ACTE II, SCÈNE IV. H
FERRON, transporte.
Ainsi j'ai retrouvé Ce bonheur d'autrefois que j'avais tant rêvé !
LA FÉRONNIÈRE
Il importe, avant tout, de faire diligence : Partons. — Va, nous serons heureux !
FERRON, entraîné par elle, fait quelques pas pour sortir, puis comme frappé d'une idée soudaine, il revient précipitamment, et s'écrie avec désespoir:
(A part.) Et ma vengeance !
Qu'ai-je fait ? qu'ai-je fait ? — Oh ! le germe assassin Circule dans son corps et lui ronge le sein ! J'allais lui pardonner; ma haine désarmée.... Ah, je sens que jamais je ne l'ai plus aimée ! Et pourtant si je fuis avec elle, et la mets Dans l'impuissance enfin de le revoir jamais, Nous en mourrons toujours, et lui, le seul coupable, Il vivra !
LA FÉRONNIÈRE
Qu'as-tu donc?
FERRON, de même.
Oh! ma tête est capable De se briser! Vouloir la serrer dans mes bras, Et ne pas le pouvoir !
168 LA MORT DG FRANÇOIS Ier
LÀ FERONNIERE.
Dès que tu le voudras, Nous partirons.
ferron, avec effort.
Je pars seul
Quelle étrange idée!
C'est la seule faveur que j'eusse demandée. Je t'ai fait lire au fond de mon âme, et tu vois Que pour notre bonheur à tous deux...
ferron, à part.
Cette voix, Ce regard, tout cela m'enivre et ne me laisse Que trouble au fond de l'âme ! — Oh, c'est une faiblesse ! — Et pourtant n'est-il pas horrible de penser Qu'il faut que ce soit moi qui vienne la pousser Vers cet autre?
LA FERONNIERE.
N'as- tu pas dit : Je te pardonne !
Et tu veux que je reste!
(Elle prend ses mains, qu'elle embrasse.)
FERRON, faisant un effort pour la repousser. Il le faut ; — je l'ordonne!
LA FÉronniÈre, pleurant.
Quoi I vous me repoussez de vos bras ! — C'est affreux !