GIRARDIN
cile à résoudre. ]l en est de même pour le fluide magnétique, qui est supérieur au premier.
On verra plus tard pourquoi cet esprit qui — selon toutes les apparences extérieures, ce qui pour notre monde fait loi, — ne devait être qu'une étrangère pour moi — put, si tôt après sa mort, entrer si facilement dans mon atmosphère et se caser là comme chez elle. Je lui demandais un jour : — où et comment nous nous étions connus ?.. Elle me répondit :
« C’est dans le monde fluidique — à une fête — vous « me fûtes présenté! Le lendemain, j'allai auprès de « vous, pour la première fois. J'étais attirée, de plus « en plus à mesure que je venais. — Par quel défilé « historique, romanesque, se fait-il, que vous et moi. « séparés durant notre vie terrestre par une mer, nous « Soyons parvenus à nous rencontrer, à vivre dans une « même sphère d'action spirituelle? La pluralité « atteint l'unité, et sort de son sein; elle se voit par- « tout, en toute chose, et joue dans l'existence des « âmes des rôles tellement grands et étranges, que la « plupart des esprits sont incapables d’en rien com- « prendre. Vous avez, vous, je le sens, la clef de l'énigme « que je viens de présenter à vos yeux; et, mystérieux « que vous êtes — vous me laissez dans l'incertitude, « a courir après toutes espèces de suppositions, sans « pouvoir me fixer sur aucune. Le temps viendra où « vous me direz ces choses, de votre bouche même, « n'est-ce pas? Je tiens à connaître ce mystère, et à ce « que ce soit vous, et nul autre, qui me l'appreniez. » — Ce ne fut que bien des années après que je dévoilai ce secret — pour elle et pour moi en même temps. On verra comment.
Cette apparition brillante de Delphine (comme je la nommai toujours ensuite) dans l'atmosphère un peu
nuageuse alors — de mon début, servit sans doute à éclairer la route que je suivais. Mais d'autres esprits, même plus avancés, me fréquentaient : Swedenbourg, Franklin, Voltaire, Fénelon, Bossuet, le D° Rush (autrefois de Philadelphie) manifestaient de différentes manières leur présence auprès de moi — directement, en me parlant, et en agissant aussi par moi. Eux, et bien d’autres esprits de même ordre, ont puissamment contribué à déterminer l'avènement du spiritisme moderne, assure-t-on. Le monde fluidique, qui travaille pour nous, comme nous travaillons pour nos enfants, conçoit ses mesures, les coordonne et les applique — ce qui entraîne du temps et des efforts. Bien obtus sont ceux qui, aujourd'hui, ne peuvent pas voir l'immense révolution bienfaisante, que le spiritisme a produit dans notre monde.
Franklin me donna une nuit une manifestation assez extraordinaire, Venant de nous coucher, ma femme, subitement prise de frissons très forts, s'entrechoquait les dents et éprouvait des étouffements. J'offris de la magnétiser, mais elle ne voulut pas. Tout à coup je m'aperçus que le fluide s’échappait de tout mon corps, par étincelles, et se portait sur ma femme à mon côté. Cela me parut bien singulier, car je n'avais employé aucune volonté pour produire cet effet. Immédiatement, ma femme me dit : — que çà la piquait partout, et insista pour que je la laîissasse tranquille — en même temps; s'asseyant sur le lit, elle se mit à essuyer la sueur sur sa figure, se disant tout en nage, et tout à fait rétablie. Elle se recoucha ensuite. Je me dis alors que cela devait être dû à quelque esprit, et j'ajoutai : — mais cela ne l’endormira pas ?... — « Non! me répondit une voix mystérieuse ; mais un autre va venir et l’endormira! » et aussitôt je pus voir, bien distinctement, au pied du
D à tie
lit, la figure d'un Indien (esprit indien) qui me dit qui il était, et disparut. Alors arriva ce qui suit. Je sentis sur le sommet de la tête une pression bien évidente, qui se répandit magnétiquement par tout mon être, en un clin d'œil. Cette influence s'échappa immédiatement de moi, tout le long de mon corps, sous la forme d'une nappe, qui, par trois fois — ainsi que je le vis — enveloppa toute la personne de ma femme. Et la chose dite par l'Indien, était en effet faite. Ma femme était endormie, d'un sommeil profond. Je l'appelai, je la secouai, mais rien n'y fit ; elleétait devenue tout à coup insensible. Il me restait à voir celui qui venait d'opérer ce tour de main mystérieux. Je n'eus pas à attendre, car aussitôt j'aperçus — mes yeux bien ouverts — sur le côté du lit où se trouvait ma femme, la belle et tranquille figure de Franklin, en corps entier. La pleine lumière d'un réverbère de la rue, qui donnait dans notre chambre, directement sur le lit, l'éclairait posilivement, Cet esprit resta là, souriant, me permettant une bonne et longue inspection de sa personne, et finalement il disparut. Je tâchai de lui parler, pendant qu'il était là, mais je ne le pus pas. — Ma femme, dans
| tout cet acte intéressant, n’y avait rien vu; mais elle
déclara le lendemain, qu'il s'était passé quelque chose d'extraordinaire, qu’elle ne pouvait ni détailler, ni comprendre.
Une après-midi, vers trois heures, étant seul dans ma chambre je me jetai sur un canapé pour faire la sieste, quand tout à coup, à un pas de moi, surgit une apparition d'enfant. C'était tout simplement Emma, une de mes filles, qui, ne vécut que huit jours, et qui trois ans après cet événement se montrait ainsi. L'apparilion avait tout à fait le caractère de la tangibilité à mes yeux ouverts et éveillés. Je me crus d’abord hallu-
ciné, et, par trois fois, je fermai les yeux, croyant ainsi dissiper cette image dans mon cerveau; mais chaque fois je voyais la même chose. Je conclus que c'était bien réel ou objectif. Cette enfant me souriait tranquillement; ses pieds reposaient sur un petit nuage à une trentaine de centimètres du plancher. Je remarquai parli"ulièrement sa toilette légère, où le blanc et le rose guraient. Cette matérialisation, bien tangible à mes yeux, dura au moins cinq minutes, et la disparition eut lieu graduellement --- le blanc et le rose de la robe se mêlant fantastiquement, présenta un jeu kaléidoscopique ravissant. Par la clairvoyance depuis, j'ai pu voir cette enfant, ainsi que les autres, grandir, avec le temps : checun conservant son sexe respectif — chacun avec des aptitudes différentes se livrant à des études dissemblables. Mais, quant à Emma, ilya une couple d'années, dans une séance à Boston, elle se matérialisa et me parla longuement en dehors du cabinet, puis, sans préambule, elle fit allusion à la visite qu'elle m'avait faite, étant petite fille, dit-elle.
Vers le même temps j'eus une autre preuve, dans des circonstances analogues. Je voyais le ciel, malgré le toit de la maison, en bleu et en blanc, avec des nuages diaphanes -— et une femme avec un bébé dans ses bras qui s'élevait ou glissait tranquillement dans ses hauteurs. Je demandai mentalement ce que cela signifait. On me répondit : — « Tu le sauras bientôt! » En effet, mon enfant, Charles, né le 10 février 1858, mourait presque subitement le 1? juillet, de la même année, quinze jours après cet averlisserient.
Mais le fait qui suit arriva aussi inopinément que les autres, et fut de nature à m'impressionner au delà de toute expression — car il était bien nouveau pour moi. C'était la nuit, et j'étais occupé à lire ou à écrire,
quand je vis Delphine arriver auprès de moi avec un fardeau dans ses bras, qu'elle déposa à mes pieds. Je ne vis pas tout de suite ce que c'était, mais je m'apereus bientôt que cela avait une forme humaine. Je compris alors ce qu'on voulait de moi. C'était de — dématérialiser cet esprit malheureux qui portait le nom d'Alfred de Musset ! Et, ce qui confirmait pour moi cette version, c'ést que Delphine s'était sauvée avec hâte, après avoir rempli sa besogne, comme si elle craignait d'assister à l'opération. Je devais être en ce moment dans une situation favorable pour faire ce qu'on attendait de moi; mais, je ne sais pourquoi, je doutais de moi, et je ne voulais pas entreprendre la tâche. Le sujet était à mes pieds, dans une espèce de somnolence, et je le regardais en hochant Ja tête, comme pris moi-même dans un piège. J'allais refuser d'agir, lorsque tout à coup un grand esprit se montra
à côté de moi et me dit distinctement : — « Procédez, frère; nous vous aiderons! » — Ce grand esprit Ctait
celui qui, sur terre et pour un très grand nombre dans l’autre monde, est connu sous le nom de Jésus de Nazareth. C'était la première fois (à ma connaissance extérieure) que je le voyais. Mais je n'en paraissais pas étonné, comme si réellement s1 personne m'était familière.
Pour renseigner les lecteurs, je dois d'abord dire, que les vices sont considérés dans l’autre monde, par les csprits un peu éclairés, comme des sraladies, et que ces maladies sont traitées de diverses manières, suivant les cas — quelquefois par des opérations très pénibles à endurer. Et, le cas présent, était un de ces derniers; c'est pourquoi je ne tenais guère à l'entreprendre, mais le devoir m'obligeait, et je ne devais pas reculer. C'est ce que je compris dans ma conscience
comme esprit clairvoyant. De plus, mon grand interlocuteur était là, je le sentais, sans néanmoins le voir comme lorsqu'il me parla — prêt à seconder mes efforts. Je me décidai donc. L'opération consistait à enlever de la forme entiere de l'esprit une sorte d’épiderme, qui se reliait à l'intérieur de l'organisme par toute espèce de fibres ou d'attaches — ou de l’écorcher, enfin — ce que je fis avec sang-froid, en commençant par la tête, malgré les cris perçants et les convulsions violentes du patient, que j'entendais et que je voyais assurément, mais sans en tenir compte. Il y a opérateur et opérateur, dans les cas spirituels, comme dans les cas matériels ; et il s'agissait ici d’être habile. Le résullat, comme on le verra plus loin, fut satisfaisant.
Si à beaucoup d'entre vous, lecteurs, on disait, que vous rendez aussi des services de ce genre à vos semblables, durant votre sommeil surtout, quand vos esprits se dégagent plus ou moins de la matière — vous souririez peut-être d'incrédulité — mais cela n’empêcherait pas le fait d’être vrai. Donc, l'incrédulité ne signifie rien, n'arrête rien.
Le lendemain Delphine arriva pour me parler de son protégé, et elle m’annonça, qu'après avoir prodigué à ma victime tous les soins voulus pour la remettre des effets de la terrible opération que je lui avais fait subir, les amis avaient organisé un « festin de païen » pour célébrer sa délivrance; et, elle ajouta : — « vous serez une dizaine d'années sans le voir — car il est parti pour ce temps en mission. » — J'abrège ce compte rendu; mais on verra plus tard comment le grand poète appréciait le service que nous lui avions rendu.
Vers le même temps mourait à Montréal un millionnaire réputé homme de bien. Je ne le connaissais pas, mais on se servit encore de moi, de l’autre côté, pour
mois
délivrer l'esprit de cet homme, décédé près de chez moi. Je vis en me couchant, que cet esprit était comme paralysé et qu'il flottait dans l'air, à peu de distance au-dessus de la maison où son enveloppe matérielle se trouvait encore. J’exprimai mon étonnement aux invisibles qui me faisaient voir ce tableau. Je ne comprenais pas comment un homme de bien pouvait se trouver dans cet état après son décès — et je voulais en savoir la raison. On me répondit : « d'agir, et qu'on contenterait ensuite ma curiosité. » J'étais parfaitement éveillé, ce qui ne m'empêcha pas de voir mon double spirituel ou mon esprit, sortir de mon corps et aller auprès de la forme inerte qui planait horizontalement dans l'air, et d'une main assurée enlever de ce corps une espèce de suaire qui y adhérait comme un faux épiderme. Ainsi dégagé l'esprit s’éleva aussitôt et disparut. — Maintenant, dis-je, à mes guides : — quel est le secret? — Ils me répondirent en ces termes : — «M.S. était en effet un excellent homme, mais dans les dernières années de sa vie ici-bas, il avait la mauvaise habitude, la nuit venue, de s’enivrer! » Cette révélation me surprit beaucoup, et, je dois avouer que, pendant plusieurs années, je doutai de son exactitude. Un jour arriva, néanmoins, où la confirmation de ce fait se fit entièrement. Un homme qui, avait eu durant bien des années des relations d'affaires avec le décédé, et qui le connaissait bien, m'avoua que le fait cité par les esprits était vrai — et il m’expliqua comment il se faisait que M.S. dans un moment d'abattement et d'ennui, avait eu la malencontreuse idée de chercher à noyer ainsi son chagrin, et à prendre ensuite une habitude dont il n'avait pu se débarrasser.
Une autre expérience, à peu près analogue à celle-là, m'arriva quelques années après. Deux prêtresirlandais
avaient trouvé la mort dans l'incendie d’un l'hôtel de campagne où ils passaient la nuit. C'était dans un village, nommé Sault-aux-Récollets, à deux lieues à peu près de Montréal, Les cadavres furent trouvés calcinés le lendemain de l'incendie. L'un de ces prêtres qui, desservait une des paroisses irlandaises de Montréal, élait renommé pour son éloquence, son esprit libéral et ses qualités sociables; les protestants même l'estimaient beaucoup. L'autre, arrivé d'Irlande depuis peu de temps, était l'ami intime du premier; ils étaient liés d'enfance et ils avaient fait leurs études au même collège. Jeunes encore tous les deux, et se rencontrant après des années de séparation, ils s'étaient attardés dans l'hôtel où ils se trouvaient, causant, fumant et buvant un peu — trop, peut-être, vu l'excitation et la joie dans laquelleils se complaisaient — ce qui fit que, quand l'incendie se déclara, étant couchés, ils ne purent se sauver; leurs cerveaux troublés par la boisson (dont ils ne faisaient pas un usage habituel) les empècha d’avoir le sang-froid voulu au moment du danger.
De toute cette histoire et de ses détails je ne savais que ceci : c'est que deux prêtres avaient été brûlés la veille dans l'incendie de l'hôtel au Sault-aux-Récollets. Et, comme cette paroisse est tout à fait franco-canadienne, j'avais conclu que les deux prêtres en question devaient être de cette nationalité.
Done, le lendemain soir de ce triste événement,.étant couché depuis quelques instants à peine, mon esprit s'élança tout à coup en dehors de son intime matériel, et se trouva en un clin d'œil aulieu même du sinistre, dont je viens de parler. J'étais tou à fait éveillé, et je me voyais très bien aux deux endroits différents en même temps. Je vis mon esprit s'arrêter un peu auprès de l'hôtel incendié et contempler les charbons en tas
es 9e
épais et épars çà et là, sur la neige (car c'était en hiver) et glisser soudainement à gauche vers un bouquet d'arbres plus loin, près de la rivière. Je m'entendis alors apostrophant en anglais (ce qui surprit beaucoup mon moi dans le lit) deux formes humaines qui se trouvaient là debout, à quelque distance l'une de l'autre, et qui semblaient pétrifiées — leur disant, de « sortir de là! de suivre la lumière! » — laquelle, ayant l'apparence d'une étoile, se manifesta aussitôt à leurs yeux et aux miens en même temps — à mes quatre yeux ! Les deux hommes ou esprits, réveillés de leur torpeur à mon commandement sec et bref, s'empressèrent d'obéir et de disparaître, Et je rentrai chez moi, ou en moi, assez content de ce que je venais de faire. — Ce qui intriguait, néanmoins, mon moi extérieur, c'était d'avoir entendu l'autre, mon moi intérieur ou mon esprit, adresser la parole aux deux esprits en anglais, au lieu de le faire en français — tellement. j'étais sous l'imprêssion première. L'intérieur a toujours une valeur plus forte que l'extérieur. Ge fait le prouve bien.
L'enseignement — c'est qu'on subit après sa mort les conséquences de sa vie terrestre, un plus ou moins long temps, suivant le cas. Les uns, dans leur ignorance, appellent cela une punition, les autres, en petit nombre, voient ou comprennent autrement — et reconnaissent philosophiquement — qu'il n'y a dans la nature entière, que causes et effets — ce qui exclut complètement l'idée d'une direction vengeresse !
Il y a beaucoup d'êtres qui, après leur trépas, restent dans un état léthargique, d'inconscience — même pendant des années, — d’autres qui ne se rendent pas compte du changement qu'ils ont subi, mais se croient encore à l’état matériel. D'autres, entourés de nuages
épais, dans lesquels ils se sont enveloppés durant leur vie terrestre, tout en étant éveillés, ne voient rien autre chose qu’eux-mêmes et le tableau sombre de leur vie. D'autres, encore, et ce sont les pires, sont attirés et retenus dans des antres peuplés d'êtres misérables, vicieux, noirs et repoussants, qui font subir anx derniers venus toute espèce de tyrannies. Et le séjour des apathiques, des égoïstes, des vains, etc., est en rapport avec leur état. La solidarité, ou la fraternité de tous les êtres, oblige les supérieurs de venir en aide aux inférieurs, (au point de vue moral), surtout lorsque ces derniers réclament du secours, ou sont prêts à s’aider eux-mêmes — alors un changement s’établit pour chacun des misérables. Le proverbe : « Aide-toi, le ciel t'aidera ! »est applicable dans l’autre monde comme dans celui-ci. Le progrès — qui se manifeste partout,est le résultat de l’action de chacun vers le bien et le mieux — et personne, nulle part, ne peut s’exempter de cette action, de ce travail ; tôt ou tard,chacun l'accomplit — le plus « vil» comme le plus pur. L'être éclairé, bon et sage, a monté du bas de l'échelle! Donc, le beau n'est que le produit du laid. Donc, les démons les plus noirs sont des anges en germe. Ce n’est, en toute vérité, que le temps, ou la nécessité et l'opportunité, qui les transforment en les utilisant au profit de tous. La nature a son grand laboratoire où toutes choses servent à de bonnes fins. Delphine me signalait un jour les faits relatés plus haut, et d'autres encore, pour me montrer que j'avais tort de croire que mon existence était vide, ou que je ne servais pas à grand'chose — Et elle disait, que durant le sommeil mon esprit accomplissait beaucoup de travaux utiles. Elle et d'autres esprits me firent directement cette révélation : — Que ma mission était plu-
tôt spirituelle que matérielle; mais qu'ayant, avec d'autres, à déterminer des révolutions nécessaires dans le monde fluidique — par l'action de certaines classes d'esprits peu avancés -— j'avais choisi le poste de la terre comme étant une position plus avantageuse pour commander ces masses turbulentes qui affectionnent tout ce qui est terrestre. — Le principal but de ma mission étant de miner et de restreindre l'autorité cléricale dans l’autre monde {et par contre-coup dans celui-ci) et possédant toutes les attributions de la matérialité, je devenais investi par là même, aux yeux de ces masses grossières, du prestige nécessaire pour exercer sur elles l'autorité voulue, bien plus que si mon périsprit n'avait que l'apparence et les qualités fluidiques.
Ce dévoilement d'une partie de l'organisation de l’autre monde — où les êtres sont aussi humains qu'ici — ce coup d'œil sur les faits et gestes de ses populations, en ce qui concerne le mode usité pour produire là l'avancement social — semblera chose fantastique. Les connaissances qu'on à sur la terre des sphères fluidiques — de cette source immédiate de notre monde, qui sert à le faire vivre, à le faire progresser — sont si limitées, que c’est à peine si l’on croit à leur existence. C’est une conséquence de la foi — qui diminue en intensité à mesure qu'elle vieillit et qui demande à être remplacée par celle qu'elle avait déplacée : — l’érudition mythologique ! Comme toutes les théories, tous les systèmes, ne sont, après tout, qu’une renaissance d'idées — autrefois à la mode — il est logique que les notions, si pratiques des anciens, redeviennent acceptables, populaires. Fondues dans le creuset des nouveaux siècles elles perdront leurs sco-
ries et brilleront d'un éclat pur, en rapport avec l'avancement des temps modernes.
Afin d'étayer la révélation faite à mon sujet, je crois devoir citer Delphine qui me faisait écrire un jour :
« Quand, dimanche dernier, à Toronto (Canada) vous vites arriver dans votre chambre d'hôtel cet envoyé des sphères ecclésiastiques de notre monde, dont le front était vaste et rempli d'intelligence forte et froide, ne comprites-vous pas tout de suite le but de cette visite, avant même que ce grand personnage n’eût ouvert les lèvres ? Comment se fait-il que vous connaissiez ce haut dignitaire? Comment tous les plis et replis de son caractère, de sa pensée, n'échappaient-ils pas à votre regard ? Vous l'invitâtes, néanmoins, à présenter verbalement le motif de sa visite, comme si vous n'en connaissiez rien. Ce grand représentant d'une classe considérable de notre sphère, s'exécuta aussitôt d'une manière claire, franche et ouverte. Il reconnut, n'est-ce pas ? sans ambiguïté, que vous teniez en main les fils, qui ont déjà mis en mouvement des masses énormes de notre monde pour une révolution terrible. Il vous le dit en toute leltre, avec un air très sérieux, ne témoignant aucun doute à cet égard. — Il vous demanda, jusqu'à quel point le cataclysme devait s’étendre? et sans chercher à vous apitoyer par des représentations oiseuses de novice ou de basse diplomatie, cet envoyé extraordinaire de la classe ecclésiastique la plus influente, en quelque sorte, de notre monde et du vôtre, s'enquit des dispositions générales du plan de ladite révolution, et de son action particulière sur le grand corps qu'il représentait. Comme si vous ne redoutiez aucune espèce de résistance à l'exécution des vues et des décrets que vous représentiez d'autre part, vous fites un relevé succinct et clair de la position
sociale des deux mondes, et de la nécessité de certaines mesures pour produire dans les deux un élat compatible avec l'intérêt de tous, suivant les vues de la haute sagesse. Vous lui annonçâtes clairement, que son corps aurait à subir une grande transformation, et que de fond en comble, ses temples, avec leurs cérémonies délétères et leurs pratiques souvent criminelles — seraient renversés. L’envoyé semblait s'attendre à cette exposition, car il est, de fait, au-dessus de sa classe, et ne se trouve là qu’en vertu de dispositions prises antérieurement par les sphères supérieures, en vue de l'événement actuel.
« Durant cette entrevue, qui fut assez longue — eûtes-vous un seul instant de faiblesse ou de doute ?.… Non! — Vous sembliez résumer en vous l'autorité et la capacité. Vous étiez enfin, à la hauteur de la situalion qu’on vous assigne, qu'on vous reconnaît. Aucun voile ne venait s'interposer entre vous et la face immensément mystérieuse de la destinée. Cet état, appelé anormal, sous lequel je vous vois souvent, sort de votre personne à l'instar des rayons du soleil, et fait que le corps, d’où cet état se produit, disparaît presque à ma vue. C'est merveilleux ; mais c'est vrai !
« Croyez-vous, par hasard, que toute mon intelligence, mes sentiments les plns élevés, se prosterneraient en vous avec tant de dévotion, d'admiration et de complet embrassement, comme cela est, si vous étiez autrement que vous êtes? Celle que vous trouvez : « si belle, si bonne, » connait son monde: elle cherche en effet — le beau et le bien — et quand elle trouve l’un ou l’autre, même dans la fange, elle ne craint pas de salir ses doigts littéraires et délicats pour s'en emparer et les faire valoir. Depuis longtemps vous me connaissez — vous m'enveloppez de vos vastes plis,
où les sentiments les plus purs existent et s'accusent sous les couleurs les plus tendres, les plus belles — et c'est dans cette atmosphère que je me complais, plus que partout ailleurs. Les vulgaires enfants de la nature nommeraient cette explosion constante en moi — une déclaration d'amour ! Hélas! comme il faut vivre beaucoup et traverser de nombreuses existences pour apprendre à distinguer les limites qui séparent les sentiments entre eux,et les degrés que chacun d'eux comportent voilés dans leur sein. »
Delphine, dans ce qui précède, me fait poser — tandis que dans les premiers temps j'étais « remorqué, » par elle, comme elle disait, et j'aimais ce rôle. Le fait est, que j'ai enduré pendant plusieurs années des assauts de la part des esprits,avant d'admettre que ma position dans l'autre monde était celle d'un chef. Je résistai à ce qu'on me disait, à ce que je voyais — croyant sincèrement que l'amour propre en était le moteur actif ; mais contre des preuves d'évidence accumulées, venant de toutes parts, S'enchaïnant si bien les unes aux autres — il fallut me résigner à reconnaitre, à accepter ce que je ne désirais nullement. « Je suis vilain, et bien vilain, » comme a dit Béranger. et, ma foi, assez content Je l'être, je ne désirais pas plus que cela là-haut.
« Chacun son tour, » partout, est de bonne justice. Dans l’autre monde c'est l'expérience qui fait la valeur d’un esprit, cette expérience est le résultat de l'age de l'esprit, dans un certain sens. Les esprits n’ont pas d'âge, dans l'acception ordinaire ; mais la durée de cette condition d'esprit — ayant pour point de départ la condition d'âme — ou le grand nombre de réincarnations dans les deux sphères, fluidiques et matérielles, où chacun doit passer par tous les degrés — fait que
chacun a son tour pour arriver à l'état d'expérience complète. Je répète ici cette leçon, car on ne saurait trop réfiéchir sur ce point de vue important.
Entraîné dans le tourbillon de l’expérimentation et avide de connaître les phases nouvelles, j'allais souvent à New-York pour voir les célèbres médiums qui y demeuraient ou y venaient donner des séances. L'un d'eux, nommé J.-B. Conklin, était remarquable par la spontanéité des communications qui étaient données par son entremise ; le plus souvent les esprits le faisajentécrire à l'envers, à la course, de longs messages, remplis de détails, et signaient en toutes lettres leurs noms et prénoms — soulevant de terre en même temps la table et frappant des coups dessus pour exprimer leur joie. Mile Sarah Irish, médium de même genre, était très courue aussi ; chez elle les coups frappés, au gré des visiteurs, n'importe où, étaient souvent si forts que les spectateurs nouveaux en sautaient de surprise et de crainte. Georges Redman, médium à effets physiques, obtenait des matérialisations partielles ou entières ; ses séances étaient vraiment remarquables — et il servit à convaincre un grand nombre d'incrédules. Rollin Squire donnait à peu près les mêmes phénomènes; et D.-D. Home, nouveau médium alors, obtenait déjà des manifestations merveilleuses, telles que d'être élevé horizontalement et de flotter dans l'air — lequel fait et d'autres il produisit après en Europe. Ce genre de manifestation avait lieu alors {en 1858) par un bon nombre d'autres médiums, féminins et masculins; l'un de ces derniers était Henry J. Gordon, cité par Home dans ses mémoires, et chez qui, bien des années après, j'eus beaucoup et d'excellentes séances de matérialisation, à Philadelphie. Mme Kellogg, mère de la prima donna américaine, donnait de
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bonnes preuves par l'écriture et sa clairvoyance était d'une grande portée.
Le Maitre de Poste des Esprits, comme on a toujours nommé J. V. Mansfield, qui pratique encore sa médiumnité à New-York, malgré son âge avancé, fut un des médiums célèbres. es premiers temps, et, chose assez remarquable, ses capacités n'ont pas baissé.Doué au physique d'une belle figure classique, sa personne impose non seulement par ses grandes et belles proportions, mais son port et l'expression de ses traits respirent quelque chose de majestueux. C'est le patriarche des médiums américains. Sa réputation est grande et elle est bien méritée. Son titre de Maître de Poste des esprits vient de son genre principal de médiumnité, qui consiste à répondre aux lettres cachetées et même cousues à la mécanique, qui lui sont envoyées de partout ou à celles qu’on lui apporte. Après les avoir simplement touchées, sa main est mise en mouvement par ses esprits-guides, et même dans des langues étrangères ces derniers lui font écrire des communications qui répondent parfaitement au contenu invisible desdites lettres. Deux incrédules de New-York, pensant pouvoir le mettre au pied du mur, firent écrire en chinois une lettre adressée au père décédé de l'écrivain, enfant du « Céleste Empire. » Avec cette lettre bien enveloppée, scellée, et ne portant aucune adresse, ces deux joyeux compères se rendirent chez Mansfield, en plein jour, et demandèrent une séance, qui leur fut accordée tout de suite. Sans rien dire ils déposèrent eur lettre sur la table et attendirent le résultat. Le médium, après avoir touché l'enveloppe, se mit à griffonner rapidement sur du papier, et ayant fini, donna la lettre ct les feuillets aux visiteurs qui partirent en grande hâte pour aller trouver le Chinois, leur allié.
Stupéfait., ils apprirent alors que les caractères tracés par Mansfield étaient bien chinois, et que le tout répondait parfaitement au contenu de la lettre. Le Chinois ajouta :— « Mon père a signé et il fait allusion à une chose tout à fait étrangère à ma lettre, doni je ne lui parlais pas : — il me donne le nom d'une de mes cousines, habitant la Chine, et il m'annonce (ce que je ne sais pas) qu'elle est morte depuis mon départ du pays !» Ce fait fut publié par les deux... convertis. On a eu recours à toute sorte d'expédients Yankees pour mettre ce médiuin en défaut — sans y réussir. Les journaux et les revues, même adversaires, ont raconté sur son compte des centaines de faits aussi surprenants que celui-là.
La première fois que j'allai chez ce médium pour avoir une séance, en 1858, Franklin, qui me fréquentait beaucoup alors, me réprimanda avant de monter l'escalier — me disant que j'avais tort de jeter mon argent à l’eau, que lui et les autres, pouvaient me renseigner sur ce que je voulais savoir ! C'était bien encore l’esprit d'autrefois, qui a dit : — « Ayez soin des sous, et les dollars auront soin d'eux-mêmes. » —Les séances de Mansfield coûtaient cher dans ce temps— cinq dollars l'heure — c'est pourquoi mon guide économe, économiste et philosophe venait ainsi me faire la leçon. Je n'en montai pas moins et j'eus une séance, seulement elle me coûla cher — sept dollars, soit 35 francs — car javais passé l'heure de vingt minutes sans m'en apercevoir. Néanmoins, Mansfield me dit, comme influencé lui-même par mon ami invisible, que je ne devrais pas dépenser mon argent ainsi — car il s'était aperçu durant la séance que je recevais aussi vite que lui les réponses attendues — ce qui témoignait qu'il était honnête, malgré son amour pour les dollars. Ce trait peint
l'homme en entier. Malgré le flux abondant, en espèces, qui a presque toujours déferlé sur ce médium — fl n'est pas riche. Et c'est le cas pour la plupart des autres — comme pour les artistes.
Une Mme french, attirait dans le même temps, un grand nombre d'investigateurs, par les manifestations surprenantes qui avaient lieu par son intermédiaire. Durant tout un hiver ses séances de nuit furent très fréquentées. Les visiteurs apportaient des feuilles de papier, bien marquées par eux, lesquelles prises par le médium et humectées par lui au moyen d'un linge mouillé, étaient ensuite roulées et remises à leurs propriétaires. Au bout de cinq, dix ou vingt secondes Mme French donnait le signal d'ouvrir la feuille de papier,et alors le visiteur y trouvait à l'intérieur du papier des dessins, très bien exécutés, de ce qu'il avait demandé mentalement, assez souvent en couleurs vives. D'autres fois on déposait le papier sous un canapé ou un meuble quelconque, dans la chambre, avec des crayons ou des couleurs et pinceaux, placés dans une assiette — et on pouvait entendre les artistes invisibles se mettant à l’œuvre et frappant les bords de l'assiette avec les instruments dont ils se servaient pour dessiner et peindre. C'était merveilleux !
Je connus beaucoup aussi un autre médium, Charles Foster, qui exerça longtemps des dons très remarquables, avec une facilité d'exécution qui tenait du prodige. Il avait presque tous les genres de médiumnité, et au besoin les esprits s’en servaient de toutes les manières, à leur gré. Un peu bohême dans ses habitudes, menant la vie à grandes guides, il finit tristement, il y a quelques années, dans un asile d'aliénés ; ses excès, et non sa médiumnité, le conduisirent là. Foster nommait sur-le-champ, en toutes lettres, les
esprits qui accompagnaient ses visiteurs, et de plus, il obtenait d'eux des autographes, directement, en un clin d'œil. Les esprits imprimaient aussi sur son bras, en caractères soulevés, leurs noms, la date deleur naïssance et celle de leur mort. Ces caractères en relief, ne pouvaient être effacés par le frottement de la main — is ils disparaissaient graduellement, sans laisser de trace sur la peau. C'est ce phénomène surtout produit spontanément, en tous lieux, qui bouleversait les sceptiques et les confondait. l'oster ne fut pas le seul médium doué de cette faculté ; et même il y en à encore aux Etats-Unis qui obtiennent ce curieux fait psychique.
L'expérience prouve que la médiumnité use vite la santé des médiums, en général. S'adonnant trop aux séances, dans le but de gagner de l'argent, ou ne prenant pas assez de repos et de distractions, ils s’épuisent dans l'espace de cinq à dix ans, et assez rarement après ils redeviennent ce qu'ils étaient. Les médiums à matérialisation surtout sont ceux qui s'affaiblissent le plus vite. Vient ensuite la médiumnité de l'écriture ou des dessins directs sur ardoise ou autrement — ce qui cause une grande déperdition du fluide vital du médium. |
En 1860 et 1864 les frères Davenport donnèrent des séances publiques à Montréal, dans une salle qui contenait au moins 2.000 personnes, et qui fut remplie de monde chaque soirée. On à dénigré ces médiums, en Europe surtout, où ils sont venus en missionnaires pour faire connaître le côté expérimental du spiritisme ; à Londres et à Paris on se porta contre eux à des voies de fait, d'une façon brutale, prétendant qu'ils n'étaient que des imposteurs. Ces accusations étaient injustes, car ayant aidé à fixer leur cabinet en place,
et en connaissant toutes les parties, je sais que ce meuble n'avait rien de louche. Les manifestations qu'ils produisaient étaient puissantes et de nature à éveiller l'attentior des gens de honne foi. Leurs séances dans l'obscurité complète, qu'ils donnaient après chaque séance publique, à un petit nombre, de vingt à trente personnes, étaient très intéressantes. J'y assistai une fois avec une de mes filles, âgée alors de sept ans. Les instruments de musique circulaient rapidement dans l'air, au-dessus de nos têtes, et produisaient des accords plus ou moins harmonieux, quand inopinément mon fils-esprit, Henry, vint me dire à l'oreille qu'il allait apporter le tambour de basque sur la tête de Ninie, sa sœur, qui était assise à côté de moi. J'en avertis ma petite fille afin de la rassurer. Au bout d'un instant, en effet, cet instrument était placé là. Ensuite Henry m'annonça qu'il allait pincer sa sœur à la cuisse gauche — ce qu'il fit. Ces deux faits, annoncés d'avance, étaient certainement péremptoires. Je passe sous silence les autres expériences pour abréger mon récit.
Etant d'un tempérament positif, ma médiumnité se ressentait nécessairement de cette condition défavorable aux expériences qui exigent de la passivité. Voyant le peu de progrès que je faisais comme médium dessinateur, je cessai d'agir comme Lel durant l'espace de onze ans.
Dans la Revue Spirite, publiée à Paris, par Allan Kardec, ce grand vulgarisateur de la doctrine spirite en France, avec qui j'étais en correspondance — j'avais admiré des articles signés Jobard. J'entrai en relation avec ce spirituel savant qui tait alors directeur du Musée Royal, à Bruxelles (Belgique). Nous échangeâmes deux lettres, et voici ce qui arriva au moment où j'écrivais la seconde. Delphine vint me souffler de garder la quatrième page pour elle, pour sa dictée. En effet, ce charmant esprit s'adressant à cet autre, me fit écrire une boutade ruisselante de bonne humeur et de pointes fines, qui remplit entièrement la quatrième page de ma lettre. Ceci arriva vers le 12 octobre 1861. Le 27, ou quinze jours après, venant de me coucher, j'aperçus au pied de mon lit un esprit maseulin qui, sans vêtement aucun, semblait en proie à un coup d'apoplexie. — Je ne savais que penser de ce tableau ou de cette apparition, quand, subitement, en disparaissant, cet esprit me cria le nom de — Johard! Je me dis aussitôt : — Jobard est mort ! Le lendemain cet esprit vint me dire, directement, mais sans se montrer: — « En effet, je suis snort — grâce à vous! C'est vous qui m'avez tué, et je viens vous en remercier ! » Je ne savais que penser de cette communication d'outre-tombe, et ne voulant pas endosser la responsabilité du fait, de cette accusation, je m'écriai
— Mais comment ? Alors il me répondit en substance ceci : — Qu'ayant reçu ma dernière lettre au moment où il venait de finir un copieux dîner, il s'étail. tellement intéressé à sa lecture, qu'il ne sentit pas venir le coup qui allait le Lerrasser, — mais tomba subitement dans l'autre monde ! C'était probablement la quatrième page qui lui avait porté le coup de grâce. Bientôt après les journaux confirmèrent cette mort — arrivée par l'apoplexie à la date dite plus haut — seulement, ce que je viens de raconter resta lettre close. On verra reparaître cet esprit plus loin, dans des phases très intéressantes. i
J'étais aussi en correspondance avee William Howitt de Londres (Angleterre), célèbre écrivain, converti au spiritisme. Un jour, en 1863, un esprit, se disant son fils, me demanda directement d'écrire à son père et de lui annoncer qu'il était mort, depuis peu, dans la Nouvelle-Zélande, en traversant un lac en canot, Et, il ajouta, qu'il travaillait, depuis cet événement, avec d'autres esprits ingénieurs, à la pose du (premier) càble télégraphique transatlantique. Le fait était exact, ainsi que le père me l'écrivit ensuite.
Durant un voyage que je fis dans l'Ouest, je vis une nuit, à côté de mon lit, un esprit féminin qui était roulé sur lui-même, et me regardait avec des grands yeux noirs éclatants. Cette femme se faisait mon chien; elle en prenait la position, et ne demandait rien de mieux. Je voyais dans son regard une adoration profonde, une abnégation d'elle-même sans égale, et un bonheur concentré, complet. Il y avait quelque chose de farouche, néanmoins, dans cet être qui me dévorait de ses yeux. Moins qu'une femme et plus qu'une femme! Voilà l'impression qu'elle me causait. D'où venait-elle ?
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C'était la première fois que je la voyais, et je sentais aussi qu'elle ne demandait rien — rien que de me regarder, et de se savoir vue dans cette position. On verra plus loin que cette femme était un mystère, un grand et beau mystère.
La condensation du périsprit ou de la forme de l'esprit, jusqu'à l'état matériel ou concret, là où l'esprit devient alors visible et tangible pour tous les assistants indistinctement, est une de ces phases phénoménales qui intéressent généralement au plus haut point les investigateurs du spiritisme. Un fait est un fait, et contre celui de la matérialisation d’un être, qui n'était pas là l'instant avant, et qui se manifeste aux sens, de toute manière, comme un mortel qui n'a pas changé d'état, et qui est vêtu comme lui — cela est un de ces faits patents que tout le monde peut voir, si on se donne la peine d'aller aux cercles, chez des médiums, par l'entremise de qui ces phénomènes se produisent. Le cabinet, comme la chambre obscure dans l'instrument photographique, sert à l'action chimique employée par les invisibles pour se rendre visibles. Ce petit meuble peut être examiné de fond en comble: il peut être déplacé, défait; et souvent les sceptiques ne «e gônent pas de recourir à ces moyens. Quant à moi, je n'ai jamais cherché à mettre ainsi en suspicion l'honnèteté d'aucun médium — me contentant d'examiner plutôt les formes qui venaient à moi, de les recevoir de bonne foi, de les écouter parler, quand ils pouvaient le faire, de les questionner mentalement ou verbalement, quitte ensuite à Lirer mes conclusions. Et, je dois dire, que cette manière de faire m'a toujours bien réussi.
Comme dans l’ordre scientifique, les phénomènes psychiques exigent des conditions; celle du cabinet
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sert à concentrer les fluides dont les esprits se servent pour se manifester matériellement. Ils peuvent se manifester et ils le font assez souvent — sans cabinets — en arrière d’un rideau, placé n'importe où, comme on 1e verra plus loin, et même sans cela — dansune pièce un peu obscurcie. Je ne prétends pas, néanmoins, que les médiums soient impeccables, ou même que les esprits qui les contrôlent soient tels non plus ; mais en somme l'évidence des preuves fournie par eux est certes propre à convaincre tout homme et toute femme de bonne foi. Ge qui doit être sera: c'est mon opinion. Si la réceptivité existe en quelqu'un il y aura moisson, autrement non.C'est pourquoi, il vaut mieux ne pas s'occuper de ce qui ne nous attire pas fortement, C'est l’intérieur de soi-même, sa conscience, qui doit être consultée, et non pas la fantaisie du moment. Il faut des négateurs dans la société, comme du zinc dans une batterie! ils sont aussi utiles que les autres, que ceux qui voient clairement et sûrement. Je ne suis donc pas pessimiste.
On dispute, on nie l'identité des esprits auteurs, lorsqu'ils donnent des communications qui se trouvent être au niveau du médium, ou des assistants ; mais celles qui dépassent ces coudées et qui sont dignes d'être admirées — sont mises de côté, comme étant sans existence. On suit la même tactique pour les œuvres arlistiques qui proviennent des esprits, soit directement, soit indirectement.
À une séance chez Mlle Huet, à Paris, en 1878, une communication fut donnée au moyen de l'alphabet et de coups frappés et l’auteur signa : Swedenborg. Cette dictée, à mon avis, n'était certes pas à la hanteur de l'illustre Suédois, et je me disais qu’un autre avail dû s'affubler de cenom; mais Delphine, qui se trouvait
auprès de moi en ce moment, me dit aussitôt, directement : « Tu te trompes, mon ami: c'est bien Swedenborg qui a donné cette communication — seulement les conditions n'étaient pas propices et la dictée en fut par là altérée,
Au même cercle et vers le même temps, tandis que Delphine donnait une communication, je m'aperçus tout à coup qu'un certain capitaine B., présent, cherchait à l’influencer (mentalement) et à lui faire dire autrement qu'elle ne voulait. Je me permis alors d'apostropher cet intrus, et de lui dire de laisser l'esprit libre d'exprimer sa propre pensée ! Grâce à ma clairvoyance et à mon intervention positive, je pus empècher Delphine de subir (car elle faiblissait déjà) cette influence inopportune.
Un autre cas. — Un excellent portraitiste de Philadelphie, nommé Waugh, me disait que les esprits s'étaient emparés de sa main pour le faire dessiner mécaniquement, mais que — dégoûté de ces œuvres médianimiques — il avait cessé d’être leur instrument. — A quoi lui servait son art, sa science, à ses premiers pas dans cette nouvelle manière de faire ? — À rien du tout!
J'ai bien souvent vu des peintres célèbres de l’autre monde, se servir de ma main pour dessiner, et leurs œuvres dans ces cas étaient bien au-dessous de celles produites par le contrôle de mes enfants qui, eux, sans être artistes, avaient, néanmoins, l’habitite de diriger ma main. — Il est toujours bon de s'arrêter au — pourquoi! et au comment !
En 1875 j'allai, pour la première fois, voir des matérialisations d’esprits, chez les frères Eddy, à Chittenden, petit endroit perdu dans les montagnes de l'État
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de Vermont. C'était vers la fin de l'été, après la visite de Mme Blavatsky et du colonel Olcott, qui, dans Île journal quotidien illustré de New-York, le Graphic, venait de publier une longue série d'articles ou de compte rendus, quifirent grande sensation — lesquels articles mis en un volume ensuite reçurent le titre de a l’eople from the other World », ou « Les habitants de l'autre monde », Mes investigations durèrent trois semaines. Les miens ne pouvaient guère se manifester dans ce milieu, «trop grossier pour eux, » comme Henry vint me dire quelques années après — mais « tout nouveau, tout beau ». Les faits se distinguaient par une grande puissance et se présentaient avec un tel cachet commun de vérité, de naturel ordinaire, qu'on se sentait pris et transporté au delà du vertige, où tout devient simple, clair et compréhensible — tant ilest vrai que la nature est la même partout, et que l'extraordinaire n'existe réellement que dans l'effort que nous faisons pour nous transporter d'un point à un autre.
Le Banner of Light, de Boston, publia en dix colonnes mon compte rendu des séances auxquelles j'assistai, — mais je n’en donnerai ici qu'un résumé bien restreint.
La famille de cultivateurs Eddy, très nombreuse, en filles et en garçons, tous médiums, s'est fait connaître plus particulièrement par les deux aînés, William et Horatio. Le premier donnait des séances de matérialisation de formes entières, dans une demi-0obscurilé ; le second servait de médium dans des cercles éclairés. le plus souvent; ses séances dans l'obscurité étaient toutefois très intéressantes : certains esprits y jouaient sur des intruments de musique d'une manière ravissante, surtout sur l'accordéon — l'exécu-
is —
lante se donnant le nom de May Flower — Fleur de Mai. Elle improvisait aussi des pièces de poésie charmantes. Les principaux acteurs ou esprits qui se matérialisaient ordinairement étaient : Honto, Indienne, — Wickachee, Indien, -— Mme Eaton, venant généralement comme une vieille commère édentée, — la Sorcière de la Montagne, se disant la fille de l’ancien Balthazar, —- le frère de la Sorcière, — Georges Dix. marin, — French Mary. Chacun dé ces personnages jouait un rôle particulier. Les {rois premiers, apparaissant tous les soirs, restaient longtemps sur la scène généralement, et captivaient l'attention de l'auditoire par leurs allures et gestes. Honto et Wickachee ne parlaient guère, mais la « mère Eaton » avait une volubilité étonnante. Honto, très active, excellait dans la fabrication instantanée de châles, que ses doigts agiles retiraient de l'air, du mur, du plancher, des genoux des assistants — de n'importe où enfin — chàles de toutes grandeurs, de tissus différents et de toutes couleurs — qu'on examinait à volonté. Elle sautait, dansait avec celui-ci ou celle-là, fumait la pipe, en vrai squatw, lirait 1e pistolet, sortait de Ja chambre, allait en dehors avec qui voulait l'accompagner, et faisait entièrement le tour de la maison avant de rentrer. Un soir, durant Ja séance, un photographe spirite étant présent avec son instrument, on fit son portrait, dont j'ai une excellente copie. On prit ensuite le portrait des autres esprits familiers, de la même manière, et, jai ceux-là également. Comment pouvait-on obtenir des photographies dans des conditions semblables ? dira-t-on : sans la lumière du jour, dans une demi-obscurité ! Et pourtant cela se fit. Wickachee, bel Indien, très agile, faisait assez souvent des armes avec William Eddy ; il maniait très bien l'épée et le sabre, et parfois
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il effrayait tellement son adversaire que celui-ci devenait tout pâle et jetait des cris d'effroi, à la grande consternation de l'auditoire.
La mère Katon amusait beaucoup les assistants par son caquetage de commère et ses dialogues avec ceuxci ou ceux-là ; elle racontait sa vie terrestre, sa vie d'esprit. faisait des remarques mordantes ou charitables sur les voisins, les voisines, et donnait des conseils excellents à ceux qui lui en demandaient ; cel esprit enfin semblait être autant de ce monde que de l'autre. Parfois, elle se présentait jeune, avec toutes ses dents, et invilait tout le monde à venir l'examiner de près — ce que chacun se hâtait de faire. Alors elle causait haut avec ses visiteurs, de la même voix qu'avant, de vieille, et leur faisait toucher ses joues roses, devenues pleines, sans plis. Ce jeu de transformation semblait lui plaire, et plaisait aux autres aussi. La Sorcière de la Montagne et son frère, donnaient fréquemment des conférences, à haute voix, sur tel ou te] sujet, lesquelles duraient de vingt minutes à une demi-heure, sans relâche — un tour de force que je ne vis jamais faire par nul autre esprit. Quant à la question de la parenté de ces deux esprits avec le fameux Balthazar, de mémoire biblique — dont ils parlaient quelquefois — cela est un sujet qu'on envisageail généralement comme plus ou moins apocryphe. Georges Dix, qui racontait parfois son histoire terrestre et son naufrage, quand il avait passé de vie à trépas, montrant une main où un doigt manquait, figurait plutôt dans les cercles de Horatio Eddy, qu'il dirigeait. French Mary remplissait, en quelque sorte, un rôle de comparse. Il venait beaucoup d'autres esprits, des Indiens, des blancs, des enfants et même des bébés étaient parfois apportés el soumis à l'examen. Le chef
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des Shakers, Evans, avec deux sœurs, étant venus passer une semaine chez les frères Eddy, il arriva qu'un bon nombre d’esprits (féminins, surtoul) de cette confraternité, se matérialisèrent et causèrent avec ces visileurs ; leurs costumes assez singuliers correspondaient avec ceux des mortels qui venaient les voir,
Durant mon séjour là, William Eddy donna une séance dans un petit bois, non loin de la maison. Une tente servit de cabinet. Les manifestations furent excellentes, plus fortes mème que d'habitude. Trois esprits se montrèrent en même temps à la porte du cabinet, et écartant le rideau-porte ils montrèrent le médium endormi sur sa chaise. De vingt à vingt-cinq formes sortirent cette fois du cabinet improvisé ; des Indiens apparurent en làchant leurs stridents cris de guerre, brandissant leurs tomahawks — comme s'ils allaient scalper ou faire la chevelure à quelqu'un. Une autre fois, comme pour répondre aux doutes que quelqu'un avait exprimés au sujet du cabinet, les esprits poussèrent William à tendre une sorte de rideau noir dans un coin de la chambre, et s'asseyant en arrière, les invisibles sortirent de là en aussi grand nombre el aussi bien matérialisés que du cabinet Monfils, Henry, essaya de faire comme les autres esprits ; il fit une apparition à la porte du cabinet et me désigna du doigt, mais il ne m'appela pas auprès de lui, de crainte de se montrer dans un état imparfait. Dans une séance 0bscure de Horatio Eddy, où un vacarme terrible avait lieu, par les cris des esprits, 1e sautilleent des meubles et le son des instruments de musique, flottant dans l'air, Henry étant à côté de moi, mais à l’état invisible, me dit de demander à Georges Dix, de bien vouloir l'admettre comme membre de son orchestre — ce que je fis à haute voix. Ge directeur, qu'on enten-
dait çà et là, tout autour de rious, me répondit qu'il n'avait pas d'objection à avoir un autre musicien dans sa troupe — car Henry possède grandement ce talent, I fut donc convenu que mon garcon ferait partie dorénavant, ou pour un temps plutôt, de cette bruyante société.
Dans les cercles clairs de Horatio, il se passait de jolies manifestations : le médium ayant les mains el les pieds attachés solidement à sa chaise, un rideau noir était jeté par-dessus lui, ne laissant que sa tête à découvert; à ses côtés s'asseyaient des incrédules, le tenant par les mains et pressant leurs pieds contre les siens ; ainsi posés, en ligne, il y avait un petit espace ombré en arrière, où les esprits pouvaient condenser les fluides et opérer. On voyait alors, en pleine lumière, des mains, petites ou grandes et blanches comme du lait, se montrer au-dessus des trois têtes, ou de côté à travers le rideau, Les mains du médium étant bien brunes et vilaines, ces mains-là ne pouvaient pas être les siennes, qui étaient prisonnières., La main mutilée de George Dix, ayant un doigt coupé, se montrait souvent, faisant office de direction. On donnait à ces mains des cartes ou des feuillets de papier, marqués, cl presque aussitôt ils étaient rendus couverts de communications ou de dessins, très étranges parfois, mais finement exécutés.
Durant mon long séjour chez ces médiums le nombre des visiteurs, venus de partout, fut constamment de quarante à cinquante. Le photographe spirite, J. R. Evans, qui était arrivé parmi nous, fit beaucoup de portraits d'esprits qui furent reconnus. Ge médium, aussi peu recommandable que le fut Buguet, à Paris 1874) comme ce dernier, finit mal. — Mais malgré ses ombres fortes, ou sa malhonnèêteté, il donna beaucoup
de preuves irréfutables de vraie imédiumnité, C'était Daguerre, disait-il, qui le contrôlait ; et, j'en eus la preuve comme ceci: — Etant à Boston, quelque temps après, cet esprit s'annonça à moi, directement, et me parla longuement en français, Il me dit, qu'en effet, Evans était son médium, qu'il se servait de lui — « quoiqu'il fût canaille — mais qu'il le lâcherait aussitôt que possible » et c'est ce qui arriva. Je lui deimandai comment il faisait pour obtenir des photographies sans lumière ? — car le médium recouvrait linstrument avec un drap épais — il me répondit, qu'on n'en pouvait point faire sans lumière ! EL, il ajouta : — « Rappelez-vous, que le fluide magnétique, qu'on lire du médium et des assistants est lumineux : nous condensons cette lumière en avant de la plaque sensilive, el par ce moyen nous pouvons copier n'importe quoi. La lumière extérieure est plutôt un obstacle qu'autre chose, dans nos expériences, car elle affaiblit nos empreintes. » Je publiai cette explication de Daguerre dans le temps, dans le Banner of Light, pour l'instruction des médiums qui s'adonnaient à cette partie. Et, plus lard, je m'aperçus que cet esprit avail parfaitement raison. La science est bien de ce monde — mais elle vient de là-haut !
Etant à New-York, quelques années avant, me promenant le soir dans Broadway, je songeais à ma médiumnité, qui se développait bien, pensais-je — quand aussitôt de mon épigastre sortit une voix bien audble, qui me répoudit en français : — « On ne frappe jamais en vain à la porte divine! » — Bon! dis-je, me voilà comme l'âne de Balaam ! Qui êtes-vous”? qui me parlez ainsi, répliquai-je. Après un instant d'attente la mème voix me souffla ceci — mais à l'intérieur: — « Je suis un de ceux que vous avez appelés de la Nouvelle-Or-
léans ! » — Je ne comprenais pas, et j'allais passer outre, quand on me montra une image de la chose. Six mois avant j'avais écrit à un nommé Joseph Barthet, qui publiait à la Nouvelle-Orléans une revue spirite en français, et en post-scriptum j'avais ajouté : — Veuillez donc nous envoyer de vos esprits qui ont tant d'esprit! La lumière venait de se faire. et elle se fit plus brillante encore quand j'entendis : « Je suis Voltaire. »
Le lendemain, dans l'après-midi, par une chaleur torride, j'allais faire une visite au juge Edmonds, quand dans un parc, je me mis sous un arbre pour jouir de son ombre — et je me dis : Il me semble que l'ombre d'un arbre est plus douce que celle d'un rocher ! Immédiatement une voix me répondit, en anglais, langue dans laquelle je pensais : — « The mineral is the male, the vegetable, the female servants of man! » — « Le minéral et le végétal sont les serviteurs masculins et féminins de l'homme. » J'appris aussitôt que c'était l'esprit du docteur Benjamin Rush, de Philadelphie, qui venail d'exprimer cette pensée, si juste, si poctique.
Je me rendais ‘in jour, à Montréal, auprès d’un comilé, qui s'arrogeait le merite d'une œuvre que j'avais conçue et mise en activité — comme cela arrive souvent partout — bien décidé à dire ma façon de penser à ces amis, quand, au mil'eu de l'escalier, une voix me dit subitement, en anglais : — « Halte là! et souviens- Loi, que l'âme de toute chose doit rester ignorée! » Je {is volte face, en déclarant en moi-même, que cet espritavait raison, el je me rendis chez moi. Je ne m'informai pas du nom de cet esprit — si élevé!
Mon factotum spirituel, Henry, après mon départ de chez les frères Kddy, m'avait fait dessiner son portrait en costume de marin. avec ceux d'un homme et d’une
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femme (ses guides) de chaque côté de lui. [l m’expliqua alors que, non content de faire partie de l'orchestre de Georges Dix {ainsi que je l’ai mentionné plus haut) il allait suivre ce dernier dans des excursions sur mer et ailleurs, pour inspirer, protéger ou recevoir les naufragés, ce qui était une autre hesogne de Dix. Six mois après cela j'appris, par d’autres, que mon Henry avait abandonné cette vie ou cette mission — son cœur trop tendre n'avait pu résister à la vue des anxiétés, des souffrances d'autrui, qu'il se trouvait forcé de voir de près. On verra plus tard que ce dessin, que je conserve encore, servira d'introduction à une révélation fort surprenante, Un rien souvent sert à de grandes fins.
Le 13 janvier 1877 je devins veuf. Durant les trois jours d’agonie de ma femme, je pus parfaitement voir, par la clairvoyance, le spectacle du dégagement, lent et en quelque sorte rebelle de son esprit. C'était la première fois que je constatais de visu cette transformation. J'avais déjà contemplé avec intérêt la métamorphose de la chenille en papillon, j'en avais suivi toutes les phases, et le cas devant moi me rappelait celui-là. La mort, depuis assez longtemps, ne m'offrait plus sa face lugubre, comme autrefois — par conséquent, l'émotion chez moi faisait place au désir du savoir, à l'empire de la raison, qui envisage tout avec placidité. J'avais fermé les yeux de mes enfants, depuis des années, sans frissonner, ainsi queje le faisais les premières fois. Comme un rayon de soleil faisant irruplion dans une chambre, où on voit les plus petites poussières volligeant en tous sens — de mème j'apercevais les molécules périspritales s'échappant du corps dans le lit et s'agglomérant petit à pelit à coté de la couche, el là tourbillonner en spirales, L'attraction el
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la répulsion se démontraient là parfailement à mes yeux, non seulement dans la formation du corps fluidique, où les molécules s'agitaient longtemps avant de se caser, chacune à sa place — mais entre la vie maté. rielle et la vie spirituelle, l’une représentée par le corps se désagrégeant, et l'autre par le périsprit encore informe, mais en voie de formation — une lutte acharnée se manifestait, dont je pouvais suivre toutes les phases, partielles ou générales. L’acharnement du moi extérieur à l'existence matérielle, son aversion positive contre le changement, se révélait dans ce moment suprême, comme un reflet puissant des idées persistantes qui s'étaient enracinées jusqu'au fond de l'être — de manière à atteindre le moi intérieur lui-même. Le reflux du fluide vital vers le corps mourant se faisail par moments avec une violence extrême, déplaçant el révolutionnant le double, tellement, qu'il semblait sur le point d'être tout à fait absorbé. Je vis deux esprits masculins près du lit, l'un d'eux me dit «qu'ils avaient été appelés comme médecins pour surveiller cet accouchement spirituel — ainsi qu'il s'exprima, et, il ajouta: — « Dans les cas ordinaires, n importe qui peut faire pour aider à un accouchement de notre côté, comme sur terre, mais dans les cas difficiles les hommes de l'art deviennent nécessaires ; c'est pourquoi nous sommes ici. Votre femme est tellement attachée à la terre que c'est avec peine que nous venons à bout de l'en détacher. Elle sera huil jours sans recouvrer connaissance après sa mort. » Tout cela me fut dit en français, et cet esprit m'annonça qu'il était Français, mais que l'autre était Italien. Il se passa huit jours, en effet, après la mort de ma femme, sans que je sentisse sa présence auprès de moi, mais la huitième nuit, étant couché, son esprit, tout imprégné d’effluves matériel-
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les, tout palpitant du désir de s'attacher encore à moi, donnait par là même à ses habits une telle consistance que je les entendais frôler mon lit. Il se passa alors ce que je lui avais prédit, une douzaine d'années avant, en demi-badinage : — le lien était rompu!
Les idées courantes dans ce monde s'adonnent à cet exercice dans le but de se développer: elles sont loin d’avoir toute leur valeur. Il est ainsi de la notion sur le sujet du mariage, qu'on se hâte de déclarer bon ou mauvais — s'il est heureux ou malheureux — comme si la mission sur la terre consistait à trouver le bonheur. Une de mes filles aériennes, Céleste, me disait ceci un jour, et je prie chacun de réfléchir là-dessus: — « Si j'avais à choisir sur terre entre une existence malheureuse ou bienheureuse, laquelle crois-tu que je prendrais ? » — Ma foi! lui répondis-je : je n'en sais rien en ce moment, « Et bien,je prendrais la malheureuse | »
Quand une jeune fille choisit, parmi ses prétendus, le plus mauvais sujet — comme cela arrive généralement — les soi-disant sages de ce monde — lui jettent la pierre et la déclarent folle — comme si le‘dévouement, le sacrifice, n'étaient pas la plus belle auréole de l'amour. Consciemment — comme esprit, comme moi intérieur — la jeune fille alors sait ce qu'elle fait : comme ange, aux « ailes » diaphanes, elle se sacrifie pour l'avancement de l'autre — pour l'avancement du monde ! Get avancement peut bien ne pas arriver sur terre, mais dans la continuation de l'existence dans l'autre monde, l'effet se fera sentir sur le plus brutal : il sera forcé de bénir son ange, de l'adorer, et de le suivre dans les sphères bonnes et belles.
J'étais occupé une après-midi chez moi, à Montréal, à faire un triage de papiers et à déchirer des dessins auxquels je ne tenais pas, et j'allais anéantir celui qui représentait Henry avec son costume de marin el ses deux compagnons, dont j'ai déjà parlé, quand soudain Henry arriva comme une bombe et me eria vivement: — «Ne déchire pas ça, papa! » Je fus tout étonné de son apparition si fougueuse, si empressée, et je Jui dis : — Pourquoi pas? Est-ce à cause de lon portrait? — « Non! » me répondit-il. Et, non! encore, ajouta-t-il au sujet du compagnon.— Done, lui dis-je, c'est à cause de la femme? «Oui!» dit-il, et il s'empressa de me souffler ceci: — « L'histoire de cette femme se lie intimement à la tienne, dans le passé lointain ; mais je viendrai ce soir te raconter tout ça ! » — Maïs avant d'enlamer ce sujet, afin de le rendre plus clair et compréhensible, je dois aller en arrière et dévoiler ce qu'on m'avait dit sur mon existence précédente sur la Lerre. Cette révélation me fut faite par différents esprits, l'histoire de l'un concordant avec celle de l'autre, tellement, que je finis par croire que cet enchaînement formail une bonne somme d'évidence, et je eessai de lutter contre ce que je eroyais n'être qu'un caprice de mon imaginalion, une suggestion d'amour-propre.
D'après mes inspiralteurs, mon existence précédente sur terre aurait eu lieu 300 ans avant l'ère vulgaire
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que nous traversons encore. J'étais né en Turcomanie, (Orient), dans la partie montagneuse. Mon père, riche en troupeaux, m'avait envoyé à Téhéran, capitale de la Perse, pour compléter mon instruction, J'étais enfant unique et l’idole de mon père. Un esprit, se disant mou ancien père, se montra plusieurs fois à moi et me dit bien des choses sur mon compte Il me fil faire mon portrait d'autrefois, à la plume, et le sien aussi, lesquels se ressemblent, tous deux ayant un même nez crochu, ou de juif, et la coiffure de mouton de Perse, l'une grise, l’autre noire, ont un même cachet, Mon ex-père me dit, que j'avais alors la passion des voyages, comme dans ma présente réincarnation, et que cela le désolait, car il était souvent seul, ne me gardant auprès de lui qu'à de longs intervalles, surtout après avoir terminé mes études en Perse. Je tenais à répandre partout ce que j'avais appris. et à acquérir, en voyageant, de nouvelles connaissances. J'avais connu l'empereur de Perse, durant mon séjour à Téhéran, et il s'était pris d'affection pour moi; il me nomma gouverneur de mon pays, qui élait alors une Province de Ja Perse. Je vis aussi plusieurs fois l'esprit de cet ex-empereur, et j'ai de lui un portrait, qu'il me fit faire. Je sus que c'était un grand homme d'Etat et que l'empire fut prospère sous son règne. Sa figure, dessinée par ma main, annonce, en effet, une forte intelligence. Une nuit il me donna son nom, et ayant négligé de l'écrire tout de suite, je l'oubliai le lendemain, et je ne pus jamais m'en rappeler depuis. Ce visiteur venait à moi pour confirmer ce que d'autres m'avaient dit, et en même temps pour renouer nos anciennes relations.
Maintenant voilà ce que Henry, la nuit venue, vint me raconter : — «Gette femme et toi, papa, vous vous
êtes connus il yatrès longtemps. Elle m'a dit son histoire et quelque chose de la tienne — en ce qui la concerne. Elle est ici, à côté de moi, pour surveiller mon récit, et me souffler au besoin des réponses à tes questions. Elle ne pourrait, elle-même, te faire ce récit, c'est pourquoi je lui sers d'intermédiaire.
«A peu près 300 ans avant cette ère vous viviez tous deux sur celte terre, dans des conditions sociales bien différentes. Un jour, lorsqu'elle avait à peine 12 ans, tu rendis un service signalé à son père, qui était pauvre et souffrant — et dès ce moment elle commença à entretenir pour toi dans son sein les plus vifs sentiments : mais cela n'étail connu de personne, pas mème de toi — l'objet de son adoration. Il s’écoula quelques années avant que le destin fit des siennes pour vous rapprocher de nouveau. Elle, pauvre fille, ef Loi, grand seigneur, vous ne pouviez facilement vous rencontrer — elle, pour te dire son amour, et toi, pour lui tendre une main protectrice, une main de maire, ainsi qu'elle a toujours voulu que ta main fût pour elle. Tu veux savoir le nom qu'elle avait alors. C'élail, et c'estencore, dit-elle, Djtmæ (Étoile du Matin). Le temps s'écoula lentement, langoureusement, pour celte enfant de l'Orient ; elle rêvait à toi le jour et la nuil, mais sans pouvoir attirer ni tes regards, ni La pitié. Quand elle arriva vers l'âge de 16 ans, après avoir agité dans son cœurdes flammes d'abordnaissantes, mais qui prirent ensuite un caractère incendiaire, Djimæ tomba, à son grand désespoir, entreles mains d'un vieillard, dignitaire de l'État comme toi, mais occupant une position inférieure à la tienne. Elle crut que tu voudrais, si tu savais son infortune, l'enlever du harem où elle se trouvait depuis quelques jours seulement ; avec ses beaux yeux elle séduisit un jeune garçon, serviteur de
son maitre, et par lui elle te fit demander la grâce d'être ton esclave, n'importe quoi. La journée où ceci se passait tirait à son déclin, quand le possesseur de Djimæ apprit ce qui était arrivé et comme ce vieillard ne se souciait nullement de te céder sa fraîche proie, ni de te laire opposition ouverte, en refusant de te la vendre ou de t'en faire présent, il s'arrèta à l'idée de la livrer aux bêtes fauves. Ne pouvant la garder pour lui-même, ce féroce et luxueux Oriental qui, de plus, élait jaloux de toi (les inférieurs, en tous temps, étant généralement jaloux de leurs supérieurs), préférait sacrifier son bien que de t'en voir jouir. Ainsi donc, la nuit venue, ce fut sous ce voile, que ce méprisable vieillard envoya Djim®æ, sous une escorte de quarante cavaliers, dans une forêt épaisse, lointaine de quelques heures de course — qu'il savait être fréquentée par les bêtes féroces.
«Quelque temps après le départ de cette troupe tu te {trouvais dans ton harem, entouré de tes femmes et de tes esclaves, ne songeant pas du tout à la prière de Djimæ, de cette pauvre fille qui se rendait à un supplice terrible. Ta protection lui faisait défaut, non pas par mauvaise volonté ou indifférence, mais par le fait de l'oubli. La fille de celui que tu avais une fois obligé, et dont tu Le rappelais le nom, pouvait compter sur Loi comme sur son père -- mais, hélas ! les grands de tous les temps se trouvent assez souvent en faute de mémoire, au milieu des honneurs et des tracas qui les entourent, Ta journée à peu près finie, tu étais là, dans ton harem, bâillant de fatigue et d'ennui, lorsque te retournant brusquement, comme sous le coup d’une inspiration subite, tu dis à un de tes négrillons : Parle; dis quelque chose! Cet enfant, ne sachant que dire, de lui-même, obéit à une impulsion inté-