ACTE I, SCÈNE H
FRANÇOIS 1er, avec fierté.
Il n'oserait!
Mais te quitter si tôt, te quitter ! il me semble Qu'à peine avons-nous eu le loisir d'être ensemble; Je n'ai rien dit encor de ce que je voulais , Et tu veux m'exiler déjà dans mon palais!
— Je pars; mais eu retour, il faut qu'aujourd'hui même Je te revoie...
LA FÉRONNIÈRE
0 ciel !
FRANÇOIS Ier.
Une femme qui m'aime Sera-t-elle inflexible au plus cher de mes vœux ?
(Tendrement).
J'ai besoin de te voir, il le faut. — Je le veux !
LA féronnière, avec abattement.
Allons ! — Depuis le jour où je me suis donnée, J'ai remis en vos mains toute ma destinée, Advienne que pourra .'j'en ai pris mon parti.
— Mais attendez au moins que Ferron soit sorti.
FRANÇOIS Ier.
Mais comment le savoir? Que faut-il que je fasse ?
la féronnière, après avoir réfléchi un instant.
(Le menant à la fenêtre,) Il n'est que ce moyen. — Oui. — Le logis en face Est à l'un de vos gens. — Allez-y. — J'agirai Si bien aveo Ferron que je l'éloignerai ;
Dès qu'il n'y sera plus, j'ouvrirai la fenêtre
Que voilà; c'est le signe où vous pourrez connaître
Que je suis seule. — Allez. — Mais pas avant, pour Dieu !
FRANÇOIS Ier, lui baisant la main.
Je te le jure, foi de gentilhomme! — Adieu !
(Il sort par la porte dérobée.)
LA FÉRONNIÈRE, seule.
Remettons- nous un peu. — J'étais pâle et glacée.
Je tremblais qu'il ne vînt. — L'heure est déjà passée.
Qu'il n'aperçoive pas mon visage altéré,
Et ne se doute pas, surtout, que j'ai pleuré!
Mais comment l'éloigner d'ici sans qu'il soupçonne?...
On vient; — c'est lui! — Mon Dieu, malgré moi je frissonne!