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UN ANCIEN MINISTRE OPPORTUNISTE LE SCANDALE GOMOT

(Extrait du Cri du Peuple du 29 octobre 1880.)

Il y a quelques jours paraissait dans le Moniteur universel un entrefilet accusant M. 01lendorlf, le chef de cabinet de M. Lockroy, d'avoir profité de ses fonctions pour se livrer à une série d'actes plus qu'indélicats. L'article fit grand bruit, provoqua un démenti officiel et amena le désaveu, par le Moniteur universel, de son rédacteur, M. Capelle, qui donna sa démission.

On disait bien, dans les couloirs de laChambre, que le véritable inspirateur des articles de M. Capelle, le rédacteur sacrifié du Moui-

teiir universel, était M. Gomot, ancien ministre de l'agriculture dans le cabinet Brisson ; mais les preuves manquaient pour préciser une accusation aussi grave, lorsque hier M. Ollendorff, qui, après un congé de deux mois, venaitde reprendre ses fonctions auprès de M. Lockroy, envoya deux de ses amis à M. Gomot.

L'ancien ministre de l'agriculture les aboucha avec deux témoins.

A six heures du soir,le procès-verbal ci-après était communiqué aux journaux :

« A la suite d'un article dirigé par un journal, contre M, Gustave Ollendorff et pour lequel celui-ci a reçu de ce journal complète satisfaction, M. Gustave Ollendorff a demandé des explications à M. Gomot dont le nom avait été mêlé indirectement à l'affaire.

« MM. René Delorme et Michel Pelletier, représentant M. Ollendorff, et MM. Viette et Weyl pour M. Gomot, se sont mis en rapport.

€ Les deux amis de M. Ollendorff posent à MM. Viette et Weyl la question suivante :

« M. Gomot a-t-il demandé ou dicté à « M. Gapelle un article contre M. Gustave

Ollendorff. »

€ MM. Viette et Weyl répondent à cette question au nom de M. Gomot et avec son assentiment : « Non » de la manière la plus catégorique.

« Les quatre témoins déclarent que, dès lors, il n'y a pas lieu de donner suite à l'affaire. »

Paris, le 26 octobre 188G. >

(Suivent les signatures).

Ce procès-verbal semblait être la condamnation définitive, irrémédiable de notre confrère, M. Gapelle, mais celui-ci n'avait pas dit son dernier mot; il attendait une occasion favorable pour rétablir les faits d'une façon qui semble bien écrasante pour M. Gomot.

Voici, en effet, la lettre que M. Gapelle a adressée hier soir au directeur du Moniteur universel^ aussitôt qu'il a eu connaissance du singulier procès-verbal qu'on a lu plus haut :

Paris, le 26 octobre 1880.

Monsieur le directeur,

Je vous devais, je devais à MM. Valfreyet Louis Joly, qui ont bien voulu m^assister, je devais enfin à tous mes confrères de la rédaction, des explications publiques sur la façon dont j'ai accepté le démenti qui m'a été opposé

par M. Ollendorff. J'étais décidé à fournir ces explications ; mais, avant de le faire et poussé par un sentiment que vous comprendrez, j'ai cru devoir donner communication à M. Gomot des termes dans lesquels je voulais vous écrire.

Vous connaissez le résultat de cette commu* nication : mardi soir, 19 octobre, M. Gomot reconnaissait devant témoins toute la resport" sabilité qu'il avait da7is l'affaire.

Le lendemain, il venait au Moniteur renouveler ses déclarations de la veille.

Aujourd'hui, il parait que M. Gomot les a

ubliées, puisque j'apprends qu'il a autorisé

ses témoins, MM.Viette, député, et M. Weyl,

à faire aux témoins- de M. Ollendorff des décla-'

rations contraires.

Dans ces conditions, monsieur le directeur, je viens vous fournir ces explications que je dois également aux lecteurs du Moniteur qui ne sont pas habitués à voir leur journal retirer le lendemain ce qu'il a avancé la veille.

Si j'ai attaqué M. OUendorfi, que je ne connaissais pas, ce n'était pas dans un but d'animosité personnelle ; c'était parce que je croyais, avec une bonne foi absolue, à l'exactitude des faits qui m'avaient été signalés. J'avais, en effet, pour inspirateur et pour répondant, tm

ancien ministre de la Républiquej nn membre de Pavant-dernier cabinet, l'ex-titulaire^ enfin, du portefeuille que tient aujourd'hui Thonorable M. Develle.

C'est sous l'inspiration, presque sous la dictée de cet ancien ministre, que j'ai rédigé Tentrefilet intitulé : « Un gros scandale administratif ». Il en a vu lui-même Vépreuve; il m' a indiqué lui-même les corrections; il en a assumé ainsi avec moi toute la responsabilité.

Pouvais-je hésiter à livrer à la publicité des faits attestés par un pareil témoin ? Pouvaisje douter de la véracité de M. Gomot ? J'ai à me repentir aujourd'hui cruellement de ne l'avoir pas fait.

Lorsque, sommé, en effet, par M. Ollendorff de lui accorder une réparation, je me suis retourné vers M. Gomot, lorsque je l'ai adjuré de me fournir les moyens d'établir que je n'étais pas un calomniateur, il s'est dérobé; il ne m' a pas même répondu.

J'ai compris alors, monsieur le directeur, que j'avais été joué. Placé par M. Gomot dans l'impossibilité absolue de soutenir les articulations si graves qu'il m'avait suggérées, j'ai fait ce que tout honnête homme doit faire lorsqu'il a été pris comme un instrument par

(les calomniateurs : j'ai retiré mes assertions en les regrettant.

J'espère que ces explications vous prouveront, monsieur le directeur, à vous ainsi qu'à tous mes collègues, que je n'ai pas démérité de votre confiance et de leur estime.

Agréez, etc.

A. Gapelle.

Ce que feront MM. Weyl et Viette, les témoins de M. Gomot, après cette lettre écrasante pour leur client, n'est que secondaire.

11 est bien plus intéressant pour le public de savoir à quel secret mobile a obéi cet ancien magistrat, ex-ministre de l'opportunisme, siégeant sur les mêmes bancs que M. Brisson et les anciens membres du cabinet Ferry, en allant épancher ses rancunes dans le sein du rédacteur d'un journal notoirement connu comme monarchiste et ne craignant pas, pour mieux Tabuser, de corriger lui-même les épreuves de l'article -dont il avait fourni les matériaux et donnant sa parole qu'il avait en main les preuves de ce qu'il faisait avancer par notre trop confiant confrère.

Voulant savoir quelle réponse M. Gomot allait faire à cette lettre, plusieurs journalistes

ont été le voir hier matin, rue deLille, pour demander ce qu'il y avait d'exact dans les graves accusations que fait peser sur lui M. Gapelle.

L'ancien ministre de l'agriculture , très troublé, a déclaré ne pouvoir rien dire avant d'avoir consulté ses témoins.

D'autre part, on raconte que les faits niés par M. Gomot, hier, par l'intermédiaire de ses témoins, ont été avoués précédemment dans des circonstances qui valent d'être rapportées.

M. Lockroy porte beaucoup d'intérêt à son chef de cabinet, M. Ollendorff ; quand le ministre du commerce connut les bruits mis en circulation par le député du Puy-de-Dôme, il pria cet honorable de venir le voir et causa longuement avec lui dans son cabinet.

M. Gomot aurait alors avoué à M. Lockroy qu'il s'était, un peu légèrement, fait l'écho de racontars non justifiés et qu'il regrettait les conséquences de ces bavardages.

Le ministre, ne contenant pas sa colère, aurait, à ce moment, interrompu l'entretien et prononcé une parole injurieuse pour son interlocuteur. Celui-ci, furieux, se serait immédiatement rendu auprès de M. de Freycinetpour se plaindre de l'attitude du ministre du commerce.

l/ll) MKS DOsSlKliS.

Cela aiuailcHésiiixi dô longues explications entre M.Lockroy et le président du conseil, et linalement ce dernier aurait presque donné raison au ministre du commerce.

Il est bien entendu que nous ne garantissons pas absolument l'authenticité de ces détails ; cependant, nous croyons qu'ils ne seront pas démentis, qu'ils seront à peine rectifiés.

Exlrail de la Lantkune du 20 (octobre 1886

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