SCÈNE II
FRANÇOIS 1er, GUILLAUME COP, D'ANNEBAUT, HENRI, dauphin, GUILLAUME PETIT, confesseur du roi, PIERRE DUCHATEL, lecteur du roi; Archers, puis AMBROISE PARÉ.
FRANÇOIS I:r, à Cop-
Ali ! foi de gentilhomme ! arrivez : de ma vie, De vous voir près de moi je n'eus si grande envie, Maître Cop; j'ai besoin de tout votre latin : Faites vite !
COP
Comment se trouve ce matin Votre majesté?
FRANÇOIS 1er.
Mais cette nuit s'est finie Assez tranquillement ; la Vierge en soit bénie !
LE DAUPHIN
Mon père, puissiez-vous vous voir bientôt guéri! ;„vi
Fasse Dieu que dans peu l'Europe sache...
À.CTH III, BCÈNE If. 181
FRANÇOIS Ier.
Henri, Je suis fort mécontent de vous : je viens d'apprendre Dos choses qui vraiment ont droit de me surprendre. Je savais que déjà, depuis six mois entiers, Conspirait aveo vous madame de Poitiers Contre moi, votre père et roi, contre une femme Que je ne souffrirai jamais que l'on diffame, Comme vous avez fait tous deux : j'ai tout appris.
LE DATJrilIN.
Sire, qui vous a pu?...
FRANÇOIS Ier.
Vous paraissez surpris.
LE DAUPHIN
Que je meure à vos yeux, que la fièvre quartaine...
FRANÇOIS 1er.
Ce n'est pas tout : je sais de science certaine Que vous continuez d'entretenir ici Un commerce secret avec Montmorenci.
C'est, foi de gentilhomme! une rare impudence!
LE DATPIIIN.
Mon père, croyez bien...
186 LA MORT DE FRANÇOIS Ier
FRANÇOIS 1er.
Une correspondance Avec un ennemi de l'Etat ! s'être uni Avec un déloyal sujet que j'ai banni ! Avez-vous oublié si tôt sa perfidie, Et quelle trahison cet homme avait ourdie, Quand l'Empereur, sachant ceux de Gand révoltés, Me demanda passage...
LE DAUPHIN
On abuse...
FRANÇOIS Ier.
Ecoutez !
Ne m'interrompez pas. — Que si ma prudhomie, Sur sa foi d'empereur, s'est si bien endormie, C'est grâce au connétable. Ah ! messieurs, il fallait Que je fusse, pardieu! plus fou que Triboulet.
GUILLAUME PETIT
Peut-être avez-vous cru des bruits peu charitables.
FRANÇOIS 1er.
Messieurs, je ne fus pas heureux en connétables! Bourbon, que j'ai comblé de biens, à qui je fis L'honneur d'offrir ma mère et de tenir un fils, Que j'avais mis si haut et si proche du trône Que son manteau ducal valait une couronne ; Il plaide avec les miens, et pour comble d'horreur, Le traître, il court offrir son bras à l'Empereur !