‹ Mes heures perduesChapitre 55 sur 97 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Combien j'ai dû souffrir ! quand on vient à penser

Que moi, qui veux sa mort, il fallut m'abaisser

A feindre, à lui jurer ; — mais qu'importe un parjure

A présent? — que j'avais oublié mon injure !

Ab ! sans doute le ciel, pour premier châtiment,

Jette sur ses maudits l'esprit d'aveuglement.

Je l'ai trompée enfin; se croyant pardonnée,

Elle s'est dans mes bras sans crainte abandonnée,

La pauvre malheureuse ! et ne soupçonnant pas

Que ces embrassemens recelaient le ti'épas,

Et moi, je la serrais dans mes bras toute nue,

Plus belle que jamais je ne l'avais connue

Alors le souvenir en moi s'est ranimé

Du temps où je l'aimais et m'en croyais aimé ;

Mon œil s'est retracé l'image involontaire

De ces premières nuits d'amour et de mystère.

Pourquoi le cacherai -je? un instant j'ai faibli ;

J'ai presque regretté.... C'est un moment d'oubli,

J'en conviens ; mais bientôt ma haine rallumée

A repris place au cœur, et l'œuvre est consommée !

Qu'elle porte à présent l'amour empoisonné...

LA FÉRONN1ÈRE se réveille. Elle cherche des yeux son mari ; l'aperçoit, et vient se jeter dans ses bras.

Dis enoore une fois que tu m'as pardonné ! Mon crime méritait une peine exemplaire ; Tu ne t'es pas armé de toute ta colère. Toi, tu fus bon pour moi ! Non jamais, mon ami, Lorsque je te tenais dans mes bras, endormi, Que tu me prodiguais ces caresses de flamme Qui passent par le corps pour aller jusqu'à l'âme, Jamais je n'ai connu plus doux ravissemens, Ni trouvé tant de charme à tes embrassemens.

164 LA MORT DE FRANÇOIS 1er

Que ma joie était pure 1 et comme en cette étreinte Que ne venait troubler la remords ni la crainte, J'ai goûté ce bonheur que je croyais perdu, Dont j'étais si peu digne, et que ta m'as rendu i

FERRON, ne pouvant plus cacher son émotion, fait quelques pas pour sortir.

Adieu !

LA FERONNIERH.

Que signifie?

FERRON, troublé.

Un voyage.... une affaire.

LA FERONN1ERE.

Tu ne m'as jamais dit....

FERRON, avec effort.

Adieu !

LA FÉRONNIÈRE, le retenant.

Que vas-tu faire?

Quoi, tu veux, maintenant que de plus heureux jours....

FERRON, d'un air sombre.

Quand je ne voudrais pas, il le faudrait toujours.

LA FERONNIÈRE.

Peux-tu bien me quitter ?

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