ENQUÊTE SUR UN DÉPUTÉ
Maurice Rouvier, après avoir quitté la maison Zaphiropoulo dont il était remployé comptable, et en attendant de jouer le rôle politique auquel il se croyait destiné, s'était formé la main dans le journal V Egalité où il s'était fait remarquer par ses violentes attaques contre le gouvernement impérial qui était alors à son déclin.
Aussi fut-il nommé, après le 4 septembre, secrétaire général de la préfecture des Bouchesdu-Rhône
Plus tard, il fut placé à la tête du camp des Alpines, où il se fit détester à un tel point par ses extravagances, qu'il y fut, croyons-nous, sérieusement question de mettre sa tête à prix
Après la dissolution du camp, Rouvier revint à Marseille, se porta candidat à la députation et ne fut élu que grâce à un stratagème électoral que lui suggéra un bonapartiste.
Maurice Rouvier se lia alors avec Etienne et devint comme lui l'un des agents les plus actifs de Tex-dictateur Gambetta.
Etienne étaitalors administrateur du journal gambettiste le Peuple auquel il s'empressa de faire collaborer Rouvier.
Une fois lancé, Rouvier ne tarda pas à se jeter corps et âme dans la mêlée des tripoteurs opportunistes.
On connaît comment il devint l'époux de Claude Vignon ; personne n'ignore les turpitudes de sa vie privée, dont nous parlerons dans une autre note, ne voulant mentionner dans celle-ci que ses tripotages financiers.
Rouvier fut un des zélés promoteurs de Taffaire du chemin de fer de Saint-Louis au Rhône, lequel n'eut jamais de construits que 10 kilomètres.
On sait qu'il tenta inutilement de faire englober cette affaire dans celle du chemin de fer des Rouches-du-Rhône, dont l'administrateur occulte était M. Duclerc et dont le directeur était le fameux Armand, ; qui essaya jadis Jde tuer son domestique.
Rouvier joua un rôle très important dans la Compagnie auxiliaire des chemins de fer.
C'est sous ses auspices que la souscription
fut ouverte à Marseille chez MM. Court et G*% qui ont la haute main dans la grande affaire des Docks.
On assure que c'est aux agissements deRouvier qu'il faudrait attribuer la ruine de la Compagnie auxiliaire des chemins de fèr, qu'il fut obligé de quitter brusquement et qu'il voulait faire absorber par son ami le fameux Lepelletier. Il aurait même fait, à ce sujet, passer un traité avec Gombaluzier, delà banque du Midi, d'après lequel on aurait dû verser à ce dernier une indemnité pour non exécution, ce qui aurait procuré un joli pot-de-vin au député des Bouches-du-Rhône (R....).
On assure aussi que c'est grâce à son influence que la Compagnie des chemins de fer auxiliaire ne fut pas poursuivie par le parquet.
Rouvier a aussi participé à tous les tripotages des ports sud de Marseille, de la Compagnie de l'Alais au Rhône, etc., etc
Rouvier fut aussi mêlé à l'aflaire des coupons commerciaux avec Etienne et le fameux Savary.
M. Rouvier, on le sait, a fait décorer son ancien patron Zaphiropoulo, ainsi que M. Verminck, organisateur du Comptoir de la côte
d^Afrique. Or, personne n^ignore que cetancien ministre ne travaille jamais pour la gloire.
Rouvier a pour ami intime un sieur Silhol, qui est aussi son cousin, qui n'a jamais reçu, lui, de récompense officielle, mais qui a tiré profit de tous les tripotages de son illustre parent.
Ainsi ce Silhol aurait eu, d'après nos renseignements, une assez grave part dans la distribution des actions d'apport de la Compagnie auxiliaire des chemins de fer, dont 300 auraient été attribuées à Rouvier.
Il paraît, en tous cas, que Rouvier aurait fait partie du syndicat qui a touché 60 francs par titre, et qu'en outre de ces 60 francs il aurait encore reçu une gratification de 250 à 300,000 francs de titres au porteur.
En 1876-1877, Rouvier, avec le concours de Léon Say^ de Soubeyran et d'Erlanger, fit aboutir l'affaire de la dette marseillaise.
Cette transaction ayant porté sur un chiffre de 89 millions, on peut aisément en déduire que des pots-de-vin furent distribués en proportion.
En tout cas, il est certain que l'unification de la dette de Marseille a permis à MM. de Soubeyran et Frémy de faire figurer dans leô
caisses du Crédit foncier une somme de 8 millions dont ils eurent à rendre compte avant la découverte de leurs agissements personnels qui furent la cause de leur expulsion dudit Crédit foncier.
Extrait d'une lettre adressée à M. Numa Gilly.
c II y a deux ou trois ans (la date exacte importe peu) le citoyen Rouvier obtint, pour une maison allemande associée à une maison française, l'autorisation de faire entrer en France, en franchise, une quantité considérable de produits allemands ! L'opération n'était pas mauvaise et le bon Rouvier reçut un pot-devin de 300,000 francs !!!
« Ceci n'a rien d'étonnant, monsieur le député, mais ce qui vous étonnera, c'est que l'honnête homme a donné un reçu motivé de la somme !!! Si Rouvier osait prétendre que vous êtes mal informé, vous pouvez lui affirmer qae le reçu en question a passé par les mains de M. Théodore Rodocanachi, de Marseille.
€ Rouvier, quand il fut nommé député des
178 MBS DOSSIERS*
Bouches-du-Rhône, avait pour tout potage un traitement de 12,000 francs par an en qualité de caissier de la maison Zaphiroppulo ; aujourd'hui il posséderons dedetuv millions^ et Fannée dernière, sur les bords du lac de Genève, dans la succession Dubochet, il ne se gênait pas pour faire des variantes plus ou moins facétieuses sur ce thème-ci :
« La République n'en a pas pour deicœ ans :
elle périra par les finances ;ce que noies aurons après?... Je V ignore et je m'en fous! Aux adroits, aux habiles de se remplir les poches et advienne que pourra!!! Ceci est textuel, >
Signé : « M. P. >
Extrait d'une lettre adressée à M. Numa Gilly.
« Le voisinage de Monte-Carlo, le grand cor rupteur, se fait vivement sentir. Il est avéré que Rouvier et le fameux ex-séparatiste Borriglione, députés, sont, avec les autres représentants des Alpes-Maritimes, les soutiens et les défenseurs de cette maison de jeu.
€ Cette accusation leur a été formulée en
réunion publique et dans les journaux de Nice et de Paris, mais jamais ils ne s'en sont émus.
« Leurs frais électoraux sont payés chaque fois par Monte-Carlo, qui a un intérêt des plus grands à faire triompher des candidats qui empêcheront le gouvernement français de prendre des mesures contre lui, en donnant pour raison les bénéfices que retirent les habitants de Nice et des environs, ce qui, du reste^ est faux.
« Voici encore les noms de quelques-uns seulement des députés qui reçoivent des subventions de Monaco :
Gonstans,
Steenackers (celui-là y avait précédemment
mangé sa fortune), Em. Arène, Jules Roche.
a II y en a plusieurs autres sur lesquels on a des doutes.
€ Le ministre Barbe (Rouvier étant président du conseil), afait décorer Edmond Rlanc, (un des propriétaires de ce tripot), moyennant 200,000 fr.
« Wilson,pour sa part, dans cette décoration, a .eu 200,000 francs en actions de ses journaux
et 50,000 francs ont été donnés à la République française, qui a été sauvée de la faillite. 50,000 autres francs ont été distribués encore à divers personnages politiques. Gomme c'est honnête 1 N'est-ce pas ? »