‹ Mes étapes d'Alpinisme;Chapitre 1 sur 5 · Mes étapes d'Alpinisme; · texte numérisé non relu

Mes étapes d'Alpinisme;

Qiiarajite atis se sont écoulés depuis que l'institution des' Clubs Alpins a porté ses premiers fruits. Dans cet intervalle, un mouvement considérable a pris naissance : des hommes éminents s'en sont faits les propagateurs, une abondante littérature est éclose et luie transform ation économique profonde s'est accomplie au profit des régions les plus favorisées.

Ces faits sussent à nous défendre du reproche d'é-

Fig.

Descente des Rases du Val Valetta C3,200 mètres).

gdîsme quand nous tentons de célébrer les joies pures et les ^bienfaits incomparables de la haute 7nontagne. Et cependant nous n'en saurions jouir sans regret, satis arrière-pensée, quand nous voyons qu'ils sont le partage d'un nombre relativement infime de nos amis et de nos concitoyens.

Il y a plus d'une raison pour expliquer cet état de choses ; aucune pour le croire inévitable ou pour souhaiter qu'il se perpétue. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'engager indistinctement tout le monde dans des expériences coûteuses ou risquées ; laissons les entreprises retentissantes à ceux qui ont la vocation et les moyens de les tenter. Mais parmi ceux qui disposent de quelques journées de loisir annuel, dans la jeunesse de nos écoles en particulier, quel peuple de visiteurs fidèles les Alpes ne pourraient-elles pas recruter, avec bénéfice certain, tant pour la société que pour l'individu !

La fréquentation de la montagne est salutaire à tout âge; mais c'est dans l'adolescence que s'acquièrent le mieux le goût et l'aptitude aux ascensions. C'est merveille de voir comme un entraînement bien dirigé a vite raison, che^ les jeunes sujets, de la paresse instinctive et de la tendance au vertige. Aussi le Club Alpin est-il certain de servir une bonne cause en faisant porter sur le développement des Caravanes scolaires une grande partie de ses efforts. Il trouvera toujours des apôtres convaincus pour travailler dans ce sens, par la parole, par la plume et par l'image.

C'est une lulte à mener contre l'ignorance et l'inertie, lutte .bienfaisante qui ne laisse ni deuil, ni ruine après elle, mais qui, pour donner tous ses résultats, a besoin du nerf de la guerre. Aussi avons-nous accepté avec reconnaissance le concours d'un ingénieur belge des plus distingués, M. Ch. Lefebure, auteur du livre que

nous présentons aujourd'hui au pub lie français. Devenu alpiniste par occasion, il a rassemblé en peu d'années une belle récolle d'observations, une moisson encore plus riche de photographies. Il a résumé ses expériences sous U7ie forme anecdotique, oii éclatent à chaque page l'humour, la sincérité, le don de voir juste, l'absence de toute prétention dans le style. Si parfois le ton s'élève,c est sous l'empire d'une émotion pénétrante , au souvenir des merveilleux spectacles que les Alpes ont offerts au narrateur, des actes de courage et de dévouement dont elles lotit retidu le témoin.

L'effort voulu, le travail accepté, sont pour l'âme une discipline salutaire, d'oii elle sort plus généreuse. M. Ch. Lefebure eti est une preuve. Revenu aux Alpes plus ardent que jamais, à la suite d'ufi accident où il a failli périr et dont il n'a gardé qu'une infnîiité légère, il a voulu que son beau livre fût une bonne action. La première édition a été publiée à Bruxelles au profit d'une œuvre de protectioji de l'enfance. La seconde, suivant le désir de l'auteur, parait sous les auspices du Club A IpiTi français, et le produit en est destiné à la propagande des caravanes scolaires. Souhaitons pour l'honneur de notre association, que M. Ch. Lefebure retrouve sous forme d'estime, de sympathie, de juste notoriété, un large équivalent de ce qu'il abandotine.

Da?is l'expression de noire gratitude, nous ne séparerons pas de l'auteur le fidèle compagnon de toutes ses courses, son entraîneur, comme il se plaît à le qualifier, M. Ernest Solvay. C'est d'ailleurs le concours de M. Solvay qui a rendu possible, sans risque pour le Club Alpin, la combinaison dont il vient d'être parlé. Uîiiversellement cojinu par une inventio7i industrielle féconde en résultats, possesseur d'utie gra?îde fortune acquise par son travail et dotit il fait le plus

noble usage, M. Solvay nous est révélé dans ces pages sous un aspect tout autre, plem comme le premier d'attrait et d'efiseignement. Noies le voyons entrer dans la carrière à un âge où bien d'autres n'aspirent plus qu'au repos, se plaire aux courses les plus rudes,

affronter avec délices la pluie, la neige et la tourmoite, faire à soixa}ite-cinq afîs accomplis l'ascension du Cervin. Salutaire exemple, que corroborettt, dans nos propres ami al es, ceux du marquis de Turenne et de M. Abel Berger.

Puisse-t-il convaincre les néophytes, déjà recrutés par flous et ceux que nous amènera M. Lefebure, que le sport alpin leur ouvre de plus longues perspectives que celles d'un amusemoit juvénile et qu'ils ont mieux à faire, pour s'assurer une robuste et heureuse vieillesse, que de cultiver le whist, recommandé par Talleyratid aux jeunes diplomates.

Bien que très éloigné de tout dogtnatisme, le texte sera lu avec profit, même par les alpinistes expérimentés. Il condense en effet, sous une forme brève et lucide,

Fiij. 4. — Le sommet des Sruors {2,982 mètres].

les leçons pratiques de deux maîtres indiscutés en la matière, les excellents guides Alo'is Supersaxo, de Saas-Fee, et Martin Schocher, de Pontresiiia. Mais M. Lefebure na eu à s inspirer que de lui-mcme pour prêcher la bonne humeur, la vaillance, la philosophie. S'agit-il de décrire, il préfère s'effacer, et laisser parler int objectif photographique impeccable. Il n'est point de passage si ardu, d'arête si pcrtigineuse, d'éventualité si soudaine que M. Lefebure 7i' arrive à saisir au moment précis, sans que rien dans l'image obtenue trahisse en quoi que ce soit la pose ou l'apprêt. C'est au point que l'attitude des acteurs (tig. 4) Ji' est pas toujours la plus rationnelle, la plus propre à sauvegarder leur sécurité (i). Mais ce qui serait un défaut dans un ouvrage didactique devient ici un mérite déplus, tellement l'impressiojî de vie et de réalité qui s'eii dégage est i7itense. Feuilleté:^ le livre et vous croire:^ conjiaitre les sites dont M. Lefebure nous parle. Lise^-le, vous croire:^ connaître l'auteur et vous aure^ le désir de le cofinaître davafitage.

Page 1