‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 7 sur 113 · PREMIERE CHASSE DANS LAFHIQLE AUSTRALE · texte numérisé non relu

PREMIERE CHASSE DANS LAFHIQLE AUSTRALE

hensibles pour moi. Les springbiicks ont passe par là cette nuit, me dit \\\\\ d'eux on mauvais anglais (l).

Je fus émerveillé de cette perspicacité, et, descendant de ma monture, je me fis expliquer comment il savait que c'étaient des springbucks et d'après quels indices il voyait que leur passage remontait à la nuit; mais je ne compris pas grand'chose à ses explicaétions en ce les collines allant de Tune une éclaircie , jeter un coup plaine voisine, mes se mirent guement quelpassaitauloin, peine perceptimai à environ Après s'être d'eux me (grand oiseau), trant le petit

tions. Nous moment dans dont j'ai parlé, à l'autre; dans nous p ù m e s d'œil dans la et mes liomà regarder lonque chose qui un point noir à tible que j'csoOO mètres, concertés, l'un dit : JJig hird en me monpoint noir, et

de ses mains il m'indiqua presque la taille d'une autruche ; il ajouta qu'il fallait laisser mon cheval et me traîner à terre, afin que l'oiseau ne me « look » pas. Après avoir fait le tour de la colline, ce qui nous rapprocha considérablement, je descendis dans la plaine et nous nous mîmes à ramper dans les herbes. Un des hommes regardait de temps à autre par dessus la végétation de façon à voir si nous restions dans la bonne direction et si l'oiseau était encore là.

A 120 mètres environ, notre gibier leva la tète d'un air in-

(1) Si>ruifihv.ck., nom aiif^lais de la gazelle [Gazella cuc/iore^.

terrogatif, il allait sans doute prendre son vol ; mais je voulais tirer au fusil de chasse et j'étais encore trop loin. Le noir me dit : (( Non, non, rifle, » c'est-à-dire de tirer à balle. Je voyais un oiseau d'une taille supérieure à une dinde qui semblait sur le point de s'enfuir en se dirigeant vers une éminence rocailleuse et nue où j'allais l'apercevoir beaucoup mieux. Profitant d'un arbre, je me levai lentement, dissimulé derrière le tronc, et, visant avec soin, je tirai mon premier coup de fusil L'oiseau

était couché sur le côté, battant de l'aile ouverte. Mes Cafres se mirent à courir de toutes leurs forces et je les suivis. Cet oiseau, que je ne connaissais pas, était une outarde {Otis tarda on Otis kori), conmie me l'apprit mon hôte.

Elle était énorme et mesurait 85 centimètres de longueur de la naissance du cou à celle de la queue; son poids était de 22 kilogrammes. La balle avait traversé le corps diagonalement ; si je l'avais tirée à plombs , l'outarde m'aurait certainement échappé.

Un des Cafres ayant pris l'oiseau sur ses épaules partit pour le porter à la ferme; nous continuâmes notre journée.

Vers dix heures, mes hommes signalèrent encore des traces des gazelles dt'jà vues le matin; il devait y en avoir une douzaine environ.

Après deux heures de marche, au moment où nous voyions déjà dans le lointain la foret bordant la rivière des Crocodiles, nous aperçûmes une petite troupe d'antilopes détalant dans la plaine. « Go, go, » me dit le Cafre, en faisant de ses mains le signe d'ajuster avec un fusil, et je partis à fond de train. Le sol était dur, les herbes rares ; les gazelles commencèrent à perdre leur distance; à ce moment, nous courions parallèlement, mais je n'osais lâcher les rênes de mon cheval pour tirer, craignant qu'il ne se jetât à terre; je ne pouvais ajuster d'une seule main, mon fusil étant trop lourd et les antilopes se trouvant tout à fait à ma gauche, à environ 80 mètres.

Ul TARDE ET GAZELLES. lô

A un certain moment, comme nous approchions d'un bois, j'arrêtai mon cheval, je sautai à terre et je tirai au hasard dans La troupe qui fuyait; mais mon émotion était trop forte : mes deux coups furent perdus. J'allais remonter à cheval ; mes Cafrcs qui accouraient me firent signe de rester à pied : Springbuck go sit clown for biish, criait le polyglotte, voulant dire sans doute que les antilopes fatiguées de notre course s'arrêteraient certainement dans le bois pour souffler. Un des hommes garda mon cheval, les autres prirent la piste et nous pénétrâmes dans les massifs quelques instants après. Le soleil commençait à être chaud et l'ombre nous fit une impression agréable de fraîcheur ; la vue éblouie par le miroitement extérieur se trouvait également reposée par ce demi-jour. Les Cafres aperçurent les gazelles, dès leur entrée dans la forêt; quant à moi, j'écarquillais en vain mes yeux; au bout d'un moment pourtant, comme le dindon de la fable, je vis bien quelque chose, mais je ne distinguais pas très bien. A ce moment, mes guides m'entraînèrent dans une direction tout à fait opposée; n'y comprenant rien du tout, je voulus connaître le motif de ce détour; personne ne })ut me répondre. Enfin, l'un d'eux gonfla ses joues, fit des yeux énormes et avec de grands balancements de bras dans la direction des antilopes, me fit comprendre ou plutôt deviner, à l'aide de cette pantomime, dont je ne pus m'empêcher de rire, que le vent nous était défavorable. Le détour dura plus d'une demiheure. Nous nous étions placés du côté opposé à l'entrée du bois, ayant les antilopes entre nous et cette entrée. Je parvins alors avec des précautions infinies à m'approcher à environ 150 mètres; mais je distinguais très mal les animaux. Comme il ne fallait pas perdre de temps, je tirai sur une antilope sans savoir si c'était la croupe ou l'épaule que j'ajustais. Il se trouva que c'était l'épaule. La gazelle tomba foudroyée, un trou béant à l'endroit où la balle était sortie.

Le soir, après une poursuite nouvelle, j'en abattis une autre.

IG MES GRANDES CHASSES DANS L'AFRIQUE CExNTRALE.

Telle fut ma première journée de chasse dans rAl'rique australe.

Mon ami me complimenta sur mes succès, il admira surtout l'outarde qui est devenue excessivement rare.

De son côté, il avait tué trois gazelles et un watcrbuck ou antilope kob [Kobiis ellipsiprymmus), le tout en trois heures, sans descendre de son cheval.

11 me raconta qu'autrefois les gazelles étaient nombreuses, que les Boers se réunissaient, les cernaient à cheval et en tuaient, en une journée, plusieurs centaines ; la viande séchée et salée leur servait de vivres de réserve.

J'ai toujours entendu dire que les Boers étaient des tireurs merveilleux; j'ai d'ailleurs aperçu des cibles presque partout en traversant le Transvaal. Ils excellent au tir à cheval, et l'arme dont ils se servent est le Martini Henry. Les Boers disent souvent que celui qui n'atteint pas une côte de mouton à 100 mètres n'est pas un tireur ; pourtant ce petit os est facile à manquer à cette distance, surtout à cheval.

Les Boers descendent, comme on sait, des anciens Hollandais établis au Cap, mélangés d'abord avec des Français, huguenots exilés à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes et dont un grand nombre firent de ce beau pays leur patrie adoptive, puis avec des Anglais qui commençaient à arriver dans la colonie hollandaise.

Boer veut dire paysan, fermier : ils le sont tous, ce qui ne les empêche pas de voyager, de chasser surtout beaucoup ; et si les vieux Boers pouvaient écrire leurs souvenirs, nous y trouverions de fameuses histoires de chasse.

Au commencement du siècle actuel, on nous cite des partis de Boers ayant passé une saison dans le fly-vountry et revenus avec les dépouilles de rjuatre-vingt-treize éléphants ! Conmie les temps sont changés !

Je tuai encore une gazelle le lendemain et pris congé de

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