ACTU III, SCÈNE I
Fort incertaine encor quelle fin pourrait prendre
La guerre aux protestans qu'il venait d'entreprendre.
Partit pour la frontière, et voulut observer
Par ses yeux les travaux qu'on venait d'achever.
Elle allait, s'arrOtant à chaque forteresse,
Et suivant son chemin, passant par Bourg-en-Bresse,
Mont-Cornet, Folembraye, où lui fut célébré,
Tar messe en faux-bourdon, le jour de saint André;
De là vint à Compiègne, à Saint-Germain-en-Laie,
Où la fièvre reprit, et son ancienne plaie
Faillit se raviver : partant de Saint-Germain,
Le roi, faible et souffrant, prit un autre chemin;
Il résolut d'aller passer une journée
Ou deux a la Muette, à peine terminée;
Traversant Villepreux, Dampierre, destinant
D'aller faire à Limours son carême-prenant.
Là, sa suite aperçut avec inquiétude
La douleur altérant toute son habitude;
Et sorti de Limours, ce fut à grand effort
Qu'il parvint à gagner les murs de Rochefort.
Le mal croissant toujours, il se mit à reprendre
L'autre route, et voulut incontinent se rendre
A Saint-Germain : sur quoi, comme on lui conseillait
De courir, en passant; les bois de Rambouillet,
Il sembla goûter fort cette plaisanterie,
Et prit tant de plaisir en chasse et volerie
Qu'il voulut, malgré tout, passer la nuit ici.
De fait il y coucha; mais le matin, voici
Que la fièvre le prit, de telle violence
Que force lui fut bien de rester... (1) Mais,, silence!
(1) Voir pour les détails de ce dernier voyage du roi, les Mémoires de Dubellay, Livre X, dont ces vers ne sont qu'un assez mauvais abrégé. (Note de Vauteur.)
J'entends du bruit; le roi se lève en ce moment :
On va le transporter dans cet appartement.
(Les trois portes du fond s'ouvrent, on apporte le roi, étendu sur un lit de repos.)