A TOUT LE MONDE
At non formosa est, at non béni culta puella?
Ovide.
Quoi ! ne l'avois-je assez en mes vœux désir. N'étoit-elle assez belle ou assez bien parée?
Regmer.
On a dit, l'an passé, que j'imitais Byron;
Vous qui me connaissez, vous savez bien que non.
A. de Musset.
J'ai toujours voulu voir du pays, et la vie Que mène un voyageur m'a toujours fait envie. Je me suis dit cent fois qu'un demi-siècle entier Dans le même logis, dans le même quartier ; Que dix ans do travail, dix ans de patience A lire les docteurs et creuser leur science,
58 MHS HEURES PERDUES
Ne valent pas six mois jj;i r voie et par chemin, Six mois de vie errante, un bâton à la main.
— Eh bien! me voici prêt, ma valise est remplie; Où vais-je? — En Italie? — Ah! fi donc ! l'Italie! Voyage de badauds, de beaux fils à gants blancs, Qui vont là par ennui, par ton, comme à Coblentz, En poste, au grand galop, traversent Rome entière, Et regardent ton ciel, Naples, par la portière.
— Mais ce que je veux, moi, voir avant de mourir, Où je veux à souhait rêver, chanter, courir,
C'est l'Espagne, ô mon cœur! c'est l'hôtesse des Maures,
Avec ses orangers et ses frais sycomores,
Ses fleuves, ses rochers à pic, et ses sentiers
Où s'entendent, la nuit, les chants des muletiers;
L'Espagne d'autrefois, seul débris qui surnage
Du colosse englouti qui fut le moyen âge ;
L'Espagne et ses couvens, et ses vieilles cités
Toutes ceintes de murs que l'âge a respectés;
Madrid, Léon, Burgos, Grenade, et cette ville
Si belle, qu'il n'en -est qu'une au monde, Séville !
La ville des amans, la ville des jaloux,
Fière du beau printemps de son ciel andaloux,
Qui, sous ses longs arceaux de blanches colonnades,
S'endort, comme une vierge, au bruit des sérénades.
Jusqu'à tant que pour moi le jour se soit levé
Où je pourrai te voir et baiser ton pavé,
Séville ! c'est au sein de cette autre patrie
Que je veux, mes amis, mettre ma rêverie ;
C'est là que j'enverrai mon âme, et chercherai
De doux récits d'amour que je vous redirai: