CHAPITRE II
La brousse africaine. — Notre personnel. — Campement sur le bord de la rivière des Crocodiles. — La vie au camp. — Chasse à Téland et au guib. — Premières traces de buffles et de lions. — La mouche tsé-tsé et ses ravages. — Harde de zèbres.
11 est à constater que nous ne possédons pas de nom pour la partie sauvage de l'Afrique, tandis que FAsie et l'Amérique ont été mieux partagées. Aux Indes, on appelle jungles les terrains non habités, couverts de végétation vierge, où abonde la faune locale ; et tout le monde a entendu parler des savanes d'Amérique.
Nos troupiers, dans les expéditions coloniales, ont donné à la campagne soit africaine soit tonkinoise le nom de brousse. Les Anglais possèdent un mot, « ihe hush », qui rend bien l'idée de pays inculte, d'un endroit où la civilisation n'a pfls pénétré et où, seule, la nature gouverne le règne animal et le règne végétal.
C'est là que se dérouleront à l'avenir, à peu d'exceptions près, toutes mes aventures; et j'ai voulu signaler, une fois pour toutes, qu'en me servant des mots brousse et broussailles, je voulais leur donner l'acception du mot anglais, et non désigner simplement les touffes d'arbustes très rameux dont parle notre dictionnaire. Pour suppléer à cette lacune de notre langue, j'emploierai les mots petites, hautes, courtes, épaisses brous-
LA BROUSSE AKHICAINH. 10
sailles, pour donner au lecteur une idée de l'aspect général, si changeant, de la végétation tropicale.
C'est dans cette brousse que notre chariot à bœufs accomplissait un parcours journalier moyen de 20 à 25 kilomètres. Nous partions à pied en même temps, et, sur tout le chemin, nous cherchions à nous distraire en chassant ou en cherchant des insectes. Nous nous éloimiions souvent considérablement de notre route, mais nous nous retrouvions toujours au campement du soir. J'avais emporté des fusées que l'on devait lancer tous les quarts d'heure, si nous n'étions pas rentrés à la tombée de la nuit ; elles servaient à remettre dans leur direction ceux qui s'égaraient.
Notre personnel se composait d'un Hottentot conducteur de bœufs, que j'avais surnommé Macaron (1), de huit Cafres, savoir : deux aides-conducteurs, trois auxiliaires, doux chasseurs, un cuisinier, et de trois domestiques.
Je prenais chaque matin les chasseurs, et je courais le pays en quête de gibier. Les premiers jours, mes compagnons venaient avec moi ou s'en allaient de leur côté. Mais la santé de Smith était déjà fort ébranlée, et Hanner, n'étant pas encore acclimaté, se ressentait beaucoup de ses fatigues; quant à Jones, il n'avait pas la passion de la chasse : la pêche, en revanche, était son occupation favorite dès qu'il rencontrait un cours d'eau.
Quatre ou cinq jours avant notre arrivée à la rivière des Crocodiles, nous aperçûmes, à un kilomètre à peine du chariot, une harde de gazelles qui comptait de 150 à 200 têtes; elles étaient en plaine, et le vent nous était défavorable. Après un long détour, nous arrivâmes en rampant à 180 mètres du troupeau; Hanner et Smith étaient d'un côté; moi, de l'autre. Nous tirons en même temps et nous abattons chacun notre animal ;
(1) Par euphémisme de son véritable nom contenant deux clic/>-'< : M'ak'on.
pendant la fuite, j'ai la chance d'en tuer un deuxième, grâce à un coup de hasard, ce qui portait à (juatre springbucks le résultat de la journée. Mes camarades surtout étaient enchantés; c'était leur première antilope.
Ce soir-là, il y eut festin au camp. Les Cafres, en pareille occasion, mangent au point de s'en rendre malades; on se demande comment tant de nourriture peut bien entrer dans un si petit corps. Toute la soirée et une partie de la nuit les noirs engloutirent de la viande coupée par petits morceaux, rôtie sur des charbons ardents; ils eussent continué jusqu'au lendemain, si je n'avais mis le holà.
Le noir est ainsi fait : il ne pense jamais à l'avenir et consomme souvent en un jour des provisions suffisantes pour une semaine; en revanche, il sait se contenter de peu aux temps de misère. Il nous arriva souvent plus tard des jours de disette après l'abondance : les noirs se nourrissaient alors des débris de peaux qu'ils avaient dédaignés tant que nous avions eu de la viande.
Le 8 juin, 18 jours après notre départ de Pretoria, nous arrivâmes au point où la rivière des Crocodiles quitte le Transvaal et se dirioc nord-ouest sud-est vers la mer. Nous étions dans le pays de Gaça depuis une semaine environ.
Après avoir choisi un endroit propice au campement, je donnai le signal de l'arrêt.
Nous campions ordinairement de la façon suivante : Macaron iustallait le chariot au milieu du camp et attachait ses bœufs autour; nous faisions, à 5 ou 6 mètres plus loin, et de chaque côté, plusieurs feux; les noirs se mettaient 4 ou 5 autour d'un foyer ; nous avions aussi le neutre ; nous formions ainsi quatre groupes occupant les coins d'un carré dont le centre était représenté par l'attelage et le chariot. Ouand il pleuvait, ce qui arrivait souvent, on se réfugiait sous le chariot et dedans ; je voulais ménager les tentes et les garder pour la deuxième
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LA VIE AU (AMP. 'Jl