‹ Mes études et mes souvenirsChapitre 5 sur 21 · HERMIONE · texte numérisé non relu

HERMIONE

Pyrrhus!

Chez les deux femmes, c'est la même passion : Hermioue et la Caniargo, la danseuse de l'Opéra et la princesse de Sparte parlent différemment, mais agissent de même. Il est vrai que toutes les deux ont pris exemple sur la Chimène du Cid, répondant à don Sanche prosterné devant elle :

... Tu me parles encore.

Exécrable assassin du héros que j'adore!

Il est vrai que Corneille avait emprunté cette scène à Guilhem de Castro, qui l'avait empruntée au Romancero.

Le joiu* où il écoutait cette lecture des Marrons du feu, Dumas avait, nous dit-il, depuis plus d'un an, une idée analogue en tête, laquelle idée lui étail aussi venue d'une lecture de Goetz de Berlichincjen : toujours cette même situation de la femme poussant l'homme qu'elle n'aime pas à tuer l'homme qu'elle aime, comme Chimène dans le Cid, comme Hermione dans Andromaque. Les quelques scènes de Goetz, endormies dans sa mémoire, ni le Cid ni Andromaque ne les eussent réveillées; la poésie in-

recte, mais chaude, mais vivante, d'Alfred de Musset les galvanisa, et, à partir de ce moment, il leur fallut un emploi. « Vers le même temps, j'avais lu Quentin Durward, et la ligure du Mograbin m'avait frappé ; j'avais pris en note quelques-unes de : ein-s de poésie orientale. >j 11 avait lu aussi Richard en Palestine et pris également en d divers passages. Celui-ci, entre autres, qu'il a reproduit en très beaux vers :

— Étrai] -■:'. . demande Saladin, combien d"hommes as-tu emmenés dans celle expédition guen>

i — Par ma foi! répond sir Kenneth.avec l'aide de mes amis et de mes parents, j'ai eu bien de la peine à fournir dix lances convenablement équipées; ce qui peut former cinquante et quelques hom;. valets et écuyers compris.

h — Chrétien, j'ai ici cinq flèches dans mon carquois, toutes empennées des plumes d'un aigle. Lorsque j'envoie une de ces flèches vers mes tentes, miJJe guerriers montent à cheval ; si j'envoie la seconde, une force - e met en roule; à l'aspect cinq flèches, cinq mille hommes accourent à moi. et, si j'envoie mon arc. dix mille cavaliers lent le désert. »

ji. dûment utilisé, servira de texte au fameux Sarrazin Yaqoub :

Oar mon père, ;j" I point un cb<f rulgtfoe*

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Li, lorsqu'il tend bon arc, et '; l Uie but»,

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On entendait au loin de sourds mugissements;

Vers eux, comme un serpent je me glissai dans l'ombre.

Sur mon chemin un antre ouvrait sa gueule sombre,

Et, dans ses profondeurs, j'aperçus sans effroi,

Deux yeux élincelants qui se fixaient sur moi.

Je n'avais plus besoin ni de bruit ni de trace.

Car, la lionne et moi, nous étions face à face...

Oh! ce tut un combat terrible et hasardeux,

Où l'homme et le lion rugissaient tous les deux...

Mais les rugissements de l'un d'eux s'éteignirent,

Puis du sang de l'un d'eux les sables se teignirent,

Et, quand revint le jour, il éclaira d'abord

Un enfant qui dormait auprès d'un lion mort.

Cependant Raymond, un des hommes d'armes du comte, celui-là justement qui fit prisonnier le Sarrazin, s'attaque à lui, insulté; Yaqoub se redresse terrible et l'égorgé. Tout ce premier acte, où se dessine une scène presque déjà sentimentale entre la châtelaine délaissée et le jeune Africain, — tout ce premier acte est superbe. Suit la scène du jugement : le comte, du haut de son trône féodal, prononce l'arrêt de mort ; le roi intervient et de son droit souverain casse la sentence ; mais Yaqoub, las et dégoûté, refuse le bienfait qu'on lui offre :

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