‹ Mes heures perduesChapitre 72 sur 97 · acte m, sràNE itr · texte numérisé non relu

acte m, sràNE itr

FiîANÇOiS Ie' , se levant à moitié.

Restez !

Restez ! — Ah ! ce n'est pas la mort qui m'épouvante ; L'Espagnol me connaît de reste, et je me vante Que dans toute l'Europe il n'est pas chevalier Plus âpre à la besogne, et plus frano du collier. Pourquoi dans les combats n'ai-je perdu la vie? Je serais si bien mort aux plaines de Pavie, Au bruit des instvumens de guerre et des clairons, Entouré de mes preux chevaliers et barons ! Mon armure eût servi de linceul militaire, Et mes soldats pleurant m'auraient mis dans la terre, Humide encor du sang que ma main eût versé, Comme ils ont fait Bayard quand il a trépassé ! Mais souffrir dans un lit, mourir d'une mort lente, La poitrine rongée et l'haleine brûlante, Vers le terme fatal s'approcher pas à pas, C'est horrible à penser! Ah ! ne m'enlevez pas Le secours de vos soins et de votre science, Mon père; voyez-moi, ce serait conscience Que de m'abandonner dans l'état où je suis; Prenez pitié de moi, par grâce !

FERHON, se rasseyant.

Je poursuis.

Donc comment avez-vous employé sur la terre Ce pouvoir dont le ciel vous fit dépositaire? Répondez-moi : comment avez-vous protégé Le cours de la justice et les droits du clergé? Le salut de l'État risqué dans vingt batailles, Le peuple tout souffrant et surchargé de tailles,

196 LA .MOUT DE FBANÇOIS 1er

Les offices vénaux et la toge à l'encan,

Les droits mis en oubli du clergé gallican,

Le concordat subi, l'étroite politique

Au pontife romain livrant la pragmatique;

Est-ce avec tout cela, dites, que vous pensez

Obtenir le pardon de vos crimes passés,

La luxure, le rapt, les filles débaucbées,

Aux bras de. leurs maris les femmes arrachées,

Dans le péché mortel votre coeur endurci?...

FRANÇOIS Ier, abattu.

Quel homme êtes-vous donc, qui me parlez ainsi?

Ah! qui que vous soyez, bon ou mauvais génie,

Mystérieux témoin de ma lente agonie,

Votre bouche a des sons qui me glacent d'effroi ;

Devant un pèlerin je tremble, moi, le roi.

— J'ai péché, j'ai péché! J'entends du fond de l'âme

Une voix qui me dit que Satan me réclame ;

Mais n'est-il donc plus rien qui puisse me tirer

Des feux du Cocytus prêt à me dévorer ?

Ah! que si j'en reviens jamais, je fais promesse

De bâtir une église et fonder une messe,

Et de ressusciter une ligue de rois ;j

Qui porte chez le Turc l'étendard de la croix;

Mais au moins que, pour prix de toute une existence

Usée au sein des pleurs et de la pénitence,

Dieu le Père, venant l'heure de mon trépas,

De moi, pauvre pécheur, ne se détourne pas!

Ah ! c'est à vos genoux, étrange solitaire,

Que je veux faire amende honorable à la terre,

Et demander pardon de mes forfaits passés

A mes frères en Dieu que j'aurais offensés;

Oh ! dites-moi qu'alors...

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