ACTE I, SCÈNE II
Eh ! j'y pense à mon tour ! Il me prend fantaisie
De chanter tes attraits en belle poésie ;
Car tout chacun s'en mêle, et n'est pas, Dieu merci,
Jusqu'à ton serviteur qui ne s'en pique aussi.
Je veux te célébrer sous 1« nom de Glycère,
Mot greo qui signifie...
LA FERONNIERE.
Il n'est pas nécessaire Que votre majesté, pour aussi peu vraiment, S'aille mettre en dépense, et prenne du tourment. On sait qu'elle manie et la plume et l'épée, Comme le duc César qui prit le roi Pompée.
FRANÇOIS Ier.
Historique, historique! Ah! peste!
LA FÉRONNIÈRE
Mais on dit, Car à'vous parler franc ce regard m'enhardit, Que ce roi, qui jamais n'a trouvé de rebelles, Est volage en amour et grand trompeur de belles; On va jusqu'à nommer...
François Ier, l'interrompant.
Je me suis autrefois Senti quelque penchant pour Françoise de Foix, C'est vrai; mais c'est fini, cela depuis Pavie, Où nous perdîmes tout, fors l'honneur et la vie, Comme tu sais de reste.
LA FÉRONNIÈRE, souriant.
Est-ce là tout ?
122 LA MORT DE PBAHÇOI8 1er
FRANÇOIS I3r.
L'œil bleu.
Le souris gracieux d'Anne de Pisseleu, Des égards innocens, de froides complaisances Ont servi de prétexte à bien des médisances ; Laisse à de vains discours les oisifs occupés ; Il n'en est rien du tout, crois-moi.
LA FERONNIERE
Vous me trompez.
Mais croyez-vous, hélas! que je sois la maîtresse De rompre ce lien qui m'enserre et me presse, Et si de cet amour j'avais pu triompher Que j'aurais attendu cela pour l'étouffer ? Oh ! c'est plus fort que moi ! Vingt fois, pauvre insensée ! De revenir à bien j'ai conçu la pensée ; J'ai lutté jour et nuit, j'ai prié tous les saints De maintenir mon âme en ses pieux desseins ; J'ai dit à notre abbé : je donnerai, messire, Deux nappes pour l'autel et dix cierges de cire, Un voile pour la Vierge, et je ferai cadeau D'une robe de drap mi-partie au bedeau ; J'ai jeûné, j'ai veillé, j'ai vu dans ma misère S'user entre mes doigts les grains de mon rosaire; Hélas ! rien n'y faisait. — J'ai, près des nécromans, Contre ce mai sans fin cherché des talismans: Bohèmes, zing.aris, et docteurs hermétiques, J'implorai près d'eux tous des mots cabalistiques ; L'amour fut le plus fort, et j'ai pu découvrir Qu'il n'est charmes ni sorts qui sachent en guérir ! Ce que voyant enfin, triste et désespérée, Je me suis au torrent tout entière livrée :