu de tactique et de coup d'œil.

Il suffit, pour cela, de s'assurer dans quelle partie du bois il est rentré le matin, et de placer ensuite un, ou plusieurs tireurs sur chaque sentier qui aboutit à ce bois. À son lever, il lui sera impossible de faire cinq cents pas sans recevoir des balles, ou tout au moins des coups de feu.

Le versant ouest de la Mahouna où nous étions, se trouve coupé, vers le milieu, par une seule voie courant du nord au sud, à laquelle viennent se relier quelques sentiers qui montent de l'Oued-Cherif, dont les eaux coulent au pied de la montagne.

Notre société se trouvant réduite de deux ca-

rabines, par suite de la rentrée eu Europe du prince Galitziae et de M. Kranowski, je dus faire appel à l'émulation de nos quêteurs arabes, qui se décidèrent à occuper un poste au besoin.

Sur les renseignements qui me furent donnés par les habitants du pays, dans la journée du 15) je fermai toutes les issues que je croyais bonnes, vers le soir.

La ligne à garder étant trop étendue pour qu'il me fût possible de mettre moi-même chaque tireur à son poste, je fus obligé de confier ce soin, pour quelques-uns du moins, aux indigènes, après leur avoir indiqué, à un mètre près, la place de chacun. Malheureusement, entre gens qui ne parlent pas la même langue, on ne s'entend pas facilement ; et, ce jour-là, il y eut entre deux tireurs européens, et l'Arabe chargé de les conduire, un malentendu fâcheux.

Bien avant la nuit, j'eus la douleur de voir la lionne et deux lionceaux arrêtés au pied d'un rocher haut de six mètres, sur lequel aurait dû

être en ce moment le chasseur qui venait de passer outre, malgré les signes de l'Arabe qui ne savait pas lui dire autrement :

— Restez là!

Sur les cinq lions enfermés dans notre ligne qui occupait environ deux lieues de longueur, trois venaient de sortir; restaient les deux lions mâles dont j'ai parlé plus haut. Ceux-ci arrivèrent ensemble, vers les dix heures du soir, au carrefour gardé par nos quêteurs arabes réunis et blottis dans un aflut.

Deux seulement envoyèrent leurs balles et un toucha, mais avec une balle conique, de sorte qu'il ne fit que deux trous à travers le corps de l'animal, que nous suivîmes aux rougeurs pendant deux heures.

Les deux lions ne s'étant pas séparés jusqu'à leur rentrée dans une série de repaires immenses et très-difficiles à pénétrer^ je pensai que toute tentative de suite amènerait mort d'homme; tandis que, en leur fermant les sorties au soir, nous

èevions certainement leur envoyer des balles ;

En effet, au crépuscule, un magnifique lion noir se présentait à Auguste Lefort, premier piqueur du comte Xavier Branicki, armé de la carabine de son maître. N'ayant pas trouvé où se placer sur le bord du chemin, Auguste s'était mis dans un olivier qui le dominait. Tiré à trente pas, le lion reçut la balle en plein corps et tomba foudroyé.

Et aussitôt les Arabes des douars d'accourir sur toute la ligne des tireurs pour annoncer Theureuse nouvelle.

Fâcheuse inspiration, qui vint déranger notre

plan , lequel devait faire rester chacun à son

poste jusqu'à la pointe du jour. Aussi le lion

blessé profita-t-il des vides qui s'étaient faits

successivement, pour franchir la ligne; et il

fallut, pour ce jour -là, se contenter d'une

victime. Le lion tué était, du reste, assez

beau pour nous faire oublier l'autre; et la

•manière heureuse dont il venait d'être mis à

} mort, nous donnait toute confiance dans tes nouveaux projectiles que non» avions adoptés.

À Pautopsie, nous awas d'abord extrait sept balles anciennes aplaties ou déformées, dont une. à l'extrémité du nez; La telle explosible n'avait atteint ni le cœur ni les poumons ; mais? la commotion qu'elle avait, causée en éclatant avait brisé les vaisseaux et camée une hémorragie interne effroyable.

Voilà dbneune.btesBuar&4|rai, faite par un projectile non explosible^ aurait produit Feffiat des balles ordinaires en ne tuant pas-, tandis que feseul fait de l'eiplosim &suflLpQur fûtukofer Fanimal.

Un autife inddeni assez cnrieux vint marquer cette journée,, du 17>etnoo&faii!8 mieux compreaire combien:lanuitaotts e&tétépïQpkô| si chacua

iut resté à son poste, ainsi que cela était convenu. Aucun chasseur européen ne mérite de blâme, les Arabes seuls ayant tout dérangé; et je dois ^jouter qjie le comte Constantin ne quitta sa place que lorsque je lui envoyai un cavalier.

Voici l'incident de la soirée : entre cinq et six heures, les comtes Jean et Etienne Zamoyski préparaient leur affût en coupant des hranches aux. aborda du sentier qu'ils devaient garder.

Tout à coup ila entendent un graad bruit sous bois, des cris perçants, des rugissements formidables, de» pierres qui roulent sur eux;et leurs armes sont restées à cinquante pas de là..

Qu'auriez~vous>&itàleu? place, en pareil cas? Quant à eux, il& avouent franchement qu'ils ont éprouvé une gsaad& émotion, et se sont empressés de rallier Imm «rabinesi II y avait bien de quoi! Seulement, ,iL était déjfr, trop tard ; car la lionne et ses lionceaux avaient traversé le sentier comme une* avalanche, serrant de près un énorme sanglier qui, tout en sang et couvert

d'écume, avait eu le bonheur de s'échapper de leurs dents:

Le lendemain matin, nos quêteurs trouvaient la voie de ces trois bêtes ayant passé, pendant la nuit, à deux pas du poste dont il vient d'être parlé.

Je ne dirai pas les regrets de nos deux gentilshommes ; tout chasseur intrépide comme eux les comprendra.

Le 18, au soir, je distribuai les tireurs sur le passage présumé de la lionne et du lion blessé.

Yers trois heures du malin, Auguste Lefort entend un sanglier fouillant aux environs de son poste.

Un peu après, les branches craquent de tous côtés ; et le sanglier, la lionne, puis les lionceaux défilent sous lui avec une telle vitesse, qu'il n'a que le temps de jeter un coup au juger.

Le 19, au matin, j'apprends que le lion blessé a tué un bœuf près de notre campement ; et, le soir, où garde les chemins en conséquence. Vers dk heures, le lion arrive et s'arrête près d'un

poste gardé par M. Gogusz, compatriote du comte Constantin, et par Bertrand, chasseur du comte Zamoyski. La lune n'éclairant pas encore ce point de la forêt, Bertrand tire un coup à peu près; le lion n'ayant pas bougé, M. Gogusz dit à son voisin :

— Je crois qu'il est mort.

A ces mots, le lion bondit en rugissant vers le bruit qu'il vient d'entendre ; et frôle en passant Tafiût des deux chasseurs , heureusement trop bien garantis pour être enlevés.

Le 20, la lionne ayant quitté ses repaires pour se rapprocher des côtes où sont établis plusieurs [ douars, on garde les sentiers de communication.

Bertrand voit la lionne vers onze heures du soir; mais trop loin pour la tirer.

Le 21un Arabe de Gouréat vient nous annoncer que l'ouverture des tranchées que nous avions commandées autour des repaires est terminée, et qu'il y a du lion; en vain, je presse

450 MES DfcRNIÈJlEÔ CHAS&&4.

mes compagnons de donner encore quelques jours à la Mahouna, ou nous devons tuer le lion et la lionne qui restent ; la perspective des chas* ses de jour avec les trompes et la meute l'emporte sur celles de nuit, et nous quittons la Mahouna, au grand regret de ses habitants.

Un seul Arabe, le chef du douar où nous étions, avait perdu, dans le courant de l'année, trente hœufs , un cheval , et vingt-huit moutons. Ces chiffres sont assez éloquents pour donner une idée du chagrin que ees braves gens durent éprouver en nous voyant partir.

Le 22, nous sommes chez M. Hassen, interprète du commandant supérieur du cercle de Guelma, qui a bien voulu mettre à notre disposition sa maison de campagne située à proximité de la ville et d'un bois souvent fréquenté par les lions.

1TFS BEUNltRîTS CHÀ^gES VU

Le 23, naos fouillons deux repaires, à la billebaude; maig nous n'y trouvons -que deux sangliers qui sont tués devant les chiens.

Le 24, jour de Pâques, nous assistons à la messe de Guelma.

ïfous visitons les autorités locales, qui nous font bon accueil, et nous donnent des renseignements utiles sur les lions du pays. Je désirais beaucoup suivre les bons conseils du colonel Bureau et du capitaine Lenoble en allant au Nador, où quatre ou cinq lions faisaient le diable ; mais les nouvelles venues de Gouréat entraînent notre expédition vere le nord.

Le 24, nous passions à Bou-Far pour remercier M. Vignier de l'hospitalité si cordiale qu'il nous avait offerte ; et nous allions camper à Aïn-Guessab chez les Zerdera,

Enfin, le ^6, au isoir, nous prenions notre bivac à Gouréat.

En arrivant, les indigènes nous signalèrenl la présence d'un grand lion, un peu nomade, &

152 MBS DERNIÈRES CHASSES

celle d'une liorme suivie de deux jeunes lions de deux à trois ans.

CeS trois derniers étaient fixés dans le pays.

Pendant la nuit, le lion rugit à une lieue de notre campement, et traversa POued-Kébir pour se rendre chez les radjetah. N'ayant pas encore de lune pour chasser la nuit, nous résolûmes d'attendre son retour en recherchant la lionne pour l'attaquer avec la meute, si faire se pouvait.

Le 27, les quêteurs furent envoyés au bois, d'où ils rapportèrent des connaissances de h nuit, sans avoir pu rembûcher sûrement un des trois animaux.

Il en fut de même pour les journées des 28, 29, et 30 avril.

Le 1 er mai, nous eûmes un rapport des plus heureux. Le lion et les deux jeunes lions étaient détournés dans un répaire de cent mètres carrés.

Déjà le lecteur voit cette pauvre famille de lions entourée de trois côtés par les traqueurs,

tandis que les tireurs , occupant la quatrième face, les fusillent à dix pas. Certainement, vue à distance, la position se présente ainsi ; mais il n'en est plus de même en la voyant de près.

En effet, autour de ce repaire d'un hectare seulement d'étendue , le pays est couvert da bruyères hautes de cinq à six pieds ; ce qui veut dire qu'on ne peut v former une ligne de ta reurs.

Il me fallut donc pousser une reconnaissance* dont le résultat fut le petit plan que voici : 1 Les bois de Gouréat, d'une contenance de dix mille hectares, sont coupés par deux vallées, plus ou moins larges, mais assez découvertes pour y échelonner une ligne de tireurs.

Entre ces deux vallées, qui forment les démarcations principales, nous avions fait ouvrir des

154^ MES BOTflrrÊïnsT! utrATySTO

tranchées larges de douze mètres, afin d'isoler les repaires les plus fréquentés. Le bois dans lequel nos bôte6 étaient rembûchées se trouvant sur les confins de la plaine, tout portait à croire, que, en le vidant , *lles chercheraient à rentrer en forêt vers les parties les plus couvertes.

Partant de c© principe, fort simple en réalité, je comptai notre monde et ne trouvai que sept tireurs.

Il m'en fallait huit pour fermer l'entrée du premier repaire dont les abords avaient été éclaircis par nos soins, et quatne afin d'occuper celui qui l'avoisinait.

(Test dans les circonstances graves, idit-on, que les hommes montrent ce dont ils sont capables. Un modeste compatriote de Guillaume Tell qui, jusque-là, avait rempli, auprès du comte Constantin et pour nous tous, lès fonctions utiles d'in- ■ tendant , Henri Monachon, déposa pour ce jour solennel les fonctions diverses qu'il remplissait si brillamment et nous offrit de garder une place.

Encouragé par cet exemple, le père François, notre trappeur, ne voulut pas rester en arrière ; enfin, trois Arabes de bonne volonté complétèrent notre contingent ; il restait encore un passage à garder à la tête de la vallée ; j'envoyai là deux indigènes avec la mission d'y allumer un grand feu.

A midi, tout le monde était à son poste ; et les sons lointains de la trompe nous annonçaient qu'on venait d'attaquer.

Bientôt je distingue les voix de Met-à-Mort, de Tayau et de Grisonneau, les trois chiens les plus hardis et les plus sûrs de lamente ; un peu après, j'apercevais la lionne seule, se dirigeant au pas vers l'extrémité supérieure de la ligne, et les deux jeunes lions qui venaient donner au beau milieu. Les deux Arabes chargés de défendre le passage du col, n'ayant pas encore allumé leur fin, décampèrent à toutes jambes; et la lionne franchit tranquillement la ligne. Un des deux lions se présenta à Henri, qui était armé d'unfu* si! double chargé à balles ordinaires.

Placé sur le bord de la tranchée, il n'attendit pas le débûcher, et tira l'animal sous bois sans être vu de lui. Un rugissement de douleur répondit à ce premier coup de feu, et un autre de colère lui répondit aussitôt tout près de là.

Le lion tiré suivit la lisière du bois en remontant vers le col par lequel nous avait échappé la lionne; il vint passer à vingt pas du comte Etienne Zamoyski, qui occupait la droite des tireurs; mais, comme l'animal ne se montrait qu'à travers bois , et que la carabine du comte était chargée à balles explosibles, il ne put le tirer.

Le second lion était descendu le long du repaire gardé parle comte Constantin Branicki, Valorek, un Arabe perché, et moi; il se présente au comte Constantin à une distance de cinq à six pas, et, l'ayant aperçu, s'arrête court. Pour un tireur comme le comte, avec une balle à pointe d'acier, cet animal arrêté et le regardant en face n'était pas difficile à tuer; mais, comme nous tous, il avait chargé dans la prévision de tirer à décou-

vert, c'est-à-dire à balles explosibles qui ne lui permettaient pas de tirer à travers bois, de peur qu'en rencontrant une branche le projectile ne fît explosion au dehors.

Heureusement, le lion offrait à découvert une place large comme une pièce de cinq francs, et ce fut là que le comte Constantin lui logea sa balle..

Tel est l'effet de ces projectiles, que, l'explosion s'ëtant faite en sortant du corps, c'est-à-dire dans les plus mauvaises conditions possibles, l'animal a néanmoins été tué. C'est là, certes, un très-beau coup de carabine, digne de porter envia à plus d'un grand chasseur, et je puis d'autant mieux l'affirmer difficile, que je l'ai vu et jugé à une distance de quinze pas.

Après avoir laissé à la meute le temps de se reformer autour de notre lion mort, qu'elle nous avait si bien ameûé, nous allâmes vérifier l'effet de la balle que Henri avait envoyée au premier lion.

L'animal faisait sang des deux côtés, et à hau-

458 MES DMNÎÈRB8 CMSBES

teur de l'épaule; donc, il était traversé de part en part.

La journée entière fût consacrée à sa recherche sans qu'il fût possible de le retrouver.

L'avance qu'il avait prise sur nous, et la facilité qu'il avait de passer à travers les parties les plus impénétrables delaforêt., nous le firent perdre, malgré la gravité de «a blessure et Ta quantité de sang qu'il laissait derrière lui.

Notre retraite n'en fut pas moins joyeuse, car" nous avions un lion tué, et la certitude de revoir la lionne, tant elle allait battre les chemins pour eheixdaer ceux qui manquaient à l'appel.

Le 2 mai, tïdb quêteras avaient connaissance de la lionne et du lion blessé, rembûchés dans le même repaire.

La ligne des tireurs fut échelonnée dans la

Mfi* BBRNIÈltEB CHASSES 459

vallée dite des Chèvres, et, à midi, la meute entière était découplée sur la voie.

Malgré la chaleur, l'heure avancée, et retendue immense de Peraoeiiite, les chiens, grâce à la leçon de la veille , allèrent droit aux animaux attaqués, et, la trompe «t la fusillade bien nourrie des traqueurs aidant, la lionne quitta le repaire et arriva sur la ligne des tireurs.

Geux-ci, espacés de quarante à cinquante pas, pouvaient voir et tirer (levant eux ou sur les côtés sans que rien leur fît obstacle. Gependant, la lionne traversa la- ligne en plein terUre, n'essuyant qu'un seul coup de feu après son passage et de très-loin.

Comment cela avait-il pu se faire? c'est ce que la meute nous aipprit Buamvant.

Deux tireure étaient là : te traqueurst M. S.., nouvellement arrivé parmi nous.

L'animal avait descendu an ; petit 4rot la côte absolument unie qui -faisait fece à notre ligne ; ensuite, il l'avait traversée, toujours à la même

allure, à vingt pas du traqueur et à trente pas de son voisin. Le premier dit qu'il dormait, le second qu'il n'avait rien vu.

A défaut de la meute qui venait de passer entre deux hommes criant à pleine voix, et des tireurs plus éloignés qui avaient aperçu la lionne, ses pas accusateurs étaient restés empreints sur le sol.

Que faire en pareil cas ? rompre les chiens, et rentrer au logis; c'est aussi ce que nous fîmes.

Le 3, nos quêteurs observèrent que la lionne était venue pendant la nuit , à la recherche du lion tué Tavant-veille, et qu'elle était rentrée au repaire dont le lion blessé n'était pas sorti.

Sur ce rapport, l'attaque eut lieu comme précédemment, avec un plus grand nombre de tra« queurs pour appuyer la meute à coups de fusil ; tout fut inutile, la lionne renvoya les chiens et les traqueurs sans vouloir bouger de place.

Le 4, même rapport, même attaque, même résultat; ce que voyant, nous décidâmes que te lionne ne serait plus chassée, le jour, que lorg

qu'elle serait rembûchée dans un repaire moins vaste, ou la nuit, dès que la lune nous le permettrait.

En attendant, nous fîmes un déplacement chez les Fenadjah pour y chasser le sanglier.

Le 8, la lune étant bonne pour les chasses de nuit, nous revînmes à Gouréat ; et, le soir, quatorze tireurs furent établis sur les passages présumés de la lionne.

Il appartenait à nos quêteurs arabes, habitués à travailler sa voie, et à se lever dès le matin pour elle, d'en avoir raison cette fois.

Vers dix heures du soir, et par un clair de lune magnifique, la lionne suivant la vallée dont nous avons parlé déjà, vint passer à deux pas d'un affût gardé par Saad-ben-Derbel et Ali-ben-Mekenèssi.

Le premier a regu, il y a deux ans, du lion nomade de Gouréat, dix-huit blessures, dont quelques-unes sont à peine fermées.

Soit que ce souvenir lui ait fait battre le cœur

16Î MES DEBNIÈKES CHAPES

un peu trop vite, sort que la lionne seisoit trop hâtée , toujours est-il qu ? elle passa, sans essuyer un coup de feu, à quelques pas de ces deux hommes; mais, à peine les a-t-élle dépassés, qu'elle revient sur ses traces, et, cette fois, passe si près de l'affût qu'elle le touche.

Deux coups do feu partant à la fois, la lionne fait un bond immense, et disparaît enTugissant.

Quand le jour arrive, tout le monde aecourt sur ce point, et, pendant qu'on cherche du sang, ou une voie à sum-e, la lionne esttrouvée marte à cinquante pas de l'affût.

C'est ainsi que Saad^ben-Derbel s'est vengé, sur la femme, du mal que lui a fait le mari.

Cependant, le grand lion ne paraissant pas décidé à revenir chez nous, il fut décidé que nous irions à sa recherche.

HW DERNIÈRES CHASSES 163

D'après les derniers renseignements, il pouvait être au hamrna des Radjetah.

Le 9, nous nous y rendîmes avec tous nos quêteurs arabes, désormais bien décidés à courir les risques d'une rencontre de nuit.

Il était possible, avec leur concours, de garder un grand nombre de postes; et nous étions certains de tirer si l'animal était dans la contrée.

Mais notre lion avait quitté ce pays la veille ; et, franchissant dix à douze lieues de son pied léger, il était allé visiter les troupeaux des Tréat.

Puis, comme s'il avait été prévenu de notre absence, tandis que nous l'attendions au hamma, il revenait à Gouréat, passait, en rugissant, au milieu de nos tentes, attaquait le troupeau du cheik notre hôte ; et , son dîner pris , rentrait chez les Tréat dans la môme nuit.

Ce trajet équivaut à cinquante oxi soixante kilomètres.

Le 10, nous étions de retour à Gouréat, oit

deux jours furent employés à la recherche du lion blessé. Nos quêteurs n'ayant eu aucune connaissance de l'animal, nous le jugeâmes trépassé; et, satisfaits de nos dernières chasses dans ce pay&j nous levâmes notre camp, le 13, pour Oued-Ziad,

La lionne que Valorek avait tirée là au début de notre campagne, s'y trouvant encore, nous fouillâmes quelques repaires sans la rencontrer.

Un grand Ibn, venant de la plaine, ayant rugi près de notre campement dans la nuit du 14 f dès le matin nous suivîmes sa voie dans 1* montagne afin de l'attendre la nuit à son lever, quand nous aurions reconnu son repaire.

Après trois heures de marche assez rude, nous arrivâmes sur une des crêtes de TÉdoug, oiHe lion , passant à vingt pas du campement que

nous avions en cet endroit, prenait son parti

vers deux excellents repaires connus de lui

comme de nous.

Les postes ayant été distribués vers cinq

heures du soir, une heure après tout le monde

était placé , et de manière que l'animal ne pût

sortir sans être vu.

Au coucher du soleil, le lion rugit de façon à

prévenir toute la ligne ; puis il se dirigea vers le sud où les tireurs étaient le plus nombreux et le plus serrés.

Comme il rugissait de quart d'heure en quart d'heure, chacun pouvait l'entendre et se tenir prêt. Néanmoins, les deux premiers tireurs indigènes le laissèrent passer à douze pas sans oser lui envoyer une balle; et deux autres, placés en seconde ligne, prétendirent ne l'avoir pas aperçu.

Tandis que ceci se passait sur les crêtes de la montagne, par un clair de lune aussi brillant qu'un beau jour, la lionne et son lionceau traver-

saient notre campement d'QuecUZiad, au grand effroi des. serviteurs, et venaient donner sur trois postes que j'avais laissés là en troisième ligne».

Pendant plus d'un quart d'heure', Auguste, piqueur du comte Brankki, le même qui avait tué le lion noir de la Mahmmai, a pu entendre la conversation de ces deux bêtes avec le lion qu'elles venaient de rencontrer.

Ils étaient arrêtés à tuent© pas de son affftt, qui malheureusement; sa trouvait hermétiquement fermé du côté où se réjouissait la respeetetbie fa* mille.

Il est inutile d'ajouter qu'Auguste ne pensa pas à sortir de soa afîM pour. M envoyer se* balles.

Depuis dix heuas dto soir jusque la-pointe <te jour, tous le&échosMDol répéta lmiiugissemento de cette honorable famille qui, heureusement pour elle., ne s'est préasntéet à» auoim de nos chasseurs européens à benne portéa <te cars* bine.

MES DERNLÈRES CHASSES 467

Le bateau pour la France quittait Bone le 16, il fallait rentrer à la hâte pour faire nos préparatifs.

Ainsi s'est terminée cette dernière campagne ccmmenoéa le 30 mars et close le 15 mai 1859.

En rayant le temps consacré an repos et oeità donné aux- changements de résidence, nous aronareu trente jours de chasse au lion.

Il a été tu quinze lions- différents dont quelqoes-uas plusieurs fois.

Dix ont été tirés, cinq sont morfc^ et deux ont été blessés. Il a été tiré, sur les lions, vingt-sept ooups de fusil ou de carabine; Sept ont touché, et vingt ont manqué; la moyenne de la distance, pour teru» tes coups^ e été de quinze 7 pas. Si les hommes qui ont manqué ntevaîént pa& éledé?

robes à la- vue des lion» par us affftt, un buisson on un arbre, nous aurious probablement eu dix morte et dix blessés*.

168 MES DEES1ÈRKS CHASSES

Nous avons laissé, dans la Mahouna, dix lions; a l'Édoug, trois lions ; à Bou-Far, deux lions ; a Gourêat, un lion ; et dans les autres parties de la subdivision de Bone , où nous n'avons pas chassé, environ cinquante lions.

Chaque douar près duquel nous nous sommes établis, ou dont nous avons vu les chefs, a accusé une perte annuelle de mille cinq cents francs à deux mille francs, ce qui porte à deux cents francs en moyenne, la part que chaque Arabe a payée cette année dans ce pays, à ces terribles percepteurs d'impositions involontaires.

Quand on sait que cette valeur est, à peu de chose près, la moitié de l'avoir des indigènes, on se demande comment l'administration supérieure n'a pas encore songé à protéger ces malheureuses populations.

Si quelque haut fonctionnaire du gouvernement s'était trouvé parmi nous, il aurait pu voir, dans l'empressement des populations à nous accueillir, nous renseigner et nous aider, et surtout dans la joie universelle quand un lion était frappé, il aurait pu voir, dis-je, qu'il y a là quelque chose à faire d'essentiellement utile aux intérêts du pays.

Ce que nous avons tenté de faire, avec des.

moyens d'action très-insuffisants, et des hommes la plupart inexpérimentés , prouve ce que l'on pourrait obtenir de bons résultats avec une organisation sérieuçe.

En attendant que la mère patrie, ou le gourernement local, décide quelque chose à cet igard , nous poursuivrons notre projet sans trêve, ni découragement. Nous ferons appel aux chasseurs français et étrangers pour la fondation d'une société cynégétique africaine.

Le but de cette société sera : 1° de détruire

les animaux féroces et loisibles de la colonie,

au moyon d'une troupe de chasseurs indigènes recrutés, équipés, armés et soldés à cet effet: 2* de mener de front la destruction par la chasse et par la capture des animaux vivants au. moyen l 'engins supérieurs.

Ces animaux, pris adultes, remplaceraient avantageusement ceux qui se trouvent actuellement dans nos jardins publics, à la condition de leur donner plus d'air et plus d'espace.

Capturés, importés, et établis dans oes conditions nouvelles , les grands félins, comme les autres carnassiers, offriraient aux naturalistes, aux peintres et aux sculpteurs des sujets d'étude dignes de leurs talents; tandis que, jusqu'à ce jour, ils n'ont pu voir qu» des ombres de: ces superbes animaux.

Réussirons-nous k exécuter un projet si utile?

Le temps nous l'apprendra. Ce que nous espérons cependant, c'est que l'idée ne sera pas entièrement perdue, et que tôt ou tard elle trouvera un homme pour la comprendre et l'appliquer.

Avant d'entreprendre de nouvelles expéditions, nous croyons être utile à tous ceux qui portent un fusil, en terminant cette relation de nos dernières chasses par quelques observations sur les armes à feu.

.Nous commencerons par celles de guerre, pour finir par lelusil. L'application de la rayure, d'abord aux carabines de nos chasseurs d'Or* léans, ensuite aux fusils de l'infanterie de ligne, et enfin à l'artillerie, a propagé la croyance que c'était là une invention de notre temps. En con* sûltant les auteurs qui ont traité cette matière, nous trouvons des documents incontestables prouvant qu'au xiv* siècle les armes rayées étaient connues et en usage.

Ainsi que nous l'apprennent les savantes et consciencieuses recherches de M. Mangeât de

Bruxelles, dans son Traité sur les armes rayées , une société de tir k l'arquebuse existait à Bâle, en Suisse, en 1446. Bruxelles (en Brabant) possédait une corporation de tireurs soldés, en 1445; et une société d'arquebusiers placée sous le patronage de Sainte-Barbe, dont le chef portait le titre de connétable.

En 1527, le grand prix s'appelait : Joyau national.

Les plus grandes sommités du pays venaient le disputer ; et on vit ces tirs fréquentés par des souverains tels que Guillaume le Taciturne, et Charles-Quint.

En 1471, Edouard IV apporte en Angleterre des armes à feu de la Hollande. En 1498 , on voit, pour la première fois, des armes rayées dans les tirs d'Allemagne. Ces armes sortaient des ateliers de Gaspard Zaellner (de Vienne, Autriche).

Jusqu'alors, la rayure était droite. Gomme cette disposition n'avait que médiocrement amé»

liorë le tir, tout en diminuant la portée des armes, on s'occupa de perfectionner cette idée.

Ce fut de 1520 à 1530 que Auguste Katter, de Nuremberg, remplaça la rayure droite par celle en spirales.

La rayure droite avait sur les canons lisses l'avantage de maintenir la balle en l'empêchant de balloter dans l'intérieur du canon jusqu'au moment de sa sortie ; la rayure en spirales avait sur la rayure droite l'avantage de donner au projectile un mouvement de rotation qui lui permettait de mieux percer la colonne d'air, de se maintenir plus facilement dans la ligne du tir, de parcourir une parabole moins élevée, et par suite de donner une portée plus grande et une meilleure précision.

En pratique les carabines ne furent adoptées qu'en 1760 en Suède, en 1778 en Autriche; en 1787 en Prusse et en 1794 en Angleterre.

174 MES DERNIURES CHASSES

La France commença ses expériences en 1815.

Le premier qui s?en occupa d'une manière sérieuse et auquel on doit une bonne partie des progrès accomplis chez nous fut M. Delvigne, qui, de 1856 jusqu'à ce jour, a consacré tout son temps à des recherches sur les armes rayées.

Comme le dit krès-judicieusement M. Mangeât, la grande faute que commirent les anciens expérimentateurs provient en .grande partie de l'imprévoyance qu'ils mirent, dans le principe, à coordonner entre le nombre, le pas, la formes la longueur et la profondeur des rayures, avec la charge de poudre , le poids et la forme du projectile-

Geci établi, le point essentiel à vaincre était naturellement la charge, qu'il ifallait rendre aussi simple, aussi facile que celle duiusiL

Cet immense résultat fut obtenu par M. Del vigne-

Cet officier, voyant que le mode de forcement par la bouche, employé par ses prédécesseurs, avait toujours été contraire à la rapidité et à la régularité des feux d'ensemble, eut l'heureuseidée' de créer sa carabine à chambre cylindrique contenant la charge de poudre et formant res* ftttt. Cette modification permit d'introduire la cartouche dans le canon aussi librement que dans le fusil li9se ;-et il sufâaait de deux coups de baguette pour .forcer la balle. sur le ressaut et, par cela même, lui faire prendre l'empreinte des rayures, tout aussi bien que si l'arme avait été chargée au maillet.

En 1846, M. Thouvenin, colonel d'artillerie, proposait une carabine à tige qui fut adoptée deux ans plus tard pour les chasseurs d'Orléans.

(Test au prince si populaire et si regretté que nous devons la formation de «ces magnifiques et excellents bataillons de chasseurs qui ont rendu 8e si grands services dan^nos guerres d'Afrique, âe*Crimée et dltalie. C'est encore au duc d'Or-

léans et à son auguste frère le duc de Montpensier, alors officier d'artillerie, que l'on doit l'introduction dans l'année française de l'exercice à la baïonnette, et des manœuvres au pas gymnastique qui donnent à nos soldats une si grande supériorité.

Ces deux genres d'exercices ont produit des résultats merveilleux, en Afrique, pour les marches forcées j et les surprises de l'ennemi à des distances fabuleuses ; en Grimée et en Italie, pal la puissance irrésistible des charges à la baïon* nette.

Aux recherches de M. Delvigne ont succédé celles de MM. Minié, Nessler, Tamisier, Thiroux, Thouvenin, Treuille de Beaulieu, et Prélat. C'est au commandant Nessler, actuellement à la tête de récole de tir de Vincennes, que l'on doï

la suppression de la tige pour les carabines de chasseurs, une balle nouvelle, creuse, qui se force par l'expansion des gaz, et enfin la rayure appliquée à tous les fusils de l'armée française avec la balle précitée.

Nous examinerons ultérieurement les avantages de ces innovations. Constatons encore ici que c'est à M. Tréville de Beaulieu que la France doit ses canons rayés qui peuvent être imités, mais seront bien difficilement surpassés comme précision. A ce nouveau et terrible système, l'inventeur a joint le boulet creux dont l'explosion se fait à volonté, c'est-à-dire au point désigné par le chef de pièce.

Ce qu'il nous importe de rechercher, c'est si notre armée se trouve à la hauteur des autres pour ses armes à feu portatives.

Nous avons comme armement modèle la carabine des chasseurs à pied. Cette arme pèche,

selon nous, par deux côtés : lepremier, par son calibre; le second, par sa baïonnette. La carabiae de nos chasseurs à pied est du calibre de 17 millimètres, le plus fort de toutes les armes raj i es en usage de nos jours.

11 est utile d'examiner en quoi cette dimension du calibre peut servir à la précision du tir, sinon à sa portée.

îl y a deux causes bien connues qui influent directement sur la marche du projectile, depuis le moment où l'inflammation de la poudre le déplace au fond du canon, jusqu'à ce qu'il atteigne le but. La première de ces causes est le frottement de la balle contre les parois du tube, la seconde est la résistance de la colonne d'air tant dans riiïtérïeur du canon qu'au dehors.

Il est facile de comprendre, d'après cela, que plus un projectile oflre de surface à l'air, et plus il doit rencontrer de résistance; c'est le cas de la balle de nos chasseurs à pied.

Non que la forme de la balle soit mauvaisej

elle offre, du contraire, deux avantages- incontestables. Le premier par son mode de forcement, au moyen de l'expansion des gaz ; le second, par son évidement postérieur qui l'allège en portant le poids en avant.

La balle du commandant Nessler ne mérite donc aucun reproche ; mais, telle qu'elle est, nous la voudrions plus petite et à l'usage d'une arme d'un calibre moins fbrfc

Que cette balle soit lancée par une carabine du calibra de treize àquatorze milfimètres> bien fwte et bien rayée, il est certain que l'on obtiendra la mène portée et une Ken plus grande prosisien.

Go défaut qw nous venonstte signaler p©ur les grosprojeetilés destinésà êtratirésà l'épaule, n'est pas le seul; Il en est encore un autre bien plus grav&que tepremier. Ncrosvoul<mspaiterdu recul.

La charga de poudr© devanfrètre^ proportionnée au.poidft.de*. ki. balte; comme celle-ci à la dîmen-

sion du calibre de Parme appelée à le lancer, il arrive nécessairement que six à sept grammes de poudre ne sont pas de trop pour un projectile de trente-cinq à quarante grammes. Cette proportion même est insuffisante ; car il est démontré que, pour obtenir la plus grande portée, on doit employer, en poudre, le cinquième du poids de la balle. Ainsi, pour un projectile de quarante grammes, ce serait une charge de poudre de huit grammes qu'il faudrait. Mais, en admettant la plus petite charge possible, c'est-à-dire six grammes, la carabine des chasseurs à pied donne un recul qui est visiblement appréhendé par la majorité des tireurs.

Personne n'apprécie mieux que nous la valeur physique et morale des hommes d'élite qui composent ces magnifiques bataillons. Aussi n'est-ce ni leur valeur comme militaires , ou comme tireurs, que nous prétendons révoquer eu doute \ c'est l'imperfection de l'arme dont ils se servent que nous avons cru devoir signaler.

Nous sommes convaincu que tous les hommes habitués au maniement des armes à feu conviendront, avec nous, que généralement un tireur qui s'attend à recevoir un soufflet n'est pas maître d'une certaine impression au moment du départ.

Or, tout homme qui ne conserve pas une immobilité complète, en ce moment, est incapable de tirer avec précision.

C'est précisément le cas de nos chasseurs à pied.

En suivant leur tir avec la plus grande atten-

tion, quoique prévenus en leur faveur de toute la sympathie qu'ils méritent, nous avons constaté que, excepté chez un petit nombre de tireurs exceptionnels qui prêchent d'exemple, chaque fois qu'un coup ratait l'homme faisait un mouvement assez prononcé pour jeter l'arme en dehors de la ligne de tir.

Ce mouvement n'a d'autre cause que l'appré-

hension du recul ; et il n'aurait certainement pas

1*2 MES DERNIÈRES CfiÀSSEl

lieu, si le recul n'existait pas, ou s'il n'existait qu'à un degré moindre.

Pour remédier à cet inconvénient, il faut amoindrir le calibre de l'arme en l'arrêtant entre les dimensions de douze à quatorze millimètres. De cette manière, on obtiendra un projectile plus mince, et assez lourd pour être lancé aux plus grandes distances au moyen d'une charge de poudre moindre; deux conditions essentielles pour faire disparaître l'action du recul.

Les imperfections que nous signalons dans la carabine de chasseurs, existent également dans les fusils rayés de notre infanterie de ligne. La pensée de transformer les fusils lisses «n armes rayées était excellente ; mais elle a été mal appliquée.

Au lieu de laisser à ces armes primitives le même calibre , et même de l'agrandir en les rayant t il fallait laisser les canons tels qu'ils

MES ÔERNlfeRES CHASSES 483

étaient et introduire dans chacun d'eux un tube rayé, qui aurait réduit le calibre à treize millimètres*

En agissant ainsi, <m augmentait à la fois la portée et la précision de l'arme transformée. | Gomme ils sont aujourd'hui , les fusils rayés S donnent de très-médiocres résultais.

Mais, ici, le remède est facile ; et, quand on le voudra, la modification proposée pourra se faire poar toute Tannée, sans avoir recours à un armement nouveau.

Ii suffira d'enlever la rayure qui existe, et d'introduire un tube rayé.

La seule objection que l'on pourrait faire à cette proposition, serait l'augmentation du jpoids de l'arme.

À celai nous répondrons que les hons soldats le supporteraient d'autant mieux qu'ils auraient plus de confiance dans leurs armes.

Actuellement on peut dire que tout fantassin considère son fusil comme un manche à baïon-

184 MBS DERNIÈRES CHÂSSES

nette, plutôt que comme une arme de jet. Ce sentiment a du bon. Il est justifié par des précédents glorieux. Mais il n'est pas sans danger de compter toujours sur la baïonnette, quand, à un moment donné, elle peut être arrêtée par une ^résistance terrible dans ses conséquences, celle de l'impossibilité. Supposez en effet (ce qui est dans Tordre des choses possibles), deux corps d'infanterie en présence et en rase campagne. La nôtre déploie aussitôt ses tirailleurs et marche droit à l'ennemi. Arrivés à bonne distance, les tirailleurs se replient; les bataillons prennent le pas de course et arrivent à deux cents pas. Eh bien, supposez qu'au lieu de gens qui tirent au hasard, vous ayez affaire à des machines humai* 'nés qui ajustent froidement. Plus de la moitié des balles toucheront les hommes qui se trou-

vent en tête. Sans doute, la charge se continuera : à cent mètres, une autre décharge vous fera une autre couche d'hommes frappés ; à cinquante mètres, une troisième ; enfin, à dix pas,

une quatrième. Tout finirait bien pourtant, grâce au courage bouillant de nos soldats, si l'ennemi abordé faisait mine de reculer. Mais, si, au lieu de la crainte ou de l'hésitation, les premiers rencontrent comme un mur de fer et de feu, croyezvous que cette charge à la baïonnette obtiendra le résultat espéré? Évidemment non, parce que nos soldats arriveront nécessairement par groupes séparés ou individuellement sur l'ennemi, dont les lignes sont restées fermées, parce que il y a là une question de courage individuel, de force physique, de vitesse dans les jambes, question à laquelle la tactique, la stratégie et la discipline ne peuvent rien.

Plus le feu de l'ennemi frappera d'hommes marchant à la charge, plus les survivants se hâteront d'arriver.

En vain vous chercherez à ralentir cette course furieuse pour reformer nos lignes d'attaque, et arriver comme un mur de fer. L'ardeur naturelle, la vivacité caractéristique du Français le

rendent impropre à ces combinaisons. L'ennemi qui l'attaque de loin est là-bas, devant lui, il le voit; il: faut qu'il l'atteigne pour se prendre corps à corps avec lui, et vous voudriez le faire arriver au pas accéléré, ou même au pas gymnastique avec ordre, coude à coude avec ses voisins?

Regardez le lion quand il répond à une attaque.

Est-ce qu'il marche ou seulement court sus à l'ennemi?

Non, cette allure est trop lente pour lui ; il ne la connaît pas. C'est en bondissant qu'il part et qu'il arrive.

Il en est de même pour le soldat français.

Sans égal, par sa sobriété, son insouciance des fatigues et des dangers, il ne peut aller froidement à l'ennemi quand il entend le signal de la charge.

Tel il fut, tel il est, tel il sera.

Laissez-lui donc ses qualités en les utilisant;

MES DERNIÈRBâ CHASSES 187

mais ne lui laissez pas croire que la baïonnette est tout, de peur que cette croyance lui porte malheur à un moment donné.

Bien doué naturellement pour apprendre vite tous les exercices du corps, le soldat français deviendra bon tireur quand il aura de bonnes armes.

Toute la question est là : armez»le bien ; il tarera bien.

Et si malheureusement la France est entraînée dans une nouvelle guerre, un meilleur armement de ses soldats facilitera leurs victoires, en diminuant dans des proportions considérables les pertes toujours trop sensibles qu'elle éprouvera.

Nous avons dit que la carabine des chasseurs à pied péchait encore par sa baïonnette.

En effet, le sabre - baïonnette pourrait être moins lourd , sans rien ôter à sa solidité ; et nous voudrions qu'il fût établi de manière à servir pour toute carabine de chasseur.

Ceci demande une explication.

I La forme en lame de sabre de cette baïonnette ne permet pas de la laisser au bout du canon pour former les faisceaux.

Cela pourrait se faire à la rigueur , par un temps calme et sur un terrain plat. Mais à la guerre on ne choisit ni son temps ni son terrain ; et, lorsque le vent souffle avec violence, comme sur un terrain accidenté, les faisceaux formés avec le sabre-baïonnette sont sujets à être renversés. En pareil cas, chaque homme couche avec sa baïonnette dans le fourreau. Nous n'insisterons pas beaucoup sur la gêne de ce compagnon de lit. Le chasseur ne s'en plaint guère. Mais il est un fait bien plus grave, et qu'il importe de signaler.

En cas d'attaque de nuit, on court aux armes, et, dans l'obscurité où les hommes se trouvent, chacun prend la carabine qui lui tombe sous la main.

Cette arme trouvée, le chasseur tire son sabre-

baïonnette pour le placer au bout du canon. Eh bien , par une imprévoyance trop grande, selon nous, il arrive que la plupart des hommes ne peuvent ajuster leur baïonnette à la carabine qu'ils ont en main.

En résumé, les petits calibres étant ceux qui rapprochent le mieux le poids du projectile de celui de la poudre, doivent être préférés aux calibres plus forts, qui ne peuvent donner la même impulsion à la balle, sans un recul qui nuit à la rectitude du tir*

Quant à la rayure, elle doit être en rapport avec la forme du projectile creux ou plein.

Jusqu'à présent, celles qui ont donné les meilleurs résultats comme précision et comme portée sont celles de la carabine fédérale et celle de Withworth. Pour les armes de guerre se chargeant par la culasse, nous avons à constater

qu'une seule a, jusqu'à ce jour, présenté de bons résultats dans le tir.

Cette arme est la carabine norwégienne présentée au dernier concours de Bruxelles par M. le capitaine Gruner. Jusqu'à cinq cents mètres, le capitaine Gruner a mis toutes ses balles dans la cible. A six cents mètres, il en a mis dixhuit sur vingt; à sept cents mètres, dix-neuf sur vingt; à huit cents mètres dix sur dix; à neuf cents mètres treize sur vingt; enfin à mille mètres huit sur dix.

Il est presque impossible d'obtenir une meilleure précision à cette distance ; reste la ques« tion de savoir si, au*delà de mille mètres, ces bonnes conditions se maintiendraient.

L'expérience seule pourra le faire connaître,.

Il y a, du reste, dans l'adoption des armes (f • guerre se chargeant par la culasse, bien des considérations à observer en dehors mémo des

changements qui pourraient devenir obligatoires, pour le maniement de ces armes et les manœuvres de Tinfanterie.

Il est évident que, tout d'abord, on est séduit par cette perspective de pouvoir tirer coup sur coup un très-grand nombre de balles ; mais la réflexion ne tarde pas à montrer que la cartouchière d'un soldat n'étant pas un magasin inépuisable, on pourrait, dans certains cas, se trouver à court de munitions au moment où elles seraient le plus utiles.

Il y a certainement deux circonstances, qui se présentent ordinairement à la guerre, où un régiment armé de telles carabines pourrait se tirer d'un mauvais pas , en faisant éprouver à l'ennemi des pertes sensibles.

Ce serait : premièrement, en cas d'une charge de cavalerie; secondement, le régiment étant abrité derrière un obstacle.

Voilà, selon nous, les deux circonstances où des hommes exercés et froids pourraient faire un

terrible usage de la carabine se chargeant par la culasse.

Quant à son adoption pour un corps d'armée tout entier , nous la regardons comme dangereuse, à cause de la facilité avec laquelle les soldats brûleraient leurs cartouches.

Il n'y aurait donc avantage à donner cette arme qu'à des hommes d'élite, choisis à cet effet, et devant former un corps à part dans chaque division, ou brigade.

Ces bataillons pourraient , du reste , étant armés en conséquence, rendre de grands ser- • vices si on les attachait spécialement à l'artillerie. Non-seulement ils seraient plus aptes à la protéger contre une attaque que tout autre corps d'infanterie ou de cavalerie ; mais encore dans bien des circonstances, et principalement dans un pays couvert, ou accidenté, leur feu pourrait nuire considérablement à l'effet du tir de l'artillerie ennemie.

Mais nous oublions que ce livre est écrit pour

MBS DERNIÈRES CHASSIS 193

le monde chasseur qui, généralement, ne s'intéresse qu'à la guerre des oiseaux, ou des quadrupèdes.

C'est pourquoi nous allons lui parler de son arme favorite : le fusil.

Si vous demandez à un Anglais où se font les meilleures armes de chasse, il vous dira que c'est chez Menton, Lancaster, ou tel autre armurier de son pays.

Il en sera de même pour tout autre chasseur originaire d'une autre partie du globe.

La vérité est qu'en tout pays civilisé, et surtout dans toutes les capitales, vous trouverez de bonnes armes.

Le prix seul différera. >

Ainsi; à Londres, vous payerez quinze cents francs un fusil que vous trouverez à Paris pour

194 MBS DKRNIÈRB8 GHASSBS

cinq h six cents francs. Cette différence vient d'abord de la position financière de l'acheteur qui, au delà du détroit, est généralement meilleure tjue celle du commun des chasseurs ohez nous. Ensuite, du prix de la main-d'œuvre qui est également beaucoup plus élevé chez nos voisins.

Pour se faire une idée de cette différence, il suffit de constater que les bons armuriers de Londres payent une livre sterling, soit vingt-cinq francs, la baguette d'un fusil à l'homme qui la fait.

Après Londres, Paris est la ville du monde où les armes bien faites coûtent le plus cher, et cela tient encore au prix élevé de la main-d'œuvre, et à la cherté des loyers.

En province, on trouve de bons armuriers qui peuvent livrer des armes relativement bonnes à des prix inférieurs à ceux de Paris ; mais si nous étions consulté pour le choix d'un fusil, nous dirions : consultez d'abord votre budget.

S'il vous permet de ne pas vous arrêter devant, un chiffre assez rond, commandez vos armes:

d'après telles indications ; et vous serez content pour le reste de vos jours, quel que soit le nombre de coups que vous tirerez dans l'année. Si vous avez à compter avec votre bourse, achetez soit à Paris, soit en province un fusil du système Lefaucheux et du calibre 16; vous en aurez pour votre argent, si les batteries sont bonnes, et la mise en bois bien soignée. Vous trouverez ciaprès de plus amples explications. J'ai dit plus haut : Commandez vos armes'd'après telles indications*

Gela signifie que, pour un chasseur qui aspire au meilleur armement possible, un seul fusil ne suffit pas. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait qu'il n'y eût qu'un môme"pays de chasse, et, à peu de chose près, les mêmes variétés de gibier.

Or, tout chasseur, un peu nomade, s'est trouvé tantôt en plaine, tantôt au bois, tantôt au marais, ou sur une plage. Voilà pourquoi nous recom-

mandons une arme spéciale pour tirer dans les meilleures conditions possibles suivant le pays de chasse où Ton se trouvera.

Nous savons que plus d'un chasseur dira :

— Moi je tue tout , et partout avec le même fusil.

À ceux-là nous répondrons seulement ceci :

Si toutes les pièces que vous avez manquées avaient le courage de venir chez vous, elles seraient assez fortes pour vous mettre à la porte de votre maison.

Mais passons outre, et commençons par la chasse en plaine, puisque c'est par elle qu'on dé* bute à chaque nouvelle saison.

xxxi :;■■

Pendant les premiers jours de l'ouverture, alors que les terres sont couvertes de remises, et tant que les jeunes de l'année ne compren-

nent pas le danger qu'ils courent, tout va bien : les lièvres déboulent sous les pieds du chasseur, les perdreaux attendent l'arrêt de son chien; un pistolet pourrait suffire.

Mais bientôt la terre se dépouille peu à peu de ses couverts , le gibier est devenu plus fiar (comme on dit dans la Beauce); si bien qu'il faut tirer à soixante, quatre-vingts, et cent pas, ou se contenter d'une promenade, à travers les guérets, le fusil sous le bras.

C'est ce qui vous arrive tous les ans, si vous voulez en convenir, depuis la fin de septembre jusqu'à l'ouverture de l'autre année. J'excepte seulement les chasses en battue, les seules qui vous soient possibles, de sorte que vous avez chassé un mois à peine, peut-être même quinze jours ; après quoi, vous laissez la plaine couverte de compagnies de perdreaux que les braconniers viendront glaner.

Voulez-vous chasser en plaine depuis l'ouverture jusqu'à la clôture de la chasse, sans qu'il y

W8 MES BERBÈRES CBÀ8SK8

ait ni remises, ni couverts? Suivez mon conseil, et je vous promets que vous reviendrez rarement bredouille, pour peu que votre pays soit giboyeux. Faites un voyage à Paris, et visitez un des bons armuriers, commandez-lui un fusil à baguette du calibre douze ou quatorze suivant la force de votre bras et celle de vos jarrets. Si vous pouvez facilement porter et tirer celui de douze, donnez-lui la préférence sans hésiter, car ces deux calibres de plus vous feront tuer à ving pas plus loin. Je m'explique : avec le fusil du calibre seize que vous avez, s'il n'est plus petit, vous chargez à raison de soixante à quatrevingts grains de poudre, soit trois ou quatre grammes, vous ne pouvez charger plus sans danger, si votre arme est à baguette, et à cause du recul de toute façon. Le plomb est nécessairement en rapport avec la charge de poudre, sous peine de se répandre en chemin. Eh bien , avec une telle charge, vous ne tuerez ni un lièvre, ni un perdreau au delà de cinquante à soixante pas,

MES DERK1ÈRBS CHÀS8BS 190

à moins d'un de ces coups qui font exception h la règle.

Par conséquent, tout gibier se levant devant vous à une distance de quarante à cinquante pas ne sera pas tiré, ou bien sera manqué.

Si, au contraire, vous êtes armé d'un fusil du calibre douze, vous mettrez cent, et cent vingt grains, soit cinq ou six grammes de poudre, suivant que le temps sera sec ou humide.

Vous ajouterez le plomb, d'un numéro un peu fort, en proportion, et vous serez agréablement surpris de tuer lièvres et perdrix à quatre-vingts pas et quelquefois plus loin.

Si vous me demandez pourquoi je vous rccommande le fusil à baguette de préférence à ceux qui se chargent par la culasse, je vous répondrai que c'est, premièrement, à cause du poids excessif que vous auriez h porter, ensuite et surtout,

i parce qu'on n'est jamais sûr de ses cartouches, autant que de la charge à la main.

Quant aux autres conditions de l'arme en question, tenez à ce que les canons soient faits à Paris, et en acier fondu ; qu'ils soient longs de quatre-vingt à quatre-vingt dix centimètres ; que la couche soit à votre main, et, pour le reste, rapportez-vous en à l'armurier.

Cette arme vous coûtera de six à huit cents francs ; mais vous ne les regretterez pas, si vous lui donnez les soins qu'elle mérite ; et non-seulement ce fusil vous sera utile pour la plaine, mais encore il remplacera avantageusement les armes en usage pour la chasse au marais, sur les étangs ou sur les bords de la mer.

On pourrait croire d'après ce qui précède, que je regarde le fusil à baguette comme préférable à celui qui se charge par la culasse. Il n'en est pourtant pas ainsi ; j'ai dit dans quelles circon-

stances exceptionnelles le premier devait être employé. Maintenant, je vais passer au second, et faire connaître tous les avantages qu'on peut en retirer. ;

Le premier est l'extrême facilité et la promptitude de la charge qui permettent de tirer environ six coups, pendant qu'un chasseur armé d'un fusil à baguette chargera le sien.

Le second, de ne courir aucun risque en chargeant.

Le troisième, de ne pouvoir commettre aucune erreur, comme de mettre deux charges de poudre^ou de plomb dans le même canon.

Le quatrième, de pouvoir, après chaque coup, regarder l'intérieur des canons, d'un bout à l'autre, et les nettoyer en marchant et en chassant.

Tout le monde sait combien d'accidents ar*

rivent chaque année, avec les fusils à baguette,

jParce'qu'un corps étranger s'est introduit dans un

canon pendant la chasse. Le chasseur se trouve

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encore préservé de tout accident pour avoir chargé un côté de sou fusil, quand l'autre était armé ; ou bien quand une brandie d'arbre ou un chien a déterminé l'explosion. Enfin, il n'y a pas à craindre qu'une malheureuse capsule, en éclatant, compromette la vue du tireur.

Tous ces avantages, on le voit, parlent assez haut en faveur des armes à système ; mais le plus grand, selon nous, est l'impossibilité du dé* rangement dans la charge qui occasionne huit accidents sur dix. Donc, au point de vue de la sécurité, nous ne saurions trop recommander ce genre d'armes, surtout pour les novices. Ainsi, nous voudrions voir les parents ne confier à leurs enfants, encore assez jeunes et inexpérimentés, que des fusils se chargeant par la culasse.

Quant à l'agrément du tir, pour soi-même et pour les autres, il est incontestable , puisque le chasseur peut charger sans s'arrêter ou rompre la ligne en faisant attendre toute la compagnie jusqu'à ce <|ue son opération soit terminée. Qui

n'a pas perdu quelque beau coup à tirer, parce que son voisin trop nerveux fouillait dans une douzaine de poches pour trouver sa poire à poudre, ses bourres, son plomb et ses capsules?

Quel avantage aussi, quand on chasse sur un terrain humide ou boueux, de pouvoir charger sans mouiller ou salir ht crosse de son fusil qui, dans le cas contraire, laisse chaque fois une em« preinte désagréable à l'épaule. De même encore, quel chasseur, après une rude journée de chasse, ne s'est pas trouvé les mains noircies et gluantes, et parfois pleines d'ampoules à force de charger et de bourrer ? Peur un temps froid, quand il s'agit de charger et de mettre les capsules sur la cheminée, qui ne s'est pas senti enrayé k l'excès?

Un autre avantage immense est de pouvoir changer la charge en un clin d'œil, suivant l'espèce de gibier que l'on rencontre , au lieu de retirer les bourres avec la baguette.

204 s MES DERNIÈRES CHÂSSES

Un chasseur armé d'un fusil à système peut recharger son arme presque dans le même temps qu'U mettrait à recevoir des mains d'un garde un second fusil.

1 Ce qui le dispense d'avoir un homme sur ses talons avec un fusil chargé entre les mains, pratique dangereuse, car un faux pas ou une chute peuvent bien vite causer un accident.

Les fusils à système s'encrassent très-peu, attendu que les bourres épaisses et élastiques qui entrent dans la cartouche sont d'un numéro plus large que le canon. Par suite, quand elles sont chassées dehors, chaque décharge entraîne avec elle tout débris, ou toute crasse qui peuvent se trouver adhérents aux parois.

De plus, l'explosion n'ayant pas lieu dans la culasse, mais dans le papier de la cartouche qui se retire entièrement, c'est là une raison de plus en faveur de la propreté de l'arme ; car on sait que, dans les fusils à baguette, la crasse est refoulée au fond chaque fois <jue l'on charge, à

tel point que souvent elle bouche les cheminées.

A égalité de calibre et de poids, il y a moins de recul dans un fusil se chargeant par la culasse, que dans un fusil se chargeant par le bout. Cela s'explique par la construction de Tanne, qui rend nécessaire un poids de métal plus considérable à la culasse, et aussi parce que, au fond de la carlouche, se trouve une bourre de papier serré, d'un huitième de pouce d'épaisseur, laquelle, agissant comme le tampon d'une voiture de chemin de fer, cède à l'action de la poudre et diminue le recul.

Gela explique pourquoi nos ancêtres plaçaient un coussinet le long de la crosse, pour garantir la joue ; et comment on pourrait diminuer et même faire disparaître l'action du recul, en ajoutant un support élastique à la plaque de couche qui est en métal.

Après plusieurs années d'expériences comparatives, pendant lesquelles j'ai soumis les divers systèmes à des épreuves décisives, je suis arrivé > oette conviction que les armes se chargeant par lu culasse tirent plus vite que les autres, parce qu'il n'y a pas une longue communication (la cheminée) entre le point d'ignition et la charge, l'explosion de la capsule ayant lieu au centre do la poudre, qui s'enflamme presque simultanément. C'est une erreur de supposer que la poudre brûle instantanément, car, si rapide que soit l'explosion , il faut un certain temps pour qu'elle se communique des premiers grains au deniier.

Quand on compare tous les avantages des n ri nés se chargeant par la culasse, sauf pour la chasse en plaine àrarrière-saison,avecles désavantages reconnus de celles qui se chargent par le bout, il est difficile de s'expliquer le préjugé qui a subsiste pendant tant d'années contre les premières. Car, bien que le système de Lefau-

cheux père date d'un quart de siècle, et que presque tous les armuriers Paient adopté, ce n'est que dernièrement qu'il est devenu d'un usage général parmi les chasseurs. De nombreuses objections ont été présentées contre le système, mais aucune ne paraît avoir eu un motif sérieux, puisque la pratique a démontré une supériorité incontestable pour les cas généraux*

Aussi je ne m'arrêterai pas à, la discuter, bien qu'il y ait de nombreux chasseurs dans l'ancienne école qui, par préjugé, ne daigneront pas même en faire l'essai.

Pour eux, les arguments et les faits ne sont rien contre l'habitude. Respectons ces idées : mais ne cherchons pas à les vaincre ; ce serait temps et peine perdus.

Ainsi, pour que mon chasseur soit armé do la manière la plus sûre, et qu'il puisse obtenir les meilleurs résultats, dans les diverses conditions

où il se trouvera placé , je lui recommande le fusil à baguette du calibre douze ou quatorze, mais plutôt douze, pour chasser en plaine à Parrière-saison.

Cette arme lui servira également pour la chasse à l'eau. Maintenant, pour les premiers jours de l'ouverture, tant que le gibier tiendra, et quand il chassera en battue, soit en plaine, soit au Lois, je lui recommande le fusil à système Lefaucheux.

Afin que cette arme remplisse les conditions voulues, il faut prendre un calibre plutôt fort que faible, c'est-à-dire plutôt quatorze que seize, si la force du chasseur le permet. Si le mien était assez riche, je lui dirais : Ayez un fusil à système pour la plaine et le bois, quand il s'agira de tirer beaucoup et vite; mais ayez aussi, pour le bois, une arme avec un canon lisse et l'autre rayé. Combien de fois arrive-t-il en effet que les chiens, ayant attaqué un chevreuil, ou un lièvre, prennent le change sur un sanglier

auquel vous êtes obligé d'envoyer du plomb au lieu d'une balle ! Vous me direz que votre fusil porte bien la balle. Mais cela ne prouve pas que ce soit vrai, puisque c'est impossible.

Jamais un canon lisse n'empêchera la balle de ballotter plus ou moins dans le canon, quoi que vous puissiez faire. Vous aurez beau l'entourer de papier, d'étoffe, de tout ce que vous voudrez ; il suffit qu'elle ne soit pas maintenue par les rayures , pour qu'en sortant du canon , elle reçoive une fausse direction. Sans doute, vous pourrez ne pas faite des écarts considérables à une très-petite distance ; mais au delà de trente à quarante pas, vous ne saurez plus où ira votre balle. Donc, pour la chasse au bois, je voudrais que vous eussiez un fusil à système , avec un canon lisse, et l'autre rayé, du même calibre que le précédent ; c'est-à-dire quatorze ou seize.

On peut du reste diminuer le calibre du canon

rayé, et cela n'en vaudrait que mieux. Cette

arme doit être courte, afin de pouvoir tirer vite,

au passage du gibier dans les allées, et ne pas se trouver embarrassé par les branches quand on est sous bois.

A propos de la longueur des canons, beaucoup de chasseurs pensent qu'il y a là une question de portée.

Nous croyons devoir éclairer ce point de conro verse.

Le canon d'un fusil ou d'une carabine n'est autre chose qu'un tube destiné à lancer un ou plusieurs projectiles le plus loin possible, dans le but d'atteindre un point donné*

La force qui doit mettre le ou les projectiles en mouvement est la poudre. La résistance, qui vient contrarier l'action de la poudre, au momenV même de son inflammation, est de deux sortes : il y a la résistance de l'air dans l'intérieur du canon, et au dehors du canon; plus le frottement ou le ballottement de la balle ou du plomb.

L'effet de cette résistance est tel qu'il diminue au moins trente fois la portée du projectile.

En quoi la longueur du canon peut-elle influencer dans cette action? il est facile de le comprendre.

Du moment qu'il y a, dans le canon, résistance de l'air à la force qui tend à projeter le plomb ou la balle hors du canon, il est clair que plus le canon sera long, plus la résistance sera grande. Partant, il y aura perte matérielle dans la portée*

De môme, si le frottement de la balle, ou le ballottement du plomb contre les parois du tube sont une autre résistance à leur marche en avant, il est clair que plu» cette résistance se prolongera, et plus la portée du plomb ou de la balle sera moindre. Donc, il suffit que le canon d'un fusil ou d'une carabine soit assez long pour que la charge de poudre ait le temps de brûler entièrement,

S'il était trop court, une partie de la poudro

lit MES DERNIÈRES CHASSES

serait lancée au dehors sans avoir brûlé, de telle sorte que la charge n'aurait produit qu'une partie de son effet. La longueur voulue pour que cette action s'accomplisse est de soixante centimètres pour une charge de cinq à six grammes, 4 soit cent, ou cent vingt grains, et si l'on voit peu d'armes aussi courtes c'est qu'il y a d'autres raisons qui ont fait adopter une plus grande longueur.

Ces raisons sont : pour les armes de guerre, la baïonnette, les résultats qu'on a le droit d'en atteùdre, et les diverses manœuvres de l'infanterie, qui rendraient impossible l'usage d'une arme si courte.

Pour la chasse, comme pour le tir, chacun sait qu'on ajuste mieux avec une arme longue, parce qu'elle nous rapproche du but.

Pour la chasse des grands animaux, les armes rayées se chargeant par la culasse sont infini-» ment préférables aux autres, à la condition toute* fois d'avoir des cartouches exemptes des ratés.

En effet, jusqu'à ces dernières années, le chasseur de gros gibier était obligé, quand il entrait en campagne, de se faire suivre par des porteurs d'armes de réserve.

Or, rien n'est plus désagréable, quand on suit la voix d'un animal qu'on cherche à surprendre, que d'avoir sur ses talons un certain nombre de personnes, à cause du bruit qu'elles font à travers les fourrés.

En second lieu, c'est un grand ennui, lorsqu'on recherche un animal dangereux, et alors qu'un faux pas suffirait pour entraîner des conséquences fatales, d'avoir à songer à d'autres qu'à soi-même.

Troisièmement, il n'est pas agréable d'avoir derrière soi des armes chargées, portées par des mains inexpérimentées , lorsqu'il y a tant de chances pour ou contre un accident par suite . d'une simple négligence.

Quatrièmement, on ne se sent pas à Taise, quand on doit compter sur le courage, ou le sang-froid des gens de sa suite ; et plus d'un chasseur s'est trouvé dans une position critique, parce que? ses porteurs d'armes , saisis d'une panique, s'étaient sauvés au moment où il était chargé par une bête furieuse.

11 arrive encore, en chassant dans des pays ineivilisés, que le chasseur européen, s'il ne conserve pas à sa solde une troupe de chasse, doit confier ses armes de rechange à des inconnus qui peuvent être tentés de décamper avec, ce qui n'est pas un fait sans exemple. Enfin, il est trèsennuyeux pour un chasseur fatigué, après une rude journée de chasse, d'avoir à nettoyer quatre ou cinq fusils ou carabines, attendu qu'il n'ose condor cette besogne à ses gens. Heureusement pour nous, toutes ces éventualités désagréables peuvent être évitées par l'emploi do carabines à système.

Maintenant il peut errer seul à travers lesfo-

rets, sans s'inquiéter des animaux qu'il pourra rencontrer.

Pour le cavalier, ce genre d'arme offre d'tmmenses avantages, en ce qu'elle peut être aisément rechargée, sans entraver en aucune façon le maniement du cheval ; tandis qu'avec l'ancien fusil, l'homme était impuissant à diriger sa monture pendant qu'il tirait la baguette et bourrait.

Nous croyons devoir ajouter que, pour tirer avec précision au delà de cent mètres, il faut se servir d'une arme à un coup, et d'un petit calibre.

Je terminerai mes remarques en faisant observer qu'il y a beaucoup d'armes faites pour être vendues et non pour tirer.

Le public doit, par conséquent, se tenir sur ses gardes pour ne point se laisser prendre à des imitations falsifiées.

En effet, il se trouve des vendeurs sans scru-

pule qui ne craignent pas de graver les noms des premiers armuriers, d'une ignorance reconnue, qui trompent le public par des annonces et des réclames magnifiques. Des chasseurs, pour choisir un fusil, devraient toujours aller chez un fabricant en renom, qui, pour soutenir son crédit et sa réputation, ne laisserait pas une arme peu sûre, ou d'une fabrication inférieure sortir de son établissement.

L'acheteur payera sans doute plus cher, relativement à ce que coûte un fusil d'une fabrication inférieure; et peut-être paiera-t-il quelque chose de plus pour le nom ; mais il sera certain d'avoir une arme bonne, à l'abri des accidents, comme du temps.

Les fusils inférieurs, faits pour la vente, sont maintenant si bien établis que, à première vue, ils ressemblent aux armes de première qualité. Mais un connaisseur, en les prenant en main, découvre bientôt l'artifice, ou, pour mieux dire, la contrefaçon.

n n'y a pas de musique dans les batteries ; les ressorts n'ont pas la même force, ni les détentes le même feu.

Les canons sont forés imparfaitement, ou raboteux, et grossiers à l'intérieur. On peut même quelquefois, en les jaugeant, constater qu'ils n'ont pas exactement le même calibre.

La platine et les garnitures ne sont pas ajustées et encastrées dans le bois avec ce soin particulier qui distingue toute arme de premier ordre. La monture, en dépit d'une couche épaisse de poli ' et de vernis, indique par sa verdeur que le bois . employé n'était pas sec.

J'ai vu quelques-uns de ces fusils de pacotille lancer d'abord la charge [très-bien ; puis ils perdaient leur force et la régularité dans le tir, se fendaient ou éclataient. C'est donc une fausse économie que d'acheter autre chose qu'un fusil de premier choix, lequel, avec les soins ordinai-

.res, durera plus longtemps qu'une demi-douzaine de fusils à bon marché , donnera /infiniment

plus de satisfaction, sans parler de la grande sécurité qu'il procurera contre l'éventualité des accidents.

' Mais nous n'écrivons pas seulement pour les riches; nous dirons aux petites bourses : médiocre pour médiocre, prenez plutôt une arme se chargeant par la culasse , parce qu'elle est cent fois moins sujette aux accidents qui mettent en danger la vie du chasseur.

j XXXII

Après avoir exposé tout ce qui peut intéresser les chasseurs au point de vue du choix des armes à feu destinées à la chasse, nous terminerons ce travail par un aperçu rapide sur les armes de tir, et la manière d'en faire usage.

Le canon est un tube de fer dont les côtés intérieurs , ou calibre , sont parallèles ; tandis que ceux de l'extérieur sont convergents. Gela est né*

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Cessaire parce que le métal doit être plus épais à la culasse qu'à l'extrémité du canon, vers laquelle il va en s'amincissant de plus en plus.

Cette épaisseur est nécessaire pour résister à la force d'explosion de la poudre. Par suite de ce retrait du métal, chaque canon a, en lui-même, un certain degré d'élévation ; nous aurons occasion d'y revenir tout à l'heure.

M axe du canon est une ligne imaginaire tirée au centre du calibre et parallèle aux côtés intérieurs.

La ligne de feu est la continuation de Yaxe en ligne droite, et indique la direction que suivrait la balle au sortir du canon, si elle n'était pas soumise à l'action de la pesanteur qui l'attire vers la terre , et à la résistance que l'on oppose à son passage, laquelle est toujours en opposition directe avec son élan. ?

La trajectoire est la course réelle de la balle qui toujours décrit une courbe dans son parcours.

Le but en blanc d'une carabine est la distance à laquelle elle enverra sa balle avant de raser le sol.

La ligne de mire est une ligne droite imaginaire tirée de la pupille de l'œil, par le milieu de la hausse, ou cran de mire, le sommet du guidon placé près de l'extrémité du canon, et l'objet qu'on a l'intention d'atteindre. La hausse est établie de manière à donner l'élévation convenable pour les différentes distances.

Plus l'objet à viser est éloigné, plus grande est l'élévation. La justesse du tir dépend, en grande partie, d'un bon guidonnage. Si la hausse est trop à droite, pu le guidon trop à gauche, la carabine portera à droite du point visé. L'effet inverso aura lieu si le guidon et la hausse sont autremeal en dehors de la ligne centrale.

Et plus la distance sera grande, plus grande sera la déviation.

Par conséquent, il convient de ne jamais aclxoter une carabine avant de s'être assuré qu'elle est bien guidonnée ou réglée.

Tout homme peut devenir bon tireur, s'il est doué d'une vue perçante, et s'il acquiert la pratique avec l'instruction.

Nous allons indiquer la manière d'apprendre à viser, de se mettre en position pour tirer, et de juger les distances.

Apprendre à viser est nécessaire pour se familiariser avec remploi de la mire et du guidon, La pratique de cette manœuvre exerce l'œil, en fortifiant et développant la vue, par la même raison qu'un exercice souvent répété accroît la puissance des membres.

Les règles fondamentales suivantes devront être soigneusement observées :

1° Tenir la carabine avec les deux points do mire parfaitement droits, attendu que, si le tireur incline Tarme de côté, sa balle n'ira jamais droit et que la moindre déviation suffit pour amener des écarts considérables aux grandes distances.

2° Prendre la visée au centre de l'entaille qui partage la hausse ou cran de mire } et ne devenir immobile que lorsque le sommet du guidon borde la partie inférieure et centrale du but.

Généralement on fait viser les hommes en plein but, en leur recommandant de couvrir le but avec le guidon.

Cette manière peut être bonne pour tirer sur un objet de grande dimension, alors qu'il importe peu que la balle touche à droite ou à gauche, en bas ou en haut, pourvu qu'elle tou* che.

Mais, quand il s'agit de tirer de précision^ c'est» à-dire sur un but qui offre peu de circonférence, il est préférable de viser le bord inférieur de ce but, parce que, alors, on pourra corriger ses coups au moyen de la hausse, de manière à obtenir un tir si fin, qu'il serait impossible autrement.

3° Pour viser, fermer l'œil gauche. On apprend à viser au «doyen d'une traverse ou barre d'appui, appelée chevalet, ou encore, si l'on n'en a

pas sous la main, avec un trépied sur lequel repose un petit sac rempli de sable. Cet appui doit être élevé de manière que, l'arme étant à l'épaule, le tireur ne soit obligé ni de se baisser, ni de se lever.

On demandera au débutant de pointer sa carabine, avec l'élévation convenable, sur des objets placés à des distances variant entre cinquante et mille mètres. Chaque fois qu'il aura mis sa carabine en position, il se retirera de côté pour que l'instructeur puisse prendre sa plaee et vérifier son pointage. Cette pratique devra être continuée jusqu'à ce que l'élève n'éprouve plus aucune difficulté à aligner son arme sur les points qui lui sont indiqués.

U école de position est indispensable pour assu- fc rer un bon tir aux grandes portées. Elle habitue l'élève à des positions naturelles et correctes, et lui apprend à faire feu, avec sûreté, dans toutes

les situations où il pourra se trouver. Elle lui donne un parfait empire sur son arme, et permet à l'œil et à la main d'agir simultanément; de telle sorte que la main gauche soulève vivement la carabine, et la fasse 'porter promptement sur l'objet afin que l'œil vise aussitôt, en même temps que l'index de la main droite agit progressivement sur la détente. Pour établir une conversion naturelle entre l'œil et la main , une pratique constante est nécessaire. Il faut que l'élève s'habitue à, manier son arme avec et sans la baïonnette ; qu'il passe par tous les mouvements pour faire feu; debout, à genou, ou couché à terre, avec la même précision que s'il tirait réellement avec une cartouche à balle.

La meilleure manière pour viser sûrement, sans moyens artificiels, est de s'asseoir sur le talon droit en appuyant le coude gauche sur le genou du même côté.

Quand l'instructeur aura reconnu que son élève vise juste sans difficulté, il devra répète*

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les mêmes exercices en lui faisant brûler des capsules à chaque coup.

Il arrivera qu'au moment de l'explosion de la capsule, l'élève fera un mouvement qui dérangera son arme en dehors de la ligne de tir. Il faudra continuer ces exercices jusqu'à ce que Yimmobilité soit complète au moment du départ.

Cette pratique est excellente pour faire de bons tireurs ; car outre qu'elle économise les munitions, elle peut être employée partout, même dans une chambre. En faisant éclater des capsules, l'élève est à même de juger si le bout du canon remue quand il presse la détente, chose qu'il pourrait constater difficilement en tirant à poudre, à cause de^la fumée.

I Le maniement, souvent répété, de la carabine, exécutôde cette manière, en visant des objets à toutes les distances permet au doigt d'agir avec sûreté, à l'unisson de l'œil, et assure une grande fermeté de position avant, pendant et après le

feu.

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^Cela constitue tout ce qui est nécessaire pour bien tirer à balle sur un but dont la distance est connue.

Avant de permettre à l'élève de tirer à balle, ou devra le faire tirer à blanc. De cette manière, il s'habituera au recul, au mouvement en arrière produit par l'explosion de la poudre qui agit sur la culasse du canon, en même temps que sur la balle. La force du recul dépend de la charge de poudre s du poids et du diamètre de la balle, du poids de l'arme -et de l'épaisseur du canon, du vent de la balle ou échappement de gaz, du frottement de la balle contre les rayures et enfin de la malpropreté qui augmente beaucoup la résistance de l'air, pendant le trajet de la balle dans le canon.

L'instructeur devra faire en sorte que l'élève soit bien persuadé de la nécessité, d'appuyer ferme et juste la plaque de couche dans le creux de

son épaule, attendu que plus on fait corps, en épaulant, avec sa carabine, moins on a de chances de perdre une balle.

i La position du corps, des bras, des mains, et la manière de presser la détente, comme aussi la position de la tête, en visant, doivent être attentivement surveillées dans les exercices précédents, afin de découvrir et corriger ces erreurs qui sont fatales à un bon tir, et qui ne peuvent être aussi heureusement rectifiées quand on tire à balle.

JUGEMENT DBS DISTANCES

Une des qualités les plus rares et les plus essentielles chez un tireur, c'est la capacité de

calculer exactement les distances. - /

Cela se comprend d'autant mieux qu'un bon tir est radicalement impossible, si la distance n'a pas été constatée avant de fixer la hausse. Pour les longues portées, il est très-difficile de

bien juger même approximativement les distances. Le meilleur moyen est de sacrifier quelques balles en avant du but, de manière que, après en avoir vu ricocher une, on n'a plus qu'à lever la hausse au point voulu. La pratique sur toutes les espèces de lorrain est, pour cet objet, une excellente école, Et tout homme, doué d'une bonne vue, peut arriver ainsi à bien apprécier les distances.

Dans l'exercice du tir à balles, sur une cible placée à une distance connue, l'élève devra remarquer la hauteur apparente d'un homme, en se rappelant que, par un temps clair, les objets placés on pleine lumière paraissent plus grands et plus rapprochés qu'ils ne le sont réellement ; et que c'est l'inverse par un temps sombre ou nuageux.

A cinquante mètres, on peut distinguer facilement los traits d'un homme, son teint, ses ar- , mes, son costume, son équipement, on peut même compter ses boutons, et voir, sur sa coiffure, le numéro de son régiment.

À cent mètres, les traits du visage deviennent indistincts, les boutons figurent une ligne, et la marque du schako ne s'aperçoit plus que vaguement.

À deux cents mètres , la face de l'homme apparaît comme une boule blanchâtre sous la ligne do la coiffure ; les boutons ne se distinguent plus.

Ces distanças doivent constituer la première leçon.

La seconde embrasse les distances de deux cents à quatre cents mètres, La troisième, de quatre cents à mille mètres, et la quatrième, do mille mètres à quinze cents,

À cinq cents mètres> les traits de la face disparaissent complètement ; la tête ressemble à une boule plantée sur les épaules, et le cou ne se voit

presque pas.

j L'instructeur doit faire remarquer aux élèves

la grandeur des hommes à chaque distance, et signaler toute différence qu'il pourra distinguer

dans leur aspect. Il leur apprendra aussi h tenir

compte de la position du soleil, de la nature de l'ombre, du fond et de l'état de l'atmosphère au moment du tir, afin qu'ils puissent, étant livrés à eux-mêmes, s'accoutumer à ces apparences modifiées suivant les lieux, les heures du jour, et la saison.

Après quelques jours d'exercice pour le calcul des distances, on pourra éprouver les capacités des élèves en leur faisant juger des objets placés à des portées inconnues.

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