LE CAFÉ GUERBOIS ET ‘‘ L’ECOLE DES BATIGNOLLES
À la suite de ses articles sur Edouard Manet, Zola fréquenta le café Guerbois, où il rencontrait toute une pléiade d’artistes qui formaient ce qu’on a appelé l’Ecole des Batignolles. Ce café Guerbois, était situé au n° 11 de la Grande Rue des Batignolles (aujourd’hui avenue de Clichy) et, le vendredi soir, dès 1866, s’y réunissaient chaque semaine Edouard Manet, Fantin-Latour, Marcelin Desboutins, Pissaro, Renoir, Stevens, Degas, Duranty, Cladel, Sisley, Berthe Morizot, Théodore Duret, Bazille, etc., etc..., et, plus tard Cézanne et Guillemet. Armand Silvestre dans ses Portraits et Souvenirs s’est plu à évoquer cette réunion d'artistes et d’écrivains, dont la plupart sont devenus célèbres :
‘* C’est à cette époque, rappelle-t-il, que Marcelin Desboutins, le plus grand graveur de ce siècle, fit de Zola un petit portrait à la pointe sèche qui est un chef d’œuvre tout simplement ?”.
Le portrait de Zola, par Manet, date de 1868.
La plupart des hôtes du café Guerbois se retrouvent dans la célèbre toile Un atelier aux Batignolles, qui fut exposée au Salon de 1870, et qui appartient aujourd’hui au Musée du Luxembourg.
Dans une lettre qu’il adressait à Edwards, le 15 juin 1871, Fantin- Latour énumère et décrit en ces termes les personnages qui lui servirent à composer son tableau :
‘* Voici les noms des peintres réunis autour de Manet peignant. À côté de lui, Schælcher (en paletot brun), de Francfort, peintre qui a fait de très belles natures mortes, à qui je trouve beaucoup de talent, que je vous °commande comme un ami bien charmant, jouant du violon en artiste, très intelligent, très doux, avec qui vous aurez, j’en suis bien sûr, des relations agréables. Derrière Manet est Renoir, peintre qui fera parler de lui (il a certes du talent), puis Astruc, poëte fantaisiste, en ce genre je ne m'y connais pas. Manet semble le regarder et faire son portrait : il semble se prêter de bonne grâce à cela; je crois que parmi nous il n’y a personne qui ne lait portraicturé : c’est un plaisir pour lui de poser. Au-dessus, Emile Zola, romancier réaliste, grand défenseur de Manet dans les journaux;
il tient un lorgnon à la main. À côté, presque une tête seulement, un ami : Edmond Maître, esprit fin, musicien amateur, employé à l’Hôtel de Ville. À côté de lui, Bazille, pauvre garçon qui s’est fait tuer à Beaune-la-Rolande par les Prussiens; il annonçait du talent. À côté, Monet, peintre que vous connaissez. Sur la table, une petite Minerve grecque du style le plus pur, un pot émaillé de Bouvier, peintre faisant ces objets avec goût... ??