‹ Mes étapes d'Alpinisme;Chapitre 5 sur 5 · L. G. Velg l'a fait construire l'an · texte numérisé non relu

L. G. Velg l'a fait construire l'an

En voici une autre d'une portée moins profonde :

Meilo eise ad awair Un bùn nom co awair Granda richiechia, an° 1664.

Ces populations à mœurs simples ont adopté une transposition de notre vieux proverbe et elles disent :

Mieux vaut bonne renommée que... grande richesse.

Le Valaisan, après des invocations diverses, n'inscrit le plus généralement — en termes naïfs — que les noms des propriétaires, avec ou sans celui du maître charpentier.

Voici telle quelle une de ces inscriptions, prise à Crans, sur la route de Sierre à Montana :

Par le secours de Dieu, les honnêtes fransoit B. etjuditM.safemme hon fait bâtir ce bâtimant par Maître D. B.

len mile Vuisen Vainte set.

Sans aller jusqu'à chercher les traces de la vie intellectuelle et du passé des populations rustiques de la montagne, la vue seule de la vie domestique en ces hameaux perdus dans les hautes vallées alpestres, est un tableau qui laisse des souvenirs pleins d'enchantement. Je me rappelle avoir passé presque un jour, dans la vallée de Maderan, regardant de l'autre côté de la vallée, pardessus le Karstelenbach, toute l'activité qui régnait aux quelques masures du petit village de Gufferen.

Je voyais, sans en rien entendre à cause de l'éloignement et du fracas du torrent qui coulait à mes pieds, un

rig. IÔ2. — Les masures de Gufferen (Maderan),

petit tableau mouvant comme une miniature de jeu d'enfants : les petites maisonnettes de bois, les fenils, le va-et-vient des habitants, les tilles emmenant les troupeaux de vaches, lentes, partant à la file; les garçonnets poussant les chèvres par les sentiers sinueux. Et tour à

Fig. loi. — Un potager du val Maderan.

tour, sur le versant de la montagne, suivant le jeu des bouc|uets de pins, les longues caravanes paraissaient et disparaissaient zigzaguantes. A la maisonnette, la payse ramassait, bousculait les marmots, donnait quelques bourrades aux cochons noirs qui s'en allaient trottinant, cahotant, effrayant la volaille, et tout cela sans qu'aucun son soit perçu, dans un merveilleux décor de feuillage et de menues herbes.

Près des maisonnettes, les si curieux potagers carac-

téristiques de la vallée de Maderan, gros quartiers de rocher (fig. i32) sur lesquels l'habitant a massé de la terre végétale qu'il maintient péniblement en entourant cette croûte légère de plantules aux mille petites fleurs. Au milieu dans cette terre égalisée, grattée avec minutie, quelques^ plantes poussent leurs jets.

Sous l'impression du décor ambiant si primitif, il faut se contraindre pour y reconnaître un potager; l'on dirait plutôt la tombe de quelque modeste héros de village qu'un culte touchant ferait entretenir et couronner de fleurs, ou bien le champ de repos de quelque poète de la

vie bucolique qui, s'inspirant dans cette paisible vallée, écrivit pour lui-même et voulut rester à jamais dans cette atmosphère de pure tranquillité.

Je vous jure que, pour un peu, l'on arriverait bien vite à rêver devant ces tableaux si calmes et si doucement émouvants.

Après tous ces récits et ces exemples, je crois vous

Fig. 104 — Les cascades dos Brunni et Stauberbaeb (val Maderan;.

avoir suffisamment convaincu de la sincérité de mes affirmations, en ce qui concerne les joies que l'on peut tirer du séjour dans les vallées — bien loin en dessous des sommets.

Par un scrupule de conscience, je serais d'ailleurs beaucoup plus charmé de vous avoir converti aux agré-

Fig. i35. —Allant à la traite (Wengernalp).

ments que l'on peut retirer de la campagne suisse, que de vous avoir amené à pratiquer le périlleux sport alpiniste.

L'un et l'autre de ces divertissements vous mèneront pourtant au but que je vous indiquais en commençant, à savoir les exercices salubres, réconfortants, qui vous apporteront, avec les distractions que vous cherchez, les éléments d'une bonne santé : bon air et bon appétit.

Et je termine en vous disant que le seul moyen d'être attiré de suite par les e.\cursions intéressantes, imprévues et pittoresques, c'est de s'équiper simplement et de chausser les souliers ferrés aussitôt l'arrivée en une station alpestre. Lorsque le pied est ferme et sûr, plus rien ne vous arrête : monter, grimper, escalader se font sans peine, sans danger et qui, plus est, sans fatigue — si l'on est sans hâte.

Enfin, pour jouir de tous ces trésors, conservez précieusement votre propre enthousiasme, car la plus grande partie du plaisir vous viendra de vous-même.

Fig. i36. — La route du Juliers près Stalla.

Fig. 107. — Le col entre le Monte Cristallo et le Poppena (Tyrol).

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