‹ Mes heures perduesChapitre 18 sur 97 · CE QUI PEUT A.BRIVKB A TOI T LE MONDE · texte numérisé non relu

CE QUI PEUT A.BRIVKB A TOI T LE MONDE

Ne se contraignit plus, et cessa d'écouter

Un reste de remords qui voulait l'arrêter :

Si bien qu'un beau matin, au détour d'une allée,

Gabriel vit venir une duègne voilée,

D'un air mystérieux l'aborder en chemin,

Regarder autour d'elle, et lui prendre la main

En disant : a Une sage et discrète personne,

Que l'on ne peut nommer ici, mais qu'on soupçonne

Vous être bien connue et vous toucher de près,

Mon noble cavalier, me charge tout exprès

De vous faire savoir que toute la soirée

Elle reste au logis, et serait honorée

De pouvoir vous apprendre, elle-même, combien

A votre seigneurie elle voudrait de bien. »

Banquiers, agens de change, épiciers et notaires, Percepteurs, contrôleurs, sous-chefs de ministères, Boutiquiers, électeurs, vous tous/ grands et petits, Dans les soins d'ici-bas lourdement abrutis, N'est-il pas vrai pourtant que, dans cette matière, Où s'agite en tous sens votre existence entière, Vous n'avez pu flétrir votre âme, et la fermer Si bien, qu'il n'y demeure un souvenir d'aimer? Oh! qui ne s'est, au moins une fois dans sa vie, D'une extase d'amour senti rame ravie!

Quel cœur, si desséché qu'il soit, et si glacé, Vers un monde nouveau ne s'est point élancé? Quel homme n'a pas vu s'élever dans les nues Des chœurs mystérieux de vierges demi-nues; Et lorsqu'il a senti tressaillir une main, Et qu'une voix aimée a dit tout bas : « Demain », Oh ! qui n'a pas connu cette fièvre brûlante, Ces imprécations à l'aiguille trop lente,

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Et cotte impatience à ne pouvoir tenir

En place, et comme un jour a de mal à finir!

— Hélas! pourquoi faut-il que le ciel nous envie

Ces instans de bonheur, si rares dans la vie,

P^t qu'une heure d'amour, trop prompte à s'effacer,

Soit si longue à venir, et si courte à passer!

Après un jour, après un siècle entier d'attente, Gabriel, l'œil en feu, la gorge haletante, Arrive; on l'attendait. Il la vit, — et pensa Mourir dans le baiser dont elle l'embrassa.

La nature parfois a d'étranges mystères !

Derrière le satin des rideaux solitaires

Que s'est-il donc passé d'inouï? Je ne sais :

On entend des soupirs péniblement poussés,

Et soudain Paquitta s'écriant : « Honte et rage !

Sainte mère de Dieu! c'est ainsi qu'on m'outrage !

Quoi ! ces yeux, cette bouche et cette gorge-là,

N'ont de ce beau seigneur obtenu que cela !

Il vient dire qu'il m'aime! et quand je m'abandonne

Aux sermens qu'il me fait, grand Dieu! que je me donne,

Que je risque pour lui mon âme, et je la mets

En pa;se d'être un jour damnée à tout jamais, •

Voilà ma récompense ! Ah ! pour que tu réveilles

Ce corps tout épuisé de luxure et de veilles,

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