‹ Mes heures perduesChapitre 28 sur 97 · ACTE l, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE l, SCÈNE II

Je t'aime! va, crois-moi ; je t'aime; je te dis Que j'ai perdu pour toi ma part de paradis, Et me suis résignée à la gêne éternelle Que réserve l'enfer à l'âme criminelle !

FRANÇOIS 1er.

Va! je te donnerai tant d'or et de joyaux, Mignonne, et de rubis et d'ornemens royaux, Que tu pourras du ciel désarmer les vengeances, Et t' acheter comptant pour mille ans d'indulgences!

LA FERONNIERE.

Ah ! puisse un tel péché se racheter ainsi !

Mais qui fera que moi je me pardonne aussi?

François 1er, à part.

Des remords ! dans le cours de mes erreurs passées

Je n'avais jamais vu que femmes empressées

A tomber âmes pieds, et sentant tout le prix

De l'honneur qu'on voulait bien faire à leurs maris ;

C'était d'un glacial, d'une monotonie!

Mais voici, grâce à Dieu, l'intrigue rajeunie,

Et je quitte à la fin les sentiers rebattus

Des vulgaires amours et des demi- vertus!

LA FÉRONNIÈRE, continuant.

Je vais toujours pleurant et m'accusant moi-même De trahir mes devoirs et cet époux qui m'aime!...

FRANÇOIS 1er.

Maître Ferron : je sais : la gloire du barreau, Plaidant comme jamais Tullius Cicero,

124 LA MORT DE PRANÇOI6 Ier

Docteur en droit canon, maître ès-arts, homme unique, Qui totum scibile scivit, dit la chronique! Depuis que notre édit de Villers-Coterets Du latin scolastique a purgé les arrêts, Et par-devant nos cours civile et criminelle, Rétahli dans son droit la langue maternelle, Maints éloquens discours et plaidoyers français Ont encore assuré le gain de se3 procès !

LA féronniÈre, pleurant.

Il m'aime ! et dans mon cœur un autre a pris sa place ; Il m'aime! et je le fuis, et son amour me lasse! C'est mon plus grand supplice; il m'aime! et c'est pitié De payer tant d'amour par si peu d'amitié !

FRANÇOIS 1er, la pressant dans ses bras. Elle est plus belle encor, je crois, lorsqu'elle pleure!

LA FÉRONNIÈRE

Mais il va revenir au logis ; voici l'heure : Si vous ne voulez pas ma mort, si vous pensez Que ces tourmens sans fin m'ont dû punir assez. Allez-vous-en.

FRANÇOIS Ier.

Déjà!

LA FÉRONNIÈRE

Vous ne pouvez connaître Ce qu'au fond de cette âme un soupçon ferait naître ; Monseigneur, croyez-moi, partez ; car s'il entrait, Et vous trouvait céans, ô Sire ! .

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