ACTE II, SCÈNE IV
FERRON, avec un soupir qu'il ne peut étouffer. Ah, je sens qu'il m'en coûte !
LA FÉRONNIÈRE
Est-ce pour bien long- temps?
FERRON
Pour bien long-temps!
LA FÉRONN1ÈRE, lui prenant la main.
Ecoute :
Tu veux partir. — C'est bien. — Mais je me maudirais Si je gardais encor pour toi quelques secrets : Je méritais la mort, indigne pécheresse ; Et toi, tu m'as rendu la vie et ta tendresse, Tu m'as ouvert ces bras que tu pouvais fermer. Eh bien! c'est toi que j'aime, et que je veux aimer; Je serai ton esclave, et te viendrai moi-même Servir comme mon maître et seigneur !
FERRON, avec transport.
Elle m'aime !
LA FÉRONNIÈRE
Mais, pour celui qui put m'arracher au devoir,
Tu sais qu'il n'est qu'un pas du vouloir au pouvoir :
Ah ! crains, à tes dépens, mon ami, crains d'apprendre
Hélas ! ce que l'amour d'un roi peut entreprendre !
Car enfin il m'aimait! — Et moi, de mon côté,
— Car je te dois ici toute la vérité, —
Je doute encor de moi !... je ne suis pas bien sûre Que le ciel jusqu'au fond ait fermé la blessure ; Je n'ose interroger mon âme, et je craindrais De la livrer encore à d'éternels regrets ! Oh ! c'est pour cette fois que le ciel et la terre Devraient de tout leur poids écraser l'adultère, Et fermer sans retour l'espoir du repentir ! Or tu peux empêcher cela. — Tu veux partir ; Emmène-moi.
PERRON
Grand Dieu !
LA FEEONN1ERE.
Partons pour l'Italie, Pour l'Espagne, qu'importe? Il faut que je l'oublie, Il le faut, je le veux! — Partons ! Qui sa:t, demain. S'il ne nous aura pas interdit le chemin? Il n'est que ce moyen : essayons de l'absence; L'éloignement sans doute aura plus de pui^since. Me sauvera plus vite, et pour ma guérison Peut-être fera plus que n'a fait la raison !
ferron, avec entraînement.
Par les saints ! est-il vrai, dis, que ton cœur abjure Ce détestable amour ? réponds.
LA FERONNIÈRE.
Je te le jure, Je ne veux plus le voir.