‹ Mes estampes, 1872-1884Chapitre 48 sur 51 · PRÉCIS HISTORIQUE DE LA RÉVOLUTION , par · texte numérisé non relu

PRÉCIS HISTORIQUE DE LA RÉVOLUTION , par

J. P. Rabaut. Paris, Onfroy (de l'imprimerie de Didot), 1792, in-18, cart. non rogné.

Exemplaire en papier vélin, que rend tout à fait exceptionnel la présence des figures de Moreau avant la lettre, avec leurs eauxfortes.

« Voici un livre complet, — m'ont dit quelques amateurs, —le laisserez-vous dans ce cartonnage provisoire, et ne le ferez-vous point relier dignement ? »

Ne leur en déplaise, ce cartonnage est bel et bien définitif, il ne sera point remplacé par une reliure, et voici pourquoi :

Si l'on se plait aujourd'hui a ouvrir sa bibliothèque aux bibliophiles, c'est dans l'espoir qu'ils se livreront à une admiration à jet continu.

Or, en matière de reliures, rien n'est plus difficile que de contenter tout le monde et soi-même, et leur exhibition ne provoque généralement que des réflexions qu'il est impossible de qualifier d'agréables. Pendant dix ans, j'ai vu un bibliophile eminent s'ingénier a faire exécuter des reliures originales, sans jamais pouvoir arracher a ses confrères une approbation sans réserve.Ce sont toujours des wia/s et des seulement a n'en plus finir. Quand une reliure a été palpée, examinée, contreexaminée pendant une demi-heure, la consultation se termine toujours par un verdict quasi-méprisant : Le dos est charmant, ma.\s je n'aime pas les plats. — Tres-joli, mais la dorure est un peu maigre. — Cette roulette est exquise, mais les filets sont mal venus. — Parfaitement réussi, seulement, j'aurais préfère la dorure intérieure pour les plats, et réciproquement. — Beau maroquin, supérieurement travaillé : Ne trouvez-vous pas que le titre est grêle ? — Admirable I superbe ! dorure merveilleuse l Cet homme a une patte étonnante... (puis, d'un ton dégagé, en rendant le livre) , c'est dommage qu'il ne sache pas relier !

Comme c'est engageant !

Pour exhiber ses reliures dans de pareilles conditions, il faut une patience que j'ai vue à d'autres, mais dont je ne me sens pas capable. ■

j'ai eu l'occasion de rencontrer, chez l'amateur dont je parle, trois relieurs. Le grand Trautz-Bauzonnet, d'abord. Il était d'une modestie remarquable, et savait apprécier le mérite des reliures exécutées par d'autres que par lui, avec une sûreté de goût et une impartialité extraordinaires. Puis Lortic, dont le seul nom soulève des discussions tempétueuses entre amateurs, ce qui suffirait a prouver qu'il n'est pas le premier venu. Lortic est gascon, et peu dociJe aux conseils. Me sera-t-il permis de hasarder, sans blasphème, l'opinion qu'il faut lui savoir gré d'avoir essayé du nouveau dans la décoration des reliures et d'avoir voulu rompre avec la routine qui consiste a prendre des frottis d'anciens fers, et a copier, toujours servilement, ce que les anciens ont fait ? Ses plus acharnes détracteurs ne refusent pas a Lortic une main de premier ordre, et il est certain que l'homme qui a exécuté la reliure de certain exemplaire des Petits Conteurs est un doreur imcomparable , quand il veut s'en donner la peine.... En voila assez sur ce sujet, ou je vais me faire étrangler par les lorticophobes, qui désignent son ornementation parfois exubérante du nom de Lorticultiire.

Le troisième est Cuzin, déjà en grande réputation, et auquel semble réservé le plus bel avenir. Pour les fidèles, Trautz seul est Trautz, et n'a point de prophète, je veux dire, de successeur. Mais comme il faut bien faire relier ses livres, on les donne a Cuzin, qui a pris ses méthodes du dieu. — Ou bien, on les fait cartonner par Lemardeley.

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