LES PENSIONS AUX VICTIMES DU 2 DÉCEMBRE
Extrait d'une lettre adressée à M. Numa Gilly.
« La commission départementale de la Nièvre , d'où nous sommes originaires et où nous nous sommes battus contre les brigands du 2 décembre, moi et Vincent, m'avait inscrit sur sa liste pour 1,200 francs de rente viagère et elle avait inscrit mon camarade Vincent pour 1,000 francs.
(( La commission générale de Paris, suivant ses pouvoirs, nous a réduits chacun à 800 fratfics de rente. Quelque temps après cette décision, j'ai même été admis à toucher un premier trimestre échu de 200 francs.
« C'est peu de temps après qu'un agent de la sûreté est venu nous proposer à chacun de lui signer un papier timbré, par quoi nous aurions chacun 1,200 francs de pension au lieu de 800, si nous voulions nous engager à lui verser 300 h'ancs le jour où nous toucherions
les trimestres déjà échus et à lui signer chacun pour 600 francs de billets à ordre payables trimestriellement.
« M. Vincent ni moi nous n'avons voulu consentir à cela, malgré que le coquin nous citât d'autres indemnitaires avec lesquels il avait déjà traité. Nous avons fait tout de suite dénoncer cela par M. Collin^le rédacteur du journal le Proscrit, qui nous servait à tous d'intermédiaire auprès de la commission générale et des ministres.
« Moi j'avais jeté au nez du coquin son contrat sur papier timbré; mais Vincent avait conservé le sien sous prétexte d'y réfléchir avant de signer et, en réalité, pour le remettre comme preuve à M. CoUin et à la justice, ce qui a été fait.
« Le commissaire de la Ligue de l'intérêt public, le citoyen Taillebois, a eu cette pièce entre les mains.
« Toutes nos misères, qui ont duré un an, sont Venues de notre dénonciation. Le maudit Schnerb et ses dignes acolytes nous poursuivaient partout de leur haineet, non contents de nous faire radier par la commission générale, qui n'en avait pas le droit, il a essayé de nous faire mettre en prison. Il nous a fait pour-
186 ^ES D096IERS.
suivre comine complices du faussaire qu'il n'avait pu sauver. C'est comine complices de Drack, qui fut condamné par la cour d'assises de la Seine, que Schnerb, soutenu par des députés qui ne valaient pas mieux que lui, nous faisait comparaître devant le juge d'instruction M. Benoit, qui a reconnu notre innocence et a rendu une ordonnance de non-lieu en notre faveur. »
Signé : « Relu, t
« Ouvrier cordonnier, victime du deux décembre, ancien combattant de CLamecy, déporté en Afrique; qui vous autorise à faire de cette lettre tout l'usage nécessaire.
« RâLU. »