LENS ENFANTS ESPRITS DE HENRY LACROIX
Dessinés par lui, sous leur rontréle (1887)
sur terre — les douze autres, six garçons et six filles, vivent également, mais dans le monde fluidique — où nous irons tous vivre, d'une vie plus large, plus agréable. Les lecteurs trouveront cette liste utile, car elle servira à leur faire connaître les sujets, dans les diverses expériences où ils figureront.
Le tableau (réduit) de ma douzaine angélique — fait sous leur contrôle mécanique, et qui m'a coûté tant d'années de travail — représente assez bien le type et la nature de chacun. Ce tableau servira encore davantage à faire connaître ces invisibles, attachés à ma vie, à mon cœur, et qui constamment bourdonnent autour de moi.
En 1855 je fus convaincu de la continuité de l’existence. Ce fut pour moi une chose importante, immense, car le doute ou le manque de preuves de ce fait, me rendait souvent malheureux et m'isolait comme un paria au milieu de ceux qui avaient la foi, sinon la certitude. Les tables tournantes furent d’abord le premier moyen qui amena chez moi la conviction. J'avais bien entendu des personnes éminentes raconter les preuves surprenantes qu'elles avaient reçues par l'entremise des sœurs Fox, aux États-Unis : mais mettant tout cela sur le compte du magnétisme, j'avais passé outre — tant il est vrai que l'expérience a besoin d’être directe, personnelle, pour avoir toute sa valeur. Non satisfait des preuves amenées par le secours élémentaire des tables,je me rendis à New-York pour avoir une séance avec une des demoiselles Fox, alors veuve Brown, depuis Mme Underhill. Voici ce qui m'’arriva chez ce médium, que je ne connaissais pas avant :
Il était trois heures &e l'après-midi quand j'arrivai chez cette dame. Le temps était pluvieux et j'avais mis des chaussures en caoutchouc, que je laissai de côté
en entrant. On me fit passer dans la salle à manger, en arrière, où le médium donnait une séance à une vieille dame. Je m'assis à un bout de la longue table pour attendre mon tour, tandis que ces deux dames se trouvaient à l’autre bout — à dix ou douze pieds de moi. Quelques instants après je fis un saut subit, car une main, bien réelle, venait de me saisir la jambe fortement. Je ne m'y attendais pas, de là mon saut de surprise. J'examinai la table en tous sens, sans découvrir rien de suspect. Mme Brown souriait, et elle me dit : — « C'était la main de votre père ! » Je me remis en place, pour en avoir le cœur net — ou mettre à l'épreuve l'esprit quelconque qui agissait ainsi. Je dis donc à cet être invisible, mais mentalement : — Si c'est toi, mon père, je désire que tu m'empoignes encore — et serre, jusqu'à ce que je crie assez/ et, peut-être, finironsnous par nous entendre. — Ce qui fut dit par la pensée seule, fut fait d'une manière graduée, de plus en plus forte, jusqu'à ce que, les doigts semblant entrer dans mes 05, je criai assez, assez! Et la sueur m'inondait, car j'avais fait de terribles efforts pour ne pas desserrer les dents. Tandis que cette main me serrait ainsi je regardais pour la voir, mais elle était invisible. La pression des doigts, néanmoins, s’accusait parfaitement en laissant des empreintes sur mon pantalon et dans ma chair — mais la douleur que je ressentais était l'argument le plus frappant. Cette expérience seule me satisfaisait ; mais j'en eu d’autres.
De petites mains d'enfants vinrent ensuite me flatter et frapper des coups audibles sur mes chaussures. « Ce sont vos enfants, que vous avèz perdus, » me répondit le médium. Et comme ample témoignage, Mme Brown me donna leurs trois prénoms, sans hésiter. La petite fille de cette dame, âgée de trois ans, entra alors dans
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la chambre, et je me mis à jouer avec elle. La mère me dit que cette enfant voyait les esprits. Je pus en être convaincu presque aussitôt. En remuant mes pieds sous la table, je sentis quelque chose que je heurtais; je m'aperçus que c'était un de mes souliers en caoutchouc, qui aurait dû être avec l’autre dans le couloir, où je les avais laissés tous les deux. Je demandai donc à la petite de regarder sous la table et de me dire, qui avait apporté là cette chaussure. Elle me répondit : — « C'est votre petit garçon Henry et il la tient en souriant, » — Donc, me dis-je : — si une puissance quelconque, ou un esprit, tient mon soulier et que je tire dessus — il devra y avoir résistance. Essayons ! J'introduisis mon talon dans cette chaussure et je commençai à tirer — mais ça ne bougeait pas. Il me fallut employer la force de mes deux mains, ajoutée à celle de la jambe, pour en venir à bout. — Avec ces preuves, toutes palpitantes d'évidence, de puissance, d'intelligence, de clairvoyance et de raisonnement — je me déclarai pleinement satisfait, et, fort enchanté, je quittai cette maison. |
Les expériences d'un ordre physique surtout, que nous eûmes à Montréal, entre amis, furent parfois très puissantes. De lourdes tables étaient enlevées de terre jusqu'au plafond, sans contact, ou montaient et descendaient de longs escaliers. Bientôt les esprits s’emparèrent de ma main et me firent dessiner. On me parlait aussi; mais je résistai durant quelque temps avant d'admettre que ces voix étaient indépendantes de mon être. C’est un peu le fait de la plupart des médiums. On ne se rend qu'acculé au pied du mur.
Comme médium guérisseur je faisais des cures remarquables, même sans toucher les patients. Cette faculté et celle de voir les maladies, semble être per
sa 410 usé
manente en moi. Ordinairement je guérissais rapidement en posant la main tout simplement sur les malades. J'en faisais un jeu, tant cela était facile; et j'étais le premier à m'émerveiller des guérisons subites que j'opérais. Je savais inluitivement si je pouvais et si je devais agir. Un jour un de mes enfants pris de la diphthérie, et condamné par le médecin, fut guéri par moi sans contact, en moins de trois minutes. On entendit la fausse membrane se briser dans la gorge, et l’entant était sauvé.
J'avais organisé un cercle, que je dirigeais. L'esprit de mon fils Henry y venait souvent donner de courtes comunications, et exprimait parfois le désir de voir sa mère se rendre à l'évidence, ou ne pas mettre d’opposition à ce qui faisait mon bonheur. Cet enfant a été mon ombre constante depuis sa mort, plus que tout autre. Entre lui et moi il y a un de ces liens mystérieux, indissolubles, par lequel il s'identifie parfaitement avec moi. Que de preuves il est venu me donner, directement, de sa présence, de son amour et de sa vigilance ! Un fait entre autres, que voici : Je venais de m'éveiller un matin, et Henry me soutfla — « qu’on avait durant la nuit volé de mes outils, » et il ajouta — « j'ai essayé de te réveiller, maïs je ne l'ai pas pu; tu dormais trop fort. » J'allai aussitôt dans le hangar, où j'avais des outils enfermés à clef dans une armoire, et là, en effet, je pus constaier que Henry avait raison : la porte de l'armoire était brisée et la moitié de mes outils était enlevée. Donc, cet aimable enfant veillait la nuit autour de moi, et il s'occupait de mes intérûts, même matériels, Et, je dois dire qu'il l'a toujours fait. Lorsqu'il mourut, en 1854, de la petite vérole, dans son dernier étouffement, ses beaux grands yeux bruns, si éloquents d'expression, se fixèrent sur les miens, et
je lus là, en caractères positifs, indéniables, flam- | boyants : — « Ne pleure pas; nous nous retrouverons!» C'était écrit en toutes lettres, en relief; et ces caractères se stéréotypèrent dans mon cerveau, d'où ils ne se sont jamais effacés. Et pourtant alors j'étais incrédule. | cest pourquoi mon désespoir de perdre cet enfant à
chéri était si grand. Je voulais mourir avec lui. Sans \ Jui la vie me semblait insupportable. Il y a de ces cha- 1 po profonds, déchirants, dans la vie de chacun. Lui, * et sa sœur, Marie-Louise (qui sont camarades dans À l'autre monde) ont toujours été pour moi, les deux “ bien-aimés, et dans mes pensées je les qualifiais ainsi, * sans l'exprimer haut, néanmoins — ce qui n'empêche À | pas que cela se savait de l'autre côté, ainsi qu'il appert © par le fait suivant. En 1877, à Philadelphie, étant à me promener une après-midi, Henry, tout à coup, arriva à - côté de moi et me dit : « Papa, tu devrais bien ne : plus nous appeler tes bien-aimés ! » —EL pourquoi pas ? {ui répondis-je brusquement. Qui donc y trouve à re- » dire ?.. — « Ah bah! répondit-il : ça rend les autres ja- | loux! >» — D'abord, je ne le savais pas — et chaque | chose a sa raison d’être — même d'aimer un enfant ; plus qu'un autre. Mais enfin, lui dis-je : — Vous ne | valez guère mieux, esprits, que nous, mortels. C'est là ma conclusion, et £a porte enseignement. J'admirai, «tout de même le bon cœur de Henry et de sa sœur chc- «rie, qui ne voulaient pas occuper un piédestal plus \ haut que les autres. Donc, depuis ce temps, c’est convenu — ils sont tous mes bien-aimés, et plus de jaloux ! — Allons donc dire, après cette preuve, que les esprits ne sont pas humains, comme nous.
Le professeur de chimie, Robert Hare, de Philadelphie, avait inventé plusieurs espèces de cadrans, avec alphabet, qui servaient aux esprits pour se communi-
quer, plus rapidement que par la table. J'en avais copié un, de ces cadrans, el il servait admirablement dans le cercle que je dirigeais. Par ce moyen nous eûmes des communications de toutes sortes, durant plusieurs années, lesquelles remplirent un grand livre de commerce, de 7 à 800 pages. La doctrine, néanmoins, ne prit pas de grandes racines en Canada, à cause de la forte influence du clergé catholique romain, d’une part, dans la province de Québec, dont la population est grandement francaise, et, d'autre part, dans la province d'Ontario, essentiellement anglaise et puritaine — où les nouvelles idées et les phénomènes avaient à rencontrer l'indifférence et l'hostilité. L'esprit goahead (en avant des Américains — touchant à tout et aprrofondissant tout — devenait logiquement un terrain fertile pour la propagation de la doctrine dans le sens pratique. Et c'est ce qui arriva, sans se ralentir aucunement jusqu’à nos jours — au contraire, le mouvement est plus accentué que jamais. Boston, autrefois la ville la plus puritaine, la plus bigote des États-Unis, est depuis un bon nombre d'années, le Quartier-Général du Spiritisme. On y voit un temple spirite qui a coûté 300,000 dollars, sans compter beaucoup d’autres lieux de réunion plus modestes. On reconnaît aussi ceci — c'est que la secte méthodiste, fort nombreuse et pharisienne, à fourni parmi ses pasteurs plus de conférenciers que toutes les autres dénominations. Les conférencières sont aussi en très grand nombre, et les médiums, de toutes phases, pullulent partout. Je ne crois pas qu'il y ait un seul village aux États-Unis où il ne setrouve une Société spirite active. Le nombre des adhérents, d'après des données approximatives, s'élève à dix millions — un chiffre fort respectable, on doit l'admettre.
L'organe principal de la doctrine — le Banner of
| Light (l'Étendard de la Lumière) existe depuis plus de L trente ans, à Boston. Son rédacteur, Luther Colby, n'a ‘pas changé depuis la fondation de ce grand journal : hebdomadaire, de huit pages. À part ce journal, il Y en à a peut-être une vingtaine d'autres, jusqu'en Californie, * où les spirites sont très nombreux. Le catalogue des * ouvrages spirites formerait certainement un fort volume. Il y eût, dès le commencement, et il y a encore, } des hommes éminents, à la tête du spiritisme améri-
| cain — ne craignant pas le ridicule, ni la persécution.
Je connus la plupart des premiers grands zélateurs.
| Un d’entre eux surtout, le juge J. W. Edmonds, de la
} Cour Suprême de l'État de New-York, aida puissam-
} ment, par ses ouvrages et des conférences, à répandre
la doctrine, dont il fut une des plus grandes figures.
Andrew-Jacksan Davis, comme médium-auteur, pro-
:.duisit beaucoup d'ouvrages remarquables dès le com-
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mencement. Son premier livre, in-folio, de 800 pages, fut dicté par lui ou les esnrits qui l'inspiraient, à l’état de transe, à des scribes qui l'aidèrent dans cette besogne. Il est intitulé : Les Révelations de la Nature Divine, Et pourtant cet apprenti cordonnier, âgé de 18 ans, ne possédait que très peu d'instruction, et aurait été incapable de concevoir de lui-même ce qu'il signa. Pendant longtemps Davis fut l'auteur à la mode ; ses écrits ont été traduits en Europe, en plusieurs langues. I fut aussi un conférencier remarquable, et sa clairvoyance très renommée, servit surtout à la guérison des malades,
La maison du juge Edmonds, à New-York, durant des années fut le rendez-vous par excellence des inves-
| ligateurs qui venaient de toutes parts, même de l'Europe, à la recherche de la vérité. Lui et sa fille, Laura,
étaient médiums. Il arriva souvent que Mlle Laura conversa avec des Turcs, des Grecs, des Arabes, des Espagnols, etc., dans leur langue, qu'elle ne connaissait pas à l'état de veille — leur donnant en même temps d'autres preuves aussi renversantes; j'en eus d'elle qui étaient péremptoires. Le cénacle élégant du bon juge élait ouvert à tout venant, une ou deux fois par semaine, le soir, et il était très fréquenté. L’hôte zélé et sa fille, orpheline de mère, se pliaient avec grâce aux exigences du temps, et se sacrifiaient pour l'avancement et le bien-être des autres.Je fus toujours le bienvenu dans cette maison, jusqu'au décès du juge, qui eut lieu, il y a à peu près douze ans. Depuis 1851, époque de sa conversion au spiritisme, il fut toujours le bras droit de la cause qu'il avait embrassée.
Je crois devoir revenir sur le sujet du Banner of Light, de Boston. Ce grand journal, sous la raison 50ciale de Colby et Rich, a toujours été renommé pour la netteté de son impression et l'excellence de son papier. Son édifice, bel immeuble, au centre de la ville, fut construit par M. Rich, et il en est propriétaire; l’aménagement en est parfait, et le bon goût se voit partout, depuis le sous-sol jusqu'au troisième étage. Colby et Rich sont en même temps éditeurs d'ouvrages spirites. Au premier se trouve une grande pièce, où les visiteurs vont lire, écrire ou causer. A côté est une jolie salle de conférencé, où deux fois par semaine se rassemble beaucoup de monde, dans l'après-midi, pour assister aux séances gratuites qui y ont licu. Le médium est engagé à l'année par le Banner, et depuis la fondation du jouanal ce médium a toujours été du sexe f6minin. A trois heures les portes de la salle des séances sont fermées à clef, et personne n'y êst plus admis. Le médium prend son siège sur une large estrade; à sa
manne
AT droite le président (toujours le même) s’assied, tandis
| que de l’autre côté un sténographe forme la troisième
personne du groupe officiel. Le médium, bientôt endormi par les esprits, est prêt à répondre aux lettres scellées reçues par le bureau et aux questions soumises par l'auditoire, sur tel ou tel sujet. Ensuite, beaucoup d’esprits s’'annoncent par l'organe du médium, se nommant en toute lettre, détaillant leur vie terrestre disant où ils sont nés, où ils ont vécu, ce qu'ils ont fait, donnant le nom de leurs parents, de leurs amis — et une multitude de détails pour établir leur identité — sans compter des descriptions de leur vie dans l’autre monde. Cette partie des séances est souvent très intéressante, surtout quand les assistants entrent en rapport avec ces esprits, ou déclarent les reconnaître. Fréquemment, ces communications sont données pour des absents.
C'est ainsi qu’une de mes filles célestes, nommée Cécesre, alla deux fois à ces réunions, et donna chaque fois une effusion de son cru — se nommant et me nommant aussi. Le procès-verbal de ces séances est publié en entier dans chaque numéro du Banner of Light, hebdomadairement, à la sixième page, qui se trouve toujours remplie de ces matières, et des attestations venant de partout, au sujet des communications publices.
Le premier médium du Banner of Light était Mme Fanny Conant, qui portait le ‘type indien et en avait du sang dans les veines — excellent médium à preuves et femme très estimable : elle fut bien des années l'employée du Banner et rendit de grands services à la cause; sa mort fut bien regrettée. Je l'ai vue souvent avec plaisir depuis sa délivrance. — Mile M. T. Shelhamer est depuis plusieurs années le médium en titre
du Banner; elle remplit ce rôle à la perfection et ses écrits ont une suavité exquise. (Les esprits contrôles du Banner cf Light ont toujours prêché la réincarnation.)
Le Sprilual Telegraph, fondé à New-York, en 1852, par Charles Partridge et S.-B. Brittan, exista une dizaine d'années. C'était un excellent organe, où bien des hommes distingués, convertis dans ce temps, ne dédaignaient pas de signer leurs articles — tels que le gouverneur Tallmadge (du Wisconsin), Dr. Gray, Joell Tiffany (grand éditeur), Horace Greely (grand esprit et rédacteur du New-York Tribune), le professeur Denton (géologue distingué}, T.-G. Forster (célèbre orateur), le juge Edmonds (de la Cour Suprême de l'État), Dr. Dexter, les professeurs Bush, Hare et Mapes, Robert- Dale Owen (littérateur de premier ordre) Charles Linton (médium-auteur) L. J. Pardee (orateur) S. J. Finney (orateur et écrivain des plus classiques), l'Honorable Warren Chase (conférencier d'une grande originalité, et qui continue encore son œuvre). — Après la disparition du Spiritual Telegraph, A. J. Davis fonda le Herald of Progress,
Les grands événements font surgir les grands esprits. Il en fut ainsi à New-York et ailleurs aux Etats-Unis, dans ce temps, au sujet du spiritisme. Quelle pléiade d'hommes et de femmes distingués ! faisait valoir les mérites de la révolution qui s’opérait. L'année 1855, surtout, fut très fructueuse en ce sens. Ce fut alors que Mme Emma Hardinge-Britten, actrice anglaise, résidant alors à New-York, et qui devint ensuite la plus forte conférencière de nos jours — fut convertie. Cette dame distinguée continue encore ses travaux, ét publie depuis plusieurs années un journal spirite, hebdomadaire : The Two Worlds, Les Deux Mondes, à Man-
chester , (Angleterre). Elle est l’auteur de beaucoup d'ouvrages; son dernier : Modern American Spirituadism, grande et belle édition, illustrée de fines gravures, est un recueil précieux des grands faits du spiritisme qui ont eu lieu aux Etats-Unis.
Une autre conférencière des premiers jours, et dont les travaux ont été incessants jusqu'à présent. est Mme Cora L. V. Richmond. Elle débuta à l’âge de seize ans, et fut toujours la bien-aimée du public. Ses premiers mariages, néanmoins, furent malheureux. Elle porta successivement les noms de Scott, de Hatch, de Daniels; et sa quatrième union avec M. Richmond date de dix ou douze ans. Généralement, le sujet de ses conférences, faites à l'état de transe, est choisi par l'auditoire, séance tenante. Sa figure angélique, on peut le dire, devient d'une beauté transcendante parfois ; son style et sa diction — variant plus ou moins, selon les esprits qui l’inspirent — sont toujours d’une grande pureté. C'est ce que ses détracteurs même reconnaissent. Son charme principal est celui de la persuasion — par des images d’un caractère doux, simple et élégant à la fois. Poète spontané, ses vers sont recueillis partout comme une manne. Elle est le sentiment même, avec toutes ses délicatesses. Elle ne s’élève pas dans les hautes sphères métaphysiques, comme Mme Hardinge-Britten, mais elle sait plaire!
Je ne citerai ici que ces deux conférencières, qui jouent encore un grand rôle dans le mouvement spirile, car je dois ménager mon espace pour d'autres sujets.
Huit ou neufmois après mon initiation un esprit s’annonça à moi, directement, comme ayant été Mme Emile de Girardin. Je ne connaissais pas ce nom, et je dus m'informer pour savoir quelque chose sur son compte. — Décédée à Paris le 30 juin 1855, elle venait à moi en 1856. Cet esprit, que j’appelai durant vingt ans, mon « ange gardien » deviendra l'héroïne, en quelque sorte, du récit psycho-romanesque qui va suivre. J'eus d'elle, dès le commencement, beaucoup de communications qu'elle m'inspirait ou me dictait. Je lui parlais par la pensée {ce qui est le mode ordinaire pour communiquer avec les esprits) et je recevais auussitôt par le même moyen ses réponses. C’est de la téléphonie psychologique qui, plus tard, deviendra sur la terre un langage assez habituel. Le progrès le veut.
Ce genre de communication entre les êtres de deux mondes différents, en quelque sorte, n’est pas accessible à tous, dans l'âge où nous vivons. La sympathie est bien le fil conducteur, et, le désir ou la volonté sont les opérateurs ; maïs de là à une action facile, continue, agissant comme courant régulier — il y a toute une mer d'obstacles. Rien de beau, et de ce qu'on appelle le simple dans la nature, n'arrive que de longue main — à travers bien des insuccès. L'usage du fluide électrique, son application aux multiples besoins de l'humanité, est encore à l’état de problème, très diffi-
DELPHINE
GŒAY-DE