EXCURSION AU CROCODILE RIVER
M. M., Boer qui remplissait un emploi important auprès du gouvernement à Pretoria. II me proposa, avec cette urbanité qu'on a, au Transvaal, pour tout ce qui n'est pas anglais, une excursion de quelques jours dans une de ses fermes, située près de la rivière des Crocodiles, avec la promesse de m'y montrer de vrais Buslimen et du gibier.
Comme mes futurs camarades de voyage n'étaient pas encore signalés au Cap, j'acceptai cette invitation, et nous partîmes à cheval, un soir, avec J\I. M. J'avais le vif désir d'étudier de près les Bushmen, ces petits êtres dont la race est aujourd'hui presque éteinte.
J'espérais recueillir quelques renseignements nouveaux sur leurs mœurs, et surtout obtenir de mon nouvel ami, chasseur aussi, pendant les quelques jours que nous pourrions passer ensemble, bien des détails sur le pays. Ses conseils me furent fort utiles par la suite et m'évitèrent, comme on le verra , de nombreux déboires.
Tout d'abord, ce qu'il m'apprit sur le paj's, me fit renoncer à mon idée première de faire notre voyage à cheval du Transvaal au Zambèze. Nous allions entrer, aussitôt après avoir quitté le pays des Boers, dans la région infestée par la mouche tsé-tsé, qui tue, en les piquant, tous les animaux domestiques; les chevaux étaient de plus exposés, dans ces régions, à une maladie terrible (1), tellement commune, que ceux qui y survivent sont l'exception, et s'achètent à des prix d'or, étant désormais à ral)ri du fléau. xVdmettant môme que nous eussions acheté des chevaux salted (exempts du mal), nous étions presque sûrs de les perdre à cause de la tsé-tsé (2) ; nos bœufs étaient sans doute destinés à y périr, mais nous ne pouvions nous passer d'eux. J'espérais tout au moins qu'ils vivraient assez longtemps
(1) Espèce de pneumonie.
(2) Je décrirai plus loin cette terrible mouche et ses mœurs.
pour nous conduire à destination, espoir qui ne se réalisa pas.
Donc nous irions à pied, en chassant : cela nous formerait à la marche dès le début, nous donnerait de l'appétit et nous permettrait de mieux voir le pays ; ce serait un peu dur dans les premiers temps, mais on s'y ferait.
Je me faisais ces réflexions tout en visitant la propriété de mon nouvel ami, située au pied des monts Zoutpansberg. C'est un petit hameau ou groupe de fermes appelé Ratlachter, à peu de distance de la rivière des Crocodiles. L'aspect de tout était riant et prospère : du bétail splendide, des prairies, de jolis ruisseaux aux ondes claires, ombragés çà et là de bosquets sombres; au fond, des collines couvertes de végétation tachetée par endroits de feuillage jaunissant, un terrain accidenté sous un ciel d'automne calme et serein; nous étions au seuil de l'hiver, du bel hiver de l'Afrique australe, si doux qu'il épargne les plantes les plus délicates.
Le lendemain, à l'aube, mon hùte et moi nous partions à cheval pour la chasse. Nous devions nous séparer un peu plus loin, et aller chacun de notre côté avec quatre ou cinq Cafres. J'avais mon express que je portais à l'épaule, comme j'avais vu faire à mon compagnon. Un des Cafres venait derrière moi avec un fusil lisse, pour le cas où nous aurions vu de la plume.
Gela me semblait étrange de chasser à cheval ; cela est excessivement agréable pour poursuivre le gibier, mais pour tirer juste, on est obligé démettre pied à terre. Ily a d'autres inconvénients : certains fourrés sont absolument impraticables à un cavalier, à cause des branches basses, souvent couvertes d'épines, que l'on y rencontre ; de même, on ne peut traverser une broussaille ou une forêt épaisse, à vive allure, parce que l'on doit éviter mille obstacles.
Mes Cafres marchaient devant, interrogeant tour à tour l'horizon et la terre où ils voyaient des signes encore incompré-