‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 10 sur 113 · partie du vovagc, ce dont j eus à me léllcilor plus laiil · texte numérisé non relu

partie du vovagc, ce dont j eus à me léllcilor plus laiil

Le feu de bivouac est une distraction ; on le regarde parfois pendant des heures entières, étendu, sur sa natte ou assis, les irenoux entre les mains, suivant d'un œil distrait les transformations des charbons ardents, tout en se laissant en même temps aller à ses pensées, et fumant une bonne pipe.

Avant de nous distraire et de nous réchauiïer, les feux avaient servi à cuire notre repas : chaque foyer avait sa marmite, destinée aux occupants; on causait ainsi tout en donnant un tour de cuiller, en goûtant à la sauce, en ajoutant du sel ou du poivre, pendant que les domestiques mettaient sur une nappe nos assiettes de fer émaillé et nos couverts d'étain. Le repas fini, on fumait une pipe, on devisait encore des incidents de la journée et de ce qu'on prévoyait pour le lendemain, jusqu'à ce que le sommeil se fît sentir. Tous les groupes causaient ainsi, d'habitude, jusqu'à 10 ou M heures du soir. Les noirs sont très bavards, lorsqu'ils ont bien mangé; nous nous endormions souvent ^Dercés par leurs conversations interminables, incompréhensibles pour nous. Peu à peu cependant , tout se calmait, et Ton n'entendait plus que quelques pétillements du bois vert, le bruit régulier des mâchoires de quelques-uns de nos ruminants, le cri monotone des grillons des alentours; au ciel, pas un nuage, des milliers d'étoiles; autour de nous, l'ombre, la nature endormie...

Quand on campe ainsi, il faut entretenir les feux toute la nuit. Comme on est plusieurs, il est rare qu'un des dormeurs ne s'éveille pas de temps en temps ; il attise le foyer ou ajoute du bois. J'ai cependant remarqué plus d'une fois, pendant mes voyages, le feu complètement éteint et mes gens dormant d'un sommeil voisin de la mort, surtout après les grandes fatigues. Mais, à la rivière des Crocodiles, nous étions en pays inconnu, sans grande confiance, passant nos premières nuits à découvert. On dort peu en pareil cas.

Le jour de notre arrivée sur les bords de la rivière des Crocodiles, nous étions à la veille de nos malheurs. Quelques remarques faites par nos guides m'avaient donné à supposer que le gibier était nombreux dans ces parages, et les chasseurs m'avaient décrit par gestes de grands animaux cornus : des antilopes sans doute. Il y avait quelque chose de plus, que nous apprîmes le lendemain : nous entrions dans la région infestée par la terrible mouche tsé-tsé, et nous devions nous attendre à rencontrer celle-ci d'un moment à l'autre. C'était la mort de nos bœufs : il n'y avait pas de remède en notre pouvoir, nous ne pouvions que nous résigner à notre sort.

En attendant de le connaître , je me décidai à me mettre en chasse le lendemain dès l'aube. Les indigènes d'un petit village voisin étaient venus nous rendre visite , et l'un d'eux s'était chargé, mo^^ennant paiement, de conduire notre convoi au campement du lendemain ; un autre avait consenti à venir avec moi, afin de me montrer l'endroit où il y avait du grand gibier et pour me guider ensuite vers le camp.

Smith souffrait fortement des fièvres; je me préparai donc à partir avec Hanner et les chasseurs. Le lendemain matin, tandis que le ciel se teintait légèrement de violet et que les coqs du hameau voisin chantaient déjà, par intervalles, la venue de l'aurore, nous avalions à la hâte un peu de café noir bouillant pour nous réchauffer. Les nuits étaient froides (6 ou 8" environ), un peu humides, et l'on éprouvait au réveil le besoin de se réconforter.

Sitôt après avoir quitté le camp, nous nous séparâmes : Hanner prit d'un côté et moi de l'autre. Dans la chasse à la grosse bête, les occasions sont si rares que, lorsqu'on est ensemble, l'un des chasseurs doit souvent céder son tour à l'autre. Il faut non seulement se séparer, mais s'éloigner de quelques milles , afin que les coups de fusil du voisin ne fassent pas fuir votre gibier.

CHASSE A l'ELAND ET Al' GllB.

Nous descendîmes sur le bord de la rivière, afin d y relever des traces; c'est là que Ton aperçoit généralement les indices les plus sûrs, les animaux venant d'ordinaire boire la nuit dans les régions abritées. On parcourt une partie de la rive et l'on peut choisir Tanimal ([ue son importance désigne de préférence aune poursuite. Ce matin- là, nous vîmes des traces de

gazelles, de bres, de ùus/igazelle harnad'élands. Ces valent être au ou sept, et nous poir de les ratnous mîmes ausleur piste, sans travers plaines, saille s , marsans un arrêt , jusque vers Nous travertits bois , parfrique Centrale , grande partie {niopanétrees

T(He <!e Buslil)iiok.

kobs , de zèbiicks (guib ou chée) et enfin derniers d e nombre de six avions bon esr traper. Nous sitôt à suivre discontinuer, à fourrés et brouschant toujours, sans un repos, li heures, sions des peticuliers à l'Acomposés en de baiihinias deLivingstone).

C<}s arbres rabougris, semés irrégulièrement au hasard, isolés ou par groupes , ne dépassent pas 4 ou 5 mètres de hauteur ; les grandes herbes, les plantes de toutes espèces, croissent librement entre eux, et chaque année, le feu dévore toute cette végétation desséchée, brûlant un peu les troncs des bauhinias : c'est, sans doute, ce qui les empêche de croître davantage.

Les élands avaient marché dans cette forêt basse pendant plusieurs heures. A un certain moment, nos hommes les virent

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devant nous. Les broussailles étaient épaisses, encore pleines de tons verts : le feu n'avait par conséquent pas encore nettoyé le terrain. Nous faisions involontairement du bruit, marchant sur les branches qui jonchaient le sol ou froissant du feuillage, et nous redoublions de précautions pour ne pas signaler notre présence. Les élands étaient à 300 mètres de nous et semblaient encore insouciants du danger qui les menaçait; un d'eux était arrêté sous un arbre, nous tournant presque le dos; un second, la tète en Fair, semblait manger des feuilles. Nous ne voyions pas les autres.

Les hommes restèrent derrière, se cachant, à Texception d'un seul qui venait avec moi. Nous nous dissimulions, courbés en deux, allant d'un arbre à l'autre par de nombreux zig-zags, ne posant le pied à terre qu'avec circonspection. Le vent était bon. Nous étions à peine à 200 mètres, que l'éland qui mangeait s'arrêta et regarda fixement de notre côté ; son voisin en fit autant ; un troisième et un quatrième se montrèrent un peu plus loin, et j'hésitai à avancer encore. Mon noir me fit signe de nous dissimuler davantage; je me mis alors à quatre pattes, faisant des enjambées énormes, lentes et silencieuses, et posant mon fusil devant moi au fur et à mesure que j'avançais. Les élands écoutaient toujours, mais ne pouvaient rien voir. Les antilopes regardent et écoutent ainsi assez longtemps, lorsqu'elles ne peuvent sentir; mais, lorsque le vent est mauvais (c'est-à-dire lorsqu'il va du chasseur au gibier), l'odeur leur suffit, et elles détalent sans jamais regarder en arrière. Pourtant nos grandes antilopes commençaient à s'agiter, marchant et s'arrêtant tour à tour pour regarder encore; si les élands prenaient la fuite, ils nous échappaient peut-être tout à fait. Je choisis un arbre de ma grosseur et me dressai lentement pour pouvoir tirer (1). La distance de-

(1) Je ne puis tirer juste que debout, sans appuyer mon fusil, à genou ou sur un point d'appui, j(^ manque généralement mon ct)up.

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vait dépasser 180 mètres (I). Ayant fait feu, je crus avoir manqué mon coup en voyant la Iiarcle filer au galop à travers les arbres ; mais un des élands resta légèrement en arrière, puis du galop passa au trot, du trot au pas, leva fortement la tête à plusieurs reprises, décrivit deux ou trois cercles, tourna sur lui-même et s'abattit lourdement; ses quatre pieds s'agitèrent un instant et nous ne vîmes plus rien. Depuis le moment où l'animal était resté en arrière, les chasseurs s'étaient écriés qu'il était blessé, et nous nous étions mis à courir de toutes nos forces. C'est en franchissant la distance qui nous séparait de lui que nous vîmes les mouvements que j'ai décrits et qui sont, comme je l'appris plus tard, les symptômes de la blessure au cœur.

L'éland était une femelle énorme, qui mesurait 1°^,55 du sabot antérieur au garrot et devait peser 700 kilos; sa taille était celle d'un bœuf ordinaire, la tête rappelant celle de la vache, mais plus élégante. Sa robe était d'une teinte fauve, avec des raies blanches sur le dos et des demi-bracelets noirs derrière les avant-bras. C'était une Jjien jolie bête.

La balle avait fait un petit trou rond juste au-dessous et en arrière du coude; le cœur était traversé; le ventricule gauche, les poumons, littéralement hachés, la balle ayant éclaté en cet endroit ; la malheureuse bête avait eu néanmoins la force de partir au galop et de faire environ 150 mètres avant de tomber morte. J'aurai souvent à signaler cette vitalité extraordinaire qui

(I) Dans mes premières chasses, les distances sont approximatives, car je n'ai pas pu les noter exactement. Plus tard, au contraire, grâce à une pratique continuelle, je me trompais rarement de plus de 2 ou 3 mètres, soit en plaine, soit en contre-bas, sur les fleuves ou ailleurs, ("était nécessaire, indispensable au tir, mes armes n'ayant qu'une hausse invariable et la quantité de iiuidon à prendre faisant seule la différence de distance. En voyant l'animal, j'évaluais l'éloignement, me servant quehjuefois de points de repère et visant en conséquence exactement le point à atteindre^ Jamais en dessus ni en dessous, prenant seulement plus ou moins de guidon. Evaluation et tir, tout était devenu machinal après des années de prati(iue.

CHASSES DANS l.'vFlitgrE CF.NTl! M.K. 4

semble augmenter en raison inverse de la taille chez les antilopes et autres animaux sauvages.

Je me mis à dépecer mon éland, voulant apprendre aussi bien le métier de boucher que celui de chasseur. Nous avions allumé du feu et nous déjeunâmes avec la viande rôtie à même sur des charbons ardents, ce qui est excellent; le cœur surtout était délicieusement tendre ; les hommes se régalèrent de cette belle viande encore palpitante. La chair de Téland ressemble à celle du bœuf et possède en plus un très léger goût de venaison; sa graisse, très bonne et sans goût aucun, esttrès utile pour faire la cuisine, graisser les fusils, les cuirs et les chaussures.

J'envoyai un homme chercher des porteurs au village, situé à plus de 10 kilomètres, et je repris démon côté, avec le troisième, le chemin du camp, espérant encore tuer quelque chose.

11 était à peu près midi et il fallait rester sous couvert, tous les animaux sans exception évitant les ardeurs du soleil et se réfugiant dans les bois, à partir de 9 ou 10 heures.

Dans l'après-midi, j'avais aperçu un sanglier fuyant à toute vitesse et je l'avais manqué; au milieu d'un fourré, un peu plus tard, une antilope, dont je n'avais pu distinguer l'espèce, s'était montrée également ; je l'avais honteusement manquée aussi et à 80 mètres à peine. J'étais assez vexé de ma maladresse et je me faisais intérieurement des reproches. Quel est le chasseur qui n'a pas l'habitude de se faire ainsi mentalement de la morale ?

11 ne me restait plus grand espoir pour ce soir-là. Quand on a tiré deux ou trois coups de fusil dans un rayon de 4 à 5 kilomètres, on n'a plus guère de chance en Afrique d'y voir quelque chose le môme jour, sauf dans les régions tout à fait inhabitées.

En nous rapprochant de la rivière des Crocodiles que nous avions à traverser pour nous rendre au nouveau campement, mon guide se pencha attentivement, examina des empreintes et ne put retenir une exclamation de regret. Nous ne pouvions pas nous comprendre, mais, à l'examen du sol, je vis qu'un trou-

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