‹ Mes heures perduesChapitre 38 sur 97 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

FERRON, seul.

Il s'éloigne; il me brave, et rit de ma colère!

Dire qu'un tel affront restera sans salaire !

Dire qu'impunément un lâche suborneur

Du foyer domestique aura souillé l'honneur!

Il est roi ! mot fatal ! étrange caractère

Où tombe le pouvoir des juges de la terre,

Où la haine se brise, et voudrait vainement

Dans les lois d'ici -bas chercher un châtiment!

Ainsi donc on ira répétant par la ville

Que Ferron l'avocat fut d'une âme assez vile

Pour souffrir, sans oser en demander raison,

Qu'un homme ait apporté la honte en sa maison !

J'entendrai les plaideurs, jusque dans l'auditoire,

En attendant Messieurs, raconter mon histoire ;

Les passans chuchoter, et, sous leur chaperon,

Les clercs en ricanant se dire : c'est Ferron !

Ainsi, mon nom taché, ma mémoire flétrie,

Vont chez tous ces gens-là servir de raillerie !

Non, non ! car je prétends lui faire un tel trépas

Qu'on frémira d'horreur, et qu'on ne rira pas.

Mais que faire, mon Dieu? — Le poignard! — impossible.

Le poison! — quel projet! — toujours inaccessible!

Un flot de courtisans, d'archers et de valets

S'agite incessamment aux abords du palais !

J'ai beau chercher, j'ai beau, dans mon intelligence,

Retourner en tous sens ce besoin de vengeance,

Hélas ! toujours, partout, je trouve avec effroi

Entre ma haine et lui ces trois mots : Il est roi!

Mais celle que j'aimais, et qui fut sa complice,

Page 1