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LES INTERMÉDIAIRES FÉMININS

A aucune époque, peut-être, la femme de la société et môme celle du demi-monde, n'a joué en France un rôle aussi actif que celui qui lui est dévolu aujourd'hui par les hommes politiques des différents groupes qui composent le parlement.

En raison du caractère futile et indifférent que Ton s'accorde à reconnaître chez nous à la femme et du peu d'importance que Ton semble devoir accorder à son influence dans le mécanisme social, il a paru bon, à un certain nombre d'esprits ouverts, de mettre, au contraire, à profit, dans certaines circonstances, les sorvices de la femme, attendu qu'ils sont moins remarqués que ceux que peut rendre un homme puisqu'ils semblent ne point porter à conséquence.

Déjà, chez nous, avant la guerre, Bismarck, en dehors de sa police d'Etat, avait recruté

parmi les femmes de la société parisienne et du demi-monde, une légion d'agents en jupon qui rendirent de sérieux services au chancelier dans le système d'espionnage qu'il organisa contre la France.

Sous l'empire, les filles de joie, comme encore aujourd'hui, rendaient bien certains services à la police de sûreté, mais non point aux différents groupes politiques qui divisaient la majorité.

Certains préfets de police, seuls, avaient, pour ainsi dire, le privilège de savoir se servir de la femme. Aujourd'hui, au contraire, que l'expérience a prouvé que la femme, en certains cas, peut rendre des services que ne rendrait pas un homme, on compte un nombre considérable de femmes à la solde, ou associées à des députés, à des sénateurs, etc..

Le nombre des salons ouverts aux intrigues politiques et financières est donc considérable à Paris, et nous aurons souvent à v faire allusion lorsque nous aurons à parler de certains groupes politiques.

Ainsi, au sujet d'un incident comique qui s'est passé, il y a huit jours, à Paris, nous parlerons d'une dame Allemand qui demeure rue Joubert.

11 paraîtrait que cette personne, après avoir été la maîtresse de de Maupas, ou avoir été simplement son agent particulier, aurait été à tour de rôle la maîtresse (ou la personne à la solde) d'une foule de personnalités politiques au nombre desquelles il convient de faire figurer Etienne, député de l'Algérie; Rouvier, député des Bouches-du-Rhône, et Gonstans^ député de la Haute-Garonne.

Mme Allemand serait propriétaire de la Scala et d*un casino qu'elle aurait fondé, il y a dix-huit mois ou deux ans, dans une ville d'eaux de la Savoie.

MM.. Rouvier, Etienne et Gonstans lui auraient faeilité, à tour de rôle et ensemble, bon nombre d'affaires financières et industrielles qui lui auraient procuré d'importants bénéfices, tout en allouant à ces hauts personnages la quote-part qui leur revenait de droit.

Etait-elle réellement la maîtresse de ces députés ou simplement le prête-nom qu'il leur fallait pour dissimuler des opérations que leur caractère et leur influence ne leur permettaient pas de faire au grand jour ? G^est ce que nous ne pourrions dire.

La rumeur publique dit bien qu'elle a été à tour de rôle la maîtresse de ces messieurs et

qu'elle a quitté ostensiblement M. Etienne pour se donner tout entière à M. Gonstans, el cela au moment où elle obtenait l'autorisation de fonder un casino, mais il est toujours facile de dire qu'une femme est la maltresse d'un homme sans qu'on puisse pour celale prouver.

En tout cas, que Mme Allemand ait été ou non la maîtresse de différents députés, cela ne signilie pas grand'chose ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle a fait un nombre d'affaires fructueuses par l'intermédiaire et grâce à l'appui de ces personnages et qu'elle en a tiré de très importants bénéfices dont ses amis ou ses protecteurs ont du largement profiter. .

Gomme il va sans dire, cette personne n'appartient qu'au demi-monde; chez elle, on joue gros jeu et on y reçoit des filles avec lesquelles il est facile de flirter.

Or, à ce propos, on racontait ces jours derniers un petit incident auquel nous avons fait allusion en commençant et qui ne manque pas de piquant.

Soit dans un but de chantage, de spéculation ou de vengeance, on aurait attiré dans ce salon interlope deux hommes politiques ; on dit que ce sont des députés.

Est-ce le jeu, les jolies femmes qu'on y ren-

contre, ou le choix des hommes qui reliaussent ce salon qui a amené au trébuchet ces deux honorables, c'est ce qu'on ne saurait dire exactement.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que les jolies femmes ont dû à un moment donné exercer une certaine influence sur le tempérament de ces graves personnages, attendu qu'au moment où ils voulurent se retirer pour gagner leurs pénates, ils se trouvèrent sans pantalon pour cacher la plus humble partie de leur personne.

C'est alors qu'il fallut parlementer et qu'en fin de compte il fallut recourir au ministère du concierge pour sortir de cette embarrassante situation.

Cette équipée devait coûter cher aux personnages dont il s^agit et on devait savoir qu'ils étaient gens à acheter le silence, car le concierge n'exigeait pour se taire qu'une modeste somme de 20,000 francs. Nous ne savons si c'estpar... tête ou pour la rançon totale des deux infortunés ; en tout cas, cela prouve que, dans ce monde diploinatique, on sait faire argent de tout.

Nous espérons connaître avant peu les noms des deux malheureux députés dont il s'agit et nous pensons avoir de plus amples renseigne-

ments sur le compte des habitués delà maison et sur les différentes affaires que M me Allemand a eu la bonne fortune de pouvoir traiter grâce à ses puissants amis.

Bien que nous tenions ces renseignements de bonne source, c'est sous toutes réserves que nous les donnons, attendu que nous n'avons pu on vérifier l'authenticité par nous-mêmes.

Angèle Renard, modiste, rue de Richelieu, et proxénète, avait à Auteuil un huen retira où se donnaient rendez-vous des femmes et des libertins qui s'y livraient à de honteuses saturnales.

Foubert, chef du cabinet au ministère de l'intérieur, quoique vivant maritalement avec une jeune fille du peuple, se rendait très souvent chez Angèle Renard pour jouir du spectacle de tableaux vivants qu'on lui préparait avec art et qu'on lui taisait payer fort cher.

La marquise de R. . . était aussi une habituée du buen retiroetelle s'y abandonnait aux plus odieuses débauches.

On assure même que cette grande dame aurait tellement abusé des faiblesses et des complaisances d'une jeune fille de quinze ans que celle-ci aurait failli en mourir.

Les parents, avertis par un médecin du ^^enre de vie qui avait causé sa maladie, songèrent alors à déposer une plainte au parquet.

Aii;{ùle Renard et la marquise, affolées,

cherchèrent alors à empocher les poursuites en faisant oilrir de l'argent à la famille qui était pauvre. Mais celle-ci ayant exigé 50,000 francs, on songea alors à exploiter Foubert.

On lui parla de la maladie de Penfant; on lui persuada qu'il pouvait être compromis. Et alors il promit son appui pour étouffer l'affaire.

La grande dame, déjà criblée de dettes, ne pouvait demander de l'argent à son mari, aussi résolut-on de faire fournir les fonds par Foubert.

On le fit venir assister à une scène porno-.

graphique, on le satura de Champagne, et quand on le crut arrivé à point, on lui fit signer pour deiix cent mille francs de billets.

Le premier était à l'échéance d'un mois et •s'élevait à 40,000 francs.

Ces billets furent remis à un marchand de brillants qui livra en échange et séance tenante. En même temps, nous a-t-on assuré, il faisait signer à Foubert un acte par lequel il revendait les pierres précieuses à moitié prix à une tierce personne.

Lorsque le premier effet arriva à échéance, Foubert n'était pas en mesure. Il perdit la tête

et chercha à se procurer des fonds, mais il n'y parvint pas.

Or , pendant son absence , l'eflfet de 40,000 francs ayant été présenté, on le paya, car Ton ne voulait pas laisser protester la signature du chef de cabinet, dispensateur des fonds secrets.

A son retour, Foubert, complètement dévoyé, se mit à puiser dans la caisse ministérielle.

En faisant patienter divers agents, émargeant d'ordinaire aux fonds secrets, en négligeant de payer certains autres, il parvint à liquider la première échéance, mais cela ne pouvait durer et plusieurs employés s'adressèrent directement au ministre (Sarrien) pour avoir leur argent. C'est ainsi que le pot aux roses fut découvert.

Alors Foubert quitta subitement Paris ; on ne pouvait le faire arrêter ; c'eût été un coup d'éclat qui aurait pu compromettre le ministère lui-même qu'on aurait accusé d'imprévovance.

Des tripotages avaient déjà eu lieu sous le ministère Waldeck- Rousseau (affaire Noël- I )evriès), on le savait dans le monde officiel ; on aurait donc pu reprocher à Sarrien de n'avoir

pas su profiter de certains avertis.9ements.

Bref, quand ce ministre passa à la Justice, une brèche considérable avait été faite à la caisse des fonds secrets, car tous les agents avaient été intégralement payés.

A la Justice, M. Sarrien, au courant des plaintes qui avaient été portées contre son ancien subordonné, son homme de confiance, aurait arrêté l'action intentée contre lui et fait poursuivre ceux qui l'avaient attiré dans un guet-apens.

On assure qu'avant son départ, Foubert, qnî se sentait perdu, serait allé trouver le préfet de police (Gragnon) pour se mettre sous sa protection.

Il lui raconta toute son affaire et le pria de faire arrêter ceux qui lui avaient, pour ainsi dire, extorqué sa signature ; mais le marchand de diamants et son compère avaient parfaitement pris leurs mesures au point de vue légal, et le préfet fut impuissant à leur faire rendre gorge.

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