PANAMA
La note p.ubliée par le Temps au sujet du rapport de M. Rousseau, sur l'entreprise de Panama, a dû surprendre ses lecteurs, habitués de sa part à plus de modération et plus de discrétion lorsque des intérêts sérieux sont enjeu. Le hasard a voulu que cette note vint juste à point pour seconder les efforts d'un syndical à la baisse formé à Lyon et qui recevait ses inspirations de personnalités parisiennes bien informées. La coïncidence est fâcheuse pour le Temps dont la bonne foi ne saurait être, cependant, suspectée en cette circonstance, malgré l'opinion de quelque boursiers sceptiques qui se prétendaient avertis deux jours à l'avance de cette publication.
Une communication de V Agence Havas nous a fait savoir, depuis, que le gouvernement, ému lui-même de l'indiscrétion du Temps, allait procéder à une enquête judiciaire, laquelle, d'ailleurs, n'aboutira pas plus que celle ordonnée autrefois à propos de la publicité donnée par le même journal au rapport Desbordes dans l'affaire du colonel Herbinger.
La note du Temps a surpris d'autant plus le monde des affaires, que les réflexions de ce journal sur les conclusions de M. Rousseau sont faites dans une forme qui trahit peu de bienveillance et d'intérêt pour l'entreprise de Panama.
C'est peut-être aussi la raison pour laquelle cette feuille austère, en veine d'indiscrétion, n'a pas jugé convenable de publier in extenso le rapport de l'honorable ingénieur des ponts et chaussées.
Cette publication l'aurait dispensée de commentaires superflus, et du moins le public^au lieu de se trouver en présefïice de morceaux choisis par les soins d'un rédacteur mal avisé, aurait, après la lecture du document complet, formulé lui-même ses conclusions.
Le Tr/fips, s'il a été de bonne foi, a donc
manqué de tact et d'intelligence en cette occasion. Il est regrettable, encore une fois, qa'il ait été l'instrument inconscient, nous le voulons bien, d'un mouvement ^e Bourse qui ne se serait pas produit sans doute sans son intervention dans les rapports existant entre le Gouvernement et la Compagnie.
M. Rousseau a formulé sur l'entreprise* de Panama certaines restrictions dont il a fait part au Gouvernement. Celui-ci transmettait ces observations à la Compagnie en la priant de lui fournir de nouvelles justifications.
C'étaient là des débats qui devaient être tenus secrets jusqu'au moment où le Gouvernement, nanti des réponses de la Compagnie, eût formulé son avis et arrêté sa conduite.
La baisse a été d'autant plus facile à obtenir, que la majeure partie des 10,000 actions libérées est, si nos souvenirs sont exacts, entre les mains d'amis de la première heure, devenus, depuis, les adversaires de la Compagnie.^
Une Commission parlementaire avait été constituée, ainsi composée :
Président : M. Germain Casse.
Secrétaire : M. Gompayré.
Membres : MM. Barbe, Salis, Marmonnier,
Andrienx, Proal, Richard, PernoUet, Le Guay, Gordier.
Voici quelques extraits des procès-verbaux de cette Gommission :
Extrait des procès-verbaux de la Commission
de Panama en 1880,
Nota. — Ces extraits ont été communiqués par un député à un M.Chaulin, Chaussée d'Antin, 15, àPaiis, lequel me fit passer le résumé suivant, accompagné d'une lettre datée du l" novembre, où il me dit :
f II me semble que M. Blatin, qui s'intéresse à cette € affaire, pourrait peut-être vous donner des renseic gnements encore plus complets. »
Dans tous les cas, il est intéressant de constater la différence d'attitude de M. Le Guay aux deux époques; on voit combien il était opposé en 1886 ; en 1888, il a pris parti très nettement pour la Compagnie, et son inters'entiun à laChambre aété très effective... etc., etc.-
[Extrait d'une lettre à M. Gilly).
PANAMA I8Sr.. - COMMISSION PARLEMENTAIRE
(Séance du r26 juin.;
M. Le Guay est élu dans le IV bureau, à raison de rhostilité très ferme qu'il a manifestée contre le projet. Il insiste sur les conséquences qu'entraînerait pour les pouvoirs publics l'acceptation du projet.
M. Le Guay présente diverses observations ; il s'étonne que le Gouvernement n'ait pas soumis l'avis de la commission technique au Conseil général des ponts et chaussées.
Il demande qu'on invite le Gouvernement à soumettre la mesure au Conseil général des ponts et chaussées et au Conseil d'Etat.
Il expose son avis sur la partie financière du projet. Il n'y a pas de comparaison possible avec ce qui s'est passé à Suez.
Le travail était plus facile, la main-d'œuvre à bas prix.
Le capital social était de 200 millions. Les capitaux demandés au crédit public ne représentaient pas 40 poui' 0/0 de l'entreprise.
L'émission a été faite peu de temps avant l'ouverture du canal, Tannée précédente.
Il y avait donc une garantie pour les obligataires.
En est-il de même pour Panama?
Plusieurs centaines de millions ont été déjà dépensées. Le canal est loin d'être fait. Et le barrage du Ghagres? et la construction des ports de Colon et de Panama? etc.. etc..
Les obligations ne seraient garanties ni par un capital social, ni par les revenus prochains d'une œuvre presque achevée.
M. Le Guay pose une question préjudicielle:
il demande que Ton s'informe si la concession est, en ce moment, contestée par le gouvernement colombien pour défaut d'exécution de s conventions.
(Séance du 7 juillet)
M. Le Guay. — Je demande le compte des travaux faits jusqu'en mai 1885. Ma prétention n'est pas exorbitante : que l'administration donne un état certifié des ressources; qu'elle apportelapreuvedeceque son président a dit. Il y a une circonstance qui a jeté sur l'affaire un jour défavorable :
M. Jacquet est envoyé pour faire une enquête, il va à Panama; on lui donne 100,000
francs et il ne fait pas de rapport. Gela me met dans un état de défiance absolue.
Ce n'est pas faire une enquête que de justifier les dires.
Pourquoi placer cette entreprise dans des conditions exceptionnelles et ne pas Vassimi- 1er aux affaires ordinaires?
Le président met aux voix la demande de communication des contrats.
M. Le Guavvote pour.
M. Le Guay. — « .le demande la production du traité Convreux et Hersent et la production des comptes des entrepreneurs auxquels les nouveaux concessionnaires ont été substitués. »
Cette demande est votée et fait échouer le projet, M. de Lesseps n'ayant pas consenti à produire les justifications demandées par la Commission et principalement par M. Le Guay.
(Séance du 9 juillet)
M. Le Guay. — Pour que le public ne se trompe pas, il faut que le Gouvernement prenne une attitude et déclare qu'il n'a pas étudié l'opération.
Le droit d'immixtion des États-Unis s'est déjà manifesté denx fois.
A la suite de ces diverses délibérations, le président de la Compagnie de Panama dut adresser au président de la Commission la lettre suivante :
A Monsieur Germain Casse
€ Paris, le 9jumetl876.
« Monsieur le président,
« En réponse à la lettre que vous avez bien voulu m'adresser ce matin, j'ai Thonneur de vous informer qne le projet de loi présenté par M. le président du conseil des ministres ne pouvant pas être discuté avant la fin de la présente session, j'ai prié M. de Freycinet de retirer ce projet.
« Je me réserve de m'adresser directement pour l'émission des obligations de Panama aux 400,000 petits souscripteurs de mes deux grandes entreprises.
» Veuillez agréer, Monsieur le député, l'assurance (le ma haute considération.
Signé : « Ferdinand de Lesseps »
Le même jour, le président de la Com^pagnie de Panama écrivait à ses actionnaires :
« Six députés sur onze, saisis du projet de « loi, ont pris une décision dont la consé- « quence est de renvoyer à la session d'au- « tomne, c'est-à-dire en novembre, la solution « à intervenir,., etc.. »
Sur les six opposants de 1886, trois députés font, en 1888, partie de la Commission du budget : ce sont MM. Andrieux, Salis, Gompayré.
Dans les premiers mois de 1888, le président de la Compagnie de Panama a de nouveau introduit une demande pour être autorisé à émettre des obligations à lots.
Le 23 avril 1888, uneGommission|parlementaire était constituée, ainsi composée :
Président : M. Le Guay.
Secrétaire : M . Sarlat.
Membres : MM. Félix Faure, Horteur, Salis,
Saint-Martin (Vaucluse), Rondeleux, Sans-Leroy, Ghantagrel, Pesson.
Rapporteur : M. Henry Maret.
Cette Commission a conclu en faveur de l'autorisation.
Dans la minorité opposante, on relève
MBS DOSSIERS. 89
MM. Félix Faure et Salis, membres, en 1888, de la Commission du budget.
Parmi les votants sur la loi d'autorisation, on relève MM. Andrieux, Compayré, Le Guay, hostiles en 1886.
Extrait d'une lettre adressée à M. Numa Gilly.
« Monsieur Maret, qui a fait, sur la demande de M. de Lesseps, le rapport qui a enlevé le vote du parlement en faveur de l'autorisation, pour la Compagnie du Panama, d'émettre des valeurs à lots, écrivait la phrase suivante, dans le Radical du 20 mars 1887 :
« Monsieur de Lesseps est un homme heu- € reux; il a percé un isthme, ce qui lui a rap- € porté beaucoup de gloire, beaucoup d'argent « et un fauteuil à l'Académie française, car on € sait que, pour faire partie de cette réunion € littéraire, il n'est rien de tel que de n'avoir € jamais écrit. M. de Lesseps e^^^w train de f ne pas percer un antre isthme^ ce qui lui « rapporte encore beaucoup d'argent etl'admi-
f ration des gogos, laquelle ne tardera pas h se « changer en fureur quand Panama aura en- « glouti leurs dernières économies. »
« Gomment le même homme peut-îl bien avoir, sur le même fait, à un an de date, deux opinions aussi diamétralement opposées ?
« Vous trouverez peut-être que cela demande quelques explications, surtout si l'on se rappelle que le bruit courait en bourse, il y a quatre ou cinq mois, qu'une part de près de 2 millions de francs avait été réservée dans le syndicat d'émission des lots de Panama pour un certain nombre de députés ayant voté l'autorisation, la répartition de cette part devant s'être faite au prorata de l'influence dont chacun jouissait et de la responsabilité qu'il avait prise dans cette affaire. »
Extrait d'une lettre adressée à M. Num a Gilly.
« M. Baïhaut fut chargé par le conseil des ministres d'étudier le rapport de M. Rousseau sur le Panama. Il garda ce rapport pendant six semaines dans le tiroir de son bureau et
MES DCSSIRRS. 91
ta de cet intervalle pour jouer à la baisse e Panama avec le concours de M- D...
Bier, et de M. de G.... trésorier généraL »
^ur expliquer sa fortune et ses dépenses ^lles, le sieur Baïhaut, qui n'a encore rien lé du fait de sa nouvelle femme, raconte »ut qu'il a fait un héritage. G^est faux. Si [rand père, actuellement à Alger, vient à ier, c'est sa mère, encore vivante, qui era. >