‹ Mes dossiersChapitre 58 sur 66 · LES DÉCORATIONS · texte numérisé non relu

LES DÉCORATIONS

Copie d'une lettre adressée à M. le Procureur général à Nîmes et communiquée à Af . Numa Gilly.

€ Péionne, le ^4 octobre 1888.

« Monsieur le procureur général, à Nîmes.

« M. Andrieux, député des Basses- Alpes et plaignant contre M. Gilly, député du Gard, vient d'adresser à M. Desmons, président de la Commission d'enquête pour les affaires Wilson, une lettre en date d'hier par laquelle il réclame la communication de tous les documents recueillis, partant, de ceux qui pourraient faire la lumière sur la valeur des imputations dirigées contre la Commission du budget par son collègue M. Numa Gilly.

« J'ignore quel sera le sort de la demande de M. Andrieux.

188 MES DOSSIKRS.

c( Aussi je m'empresse de venir vous déclarer spontanément que, parmi ces documents, il en est plusieurs qui émanent demoietgtti sont absolument diffamatoires à Vègard de M. RoKvier^ président de la Commission du budget. Sortir ces documents de l'ombre aurait , pour effet de « mettre en évidence » deux autres membres de la Commission du budget:

M. Salis et M. Andrieux, pour ne parler, quant à présent, que des membres de la Commission du budget.

c( Pour vous montrer quelle importance ma présente déclaration peut prendre, j'ajouterai qu'elle peut avoir pour effet d'obliger plw de trente légionnaires à déposer leur croiœ d'honneur.

« J'ose espérer, monsieur le procureur général, qu'en raison de la connexité que présente la présente diffamation avec celles qui font l'objet des poursuites dirigées contre M. Numa Gilly, vous voudrez bien, incidemment, user des pouvoirs que vous confère l'article 48 de la loi du 29 juillet 1881 et faire le nécessaire pour parvenir à la manifestation de toute la vérité. « Veuillez agréer, etc.

Signé : « Leboucher. »

Obset^vation. — A la suite de la pièce précédente, nous donnons la série des lettres suivantes d'un industriel, sollicitant la décoration et l'ayant obtenue après une longue attente, en 1885, sous le ministère Rouvier.

Les lettres sont adressées à un fonctionnaire confidentiel du ministère de l'intérieur.

Copie de lettres de Paulin Gérard

Bogny, le U février 1882.

« Mon cher ami,

« J'ai reçu votre lettre du 10 courant. Je ne crois pas être à Paris avant mercredi matin, peut-être mardi; je vous en préviendrai. Vous me dites (30 actions Voltaire 30,000 francs.

C'est bien cela, et comme il n'y a que la moitié de versée, ce n'est donc que 15,000 francs à donner pour le moment. Informez-vous, je vous prie, pour qu'en arrivant là-bas je sois fixé, mais je me rappelle que M. Buette m'a dit cela.

« Votre dévoué,

Signé : « P. Gérard, t

i90 MES DOSSIERS.

Bogny, le 19 avril 4882.

« Mon cher ami,

« Je viens d'envoyer un chèque de rancs 15,000 à M. Jules Laffitte. Gomme vous le ^avez, mon idée première était de vous écrire pour le voir et lui dire que M. Gonstans remettrait lui-même la somme; mais, comme je lui avais écrit que je lui enverrais le 20, j'ai préféré ne pas manquer à ma parole, puisqu'en définitif iJ fallait les donner dix jours plustard. Et puis je crois que cela aurait produit mauvais effet. Je crois que vous serez de mon avis.

« Je ne pense pas venir avant la fin du mois; pourtant, j'attends une lettre d'une personne qui doit venir à Paris pour me voir et il pourrait se faire que je vienne y passer vingt-quatre heures; alors je vous préviendrai, si toutefois il ne me prévient pas par dépèche.

« Votre dévoué.

Signé : « P. Gérard. >

Bogny, le 22 juin 1882.

« Mon cher ami,

« Je viens d'expédier à M . G... les couteaux que je lui avais promis; je n'ai pas besoin de

MES DOSSIERS. IIM

VOUS recommander mon aflfaire; comme c'est la dernière partie que nous jouons, il faut ne rien négliger et je compte bien que vous ferez jouer toutes vos troupes, y compris l'arrièregarde. Poussez toujours M. G... vous savez qu'il faut faire cela. Il (un mot illisible) m'a dit que Mme G... verrait Mme Tirard mardi; avez-vous eu des nouvelles?

< Passez donc aussi chez M. Brimont; vous lui demanderez s'il a des nouvelles de d'Andlau; qu'il m'écrive où il en est.

« Vatre dévoué,

Signé : « P. Gérard. »

Bogny, le 8 décembre 11^2.

H Mon cher ami,

€ J'ai reçu votre lettre du 7 et je vous remercie des nouvelles que vous me donnez. Gontinuez votre campagne et faites-vous aider par Granet, puisque lui y trouvera son compte; ayant tout intérêt en jeu, il nous aidera.

t M. G. doit aller dimanche prochain chercher Albert à onze heures chez le peintre pour, de là, aller déjeuner chez M. Gaillard. J'attendrai votre lettre demain pour lui écrire. Je voudrais bien vous en dire plus, mais je ne

sais quoi, je suis impatient que tout cela soit fini pour me venger de tous ces gens que vous connaissez et j'aurai une grande reconnaissance à tous ceux qui m'y aideront, « Votre dévoué,

Signé : « P. Gérard. >

« P. -S. — Dites à Granet que si cela [arrive nous ferons le journal. »

Bogny, le 15 décembre 1882.

Mon cher ami.

Votre [lettre du 14 est en ma possession.

Je ne viendrai pas demain, d'abord parce que M. G... ne doit rentrer que lundi matin d'après ce que M. G... m'a dit lundi dernier et parce que M. Brisse doit arriver mardi soir. Je vais tâcher de m' arranger de façon à être à Paris jeudi; d'ici-là, ne perdez pas M. G... de vue; allez le voir souvent. Je vous dirai que moi je n'y croirai que quand ce sera fait.

« Votre dévoué,

Signé : « P. Gérard. »

« P. -S. — Mon avis serait d'écrire à M. G... pour lui dire que j'arriverai jeudi et que je ne m'en irai que quand ce sera fini. »

€ Bogny, le 24 janvier 1883.

« Mon cher ami, je prends le Voltaire qui m'arrive et je vois que la crise ministérielle est ouverte : donc pas un instant à perdre ; faites jouer nos amis, voyez tout le monde, promettez ce qu'il faut, je ferai face à vos engagements et je compte comme toujours sur votre activité pour aviser. Je ne sais encore ce que je ferai, mais il est probable que je viendrai ou vendredi soir ou samedi matin.

« Votre dévoué.

Signé: « P. Gérard. »

« P.-S. — Allons-nous enfin tenir la timballe ? J'écris ce jour à Gonstans.

f Bogny, le 2 février 1883.

« Mon cher ami, je vous annonce que mes chasseurs ayant hier tué un magnifique marcassin ou jeune sanglier, j'envoie aujourd'hui les deux cuissots à M. Fallières. Vous voilà prévenu ; allez voir M. Gasagniau, et faites paraître votre journal si vous croyez que c'est nécessaire.

« J'avais demandé, quand nous avons dé-

lO'l MES DOSSIERS.

jeûné rue de la Paix à M. Gasagniau s'il aimait le Kummel ; il m'a répondu oui ; je lui ai dit que je lui en enverrais; faut-il le faire? et donnez-moi son nom juste et s'il faut adresser place Beauvau.

« Votre dévoué,

Signé : « P. Gérard »

c Bogny, le 5 février 1883.

« Mon cher ami, j'envoie aujourd'hui grande vitesse port payé une caisse douze bouteilles Kummel à M. Gasagniau ; dites-lui que j'aurais voulu lui rendre franco, mais qu'il n'y a pas eu moyen d'acquitter l'octroi de Paris. Je lui ai adressé h'anco moins l'entrée à Paris; quand je vous verrai, faites-moi penser que j'aurai une petite commande de madère à faire à votre fils.

« Groyez-vous, quand M. Fallières ira mieux, qu'il ne faudrait pas que j'écrive un mot à M. G... pour le pousser et puis voir de l'autre côté.

« Mes amitiés chez vous.

Votre dévoué,

Signé: « P. Gérard »

« Bogny, le 6 février 1883.

« Mon cher ami, je vous confirme ma lettre d'hier et le but de celle-ci est de vous dire que quand nous avons vu M. Gasagniau il nous a dit qu'il avait l'intention de se porter candidat député dans le Lot pour remplacer M. de Varniac (sic), qui vient de passer sénateur.

Vous savez ce qu'il nous a dit, pensez à cela.

« Les journaux annoncent que M. Fallières est complètement rétabli et, encontre, que nous sommes plus que jamais dans le gâchis; que dites-vous de tout cela?

« Je ne sais si je me trompe, mais je crains bien une chose, c'est qu'il ne nous laisse en plan comme les autres.

« Je compte vous lire demain.

« Votre dévoué,

Signé : P. ce Gérard. »

« P. -S. — Le Kummel doit Otre rendu maintenant chez M. Gasagniau. »

Page 1