IL A ETE TIRE DE CET OUVRAGE
12 exemplaires sur Hollande Van Gelder Zoonen numérotés de i à 1 2
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Lorsque je proposai naguère à M. Sansot la réimpression des Considérations sur l'esprit et les mœurs de Sénac de Meilhan, je lui exprimai en même temps le vœu qu'il leur donnât une manière de pendant avec les Ecarts du Prince de Ligne, « A côté de Yimmoraliste par principes, on aurait, lui dis-je, pour cette fin du xvme siècle, Yimmoraliste par insouciance, ou, comme on dit, Famoraliste, celui-là plus décidé, mais celui-ci plus naturel, et partant plus aimable. Les réflexions de l'administrateur et de l'homme d'étude, sont approfondies et spécieuses, mais celles du guerrier, de l'homme du monde, sont bien plus justes, tant qu'il se borne à constater des faits, parce qu'elles sont de
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premier jet. Car Je prince de Ligne avait ceci de bon, dans son temps, qu'il n'était pas un homme à systèmes; il prenait les événements comme ils se produisaient ; jamais le soin d'accorder les contradictions. Et puis il y avait alors dans les affaires de l'Etat, aussi bien que dans les intrigues de la société, mille ressorts qu'on ne voyait que de haut, et dont seul un très grand seigneur pouvait parler sans se rendre suspect d'ignorance ou d'envie. Le prince de Ligue est de ceux-là, etc., etc. » — M. Sansot voulut bien s'employer h ce projet et voici le volume que nous devons à ses soins.
Les Ecarts du prince de Ligne ont été réimprimés partiellement plusieurs fois. Mme de Staël eu avait publié quelques fragments, mais fort retouchés, à la suite de son volume Lettres et pensées du maréchal prince de Ligne. Un ami du prince de Ligne, que les bibliographes appellent Malte-Brun, mais qui a signé la notice de son recueil : le comte de B. — initiale que je n'ai pu compléter — en a donné des extraits plus considérables au tome II des Œuvres choisies du prince de Ligne, Genève, 2 vol. in-S°, i8oy, toujours avec des cor-
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récitons de style; ces extraits, ainsi que leurs corrections, se retrouvent au tome III des Mémoires du prince de Ligne (1S27, J vol. in-8°) et au tome II des Œuvres publiées à Bruxelles eu 1S60 (4 vol. in-12); ils sont pris aux tomes XIII et XIIIhis des Mélanges militaires littéraires et sentimentaires. D'autres pensées, tirées du tome XX de ces Mélanges, ont été imprimées à Bruxelles, eu 1860, par Albert Lacroix, à la suite des Mémoires du prince de Ligue. La plupart de ces passages figurent ici, mais publiés dans le texte de l'édition originale ; on v a joint des pensées empruntées aux tomes XXIII, XXIV, XXVI, XXIX et XXXI des Mélanges militaires, littéraires, etc.
Le prince de Ligue ne fut guère satisfait des divers choix qui se firent de ses Œuvres durant sa vie. Il appelait Mme de Staël sa bonne protectrice, il lui disait : une seule de vos phrases, votre nom ont fait ma fortune ; mais dans l'instant qu'il reçut le volume des Lettres et Pensées, j'imagine que, selon une locution à lui familière, il la traita de vieille coquine qui a perdu ses règles. L'éditeur du présent recueil, s'il a respecté le texte original,
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s'est permis une innovation qui lui aurait bien valu pendant trois minutes la malédiction du prince. Dans les livres de morale, celui-ci aimait le désordre; cela contraint le lecteur, disait-il, à prendre les pensées une à une, à réfléchir longuement sur elles. Crainte de passer pour un « sujet^ académique », il se piquait de n'être pas moins brouillon que feu Monsieur le duc de Saint-Simon . Aucun livre, par suite, ne répondit jamais si exactement au titre de Mélanges que le sien, l'auteur entassant pcle-mcle dans un tiroir, vers, pensées, théâtres, lettres, essais, mémoires, etc., et, quand le tiroir était plein, l'envoyant à son libraire qu'une entreprise si nouvelle finit par ruiner. « L'ordre, écrivait-il, dont je suis l'ennemi, qui nous vient des enfers, et que j'y retrouverai malheureusement après ma mort, n'en est pas sorti tout à fait. » Heureusement, non ; mais il en est sorti, et c'est dans cette inspiration infernale que, ne jugeant pas ces pensées si profondes qu'elles portent beaucoup à la rêverie, et que les tirant de plusieurs volumes où elles sont éparses pour les grouper en un seul, on les a rangées dans un ordre peu rigoureux, pas du tout mé-
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thodique, et auquel du reste on ne tient nullement, mais qui, peuse-t-on, doit ajouter à l'agrément de la lecture.
Une même considération a fait suivre ces Ecarts d'un essai de bibliographie qui aidera peut-être ceux qu'intéresse paiticulièrement le prince de Ligne dans leur démarche au travers de son œuvre multiple et confuse. Ce n'est pas pour ceux-ci, je dois le dire, que la notice insuffisante de l'introduction a été écrite. Elle s'adresse plutôt à ceux qui, ayant oublié les aventures du personnage, ne seront pas mécontents de se les voir brièvement rappelées. Mais l'on m'engage à tenter bientôt de satisfaire les uns et les autres avec un ouvrage plus complet, dont la notice de celui-ci ne serait qu'une première et très hâtive esquisse, et c'est un projet auquel je songe avec quelque suite.