‹ Mes heures perduesChapitre 71 sur 97 · ACTE FIT, SCÈNE lir · texte numérisé non relu

ACTE FIT, SCÈNE lir

FRANÇOIS 1er.

Qu'avcz-vous dit? je suis un grand pécheur, mon père, Tout souillé de forfaits, je le sais; mais j'espère En la bonté de Dieu, qui n'a point délaissé Jadis le roi David, qui l'avait offensé. Ses crimes étaient grands, le meurtre...

FERRON

Et l'adultère, Le pire de tous ceux qu'ait enfantés la terre!

François 1er, effrayé.

Mon père, vous croyez ?

FERRON

C'est pour ce crime aussi Qu'il se couvrit de cendre et qu'il cria merci ; Et si Dieu désarmé l'a repris en sa grâce, C'est qu'il voulait placer le Sauveur dans sa race, Et gardait, pour l'espoir de l'Eglise et des saints, Toute sa descendance à de plus grands desseins.

FRANÇOIS Ier.

Ce siècle de douleurs, ces huit ans de souffrance, Ne peu\ent-ils aussi me donner l'espérance, Que Dieu, quand sonnera le jour du jugement, Daignera me compter ce premier châtiment? S'il est vrai que souvent ma raison égarée Aux pompes de Satan jadis se soit livrée»,

194 LA MORT DE FRANÇOIS Ier

N'ai-je rien fait aussi qui puisse retenir Le bras de Jésus-Christ levé pour me punir? Fils aîné de l'Eglise, ardent à sa querelle, J'ai défendu sa gloire et combattu pour elle ; Que me reproche-t-on ? n'ai-je p^s résisté Ace torrent du schisme et de l'impiété? N'ai-je pas su, malgré des efforts sacrilèges, Remettre le saint-père en tous ses privilèges? Et savez-vous un roi qui fut meilleur soutien Du saint nom de Jésus et du monde chrétien ?

FERRON

Ah ! si dans ses desseins, ineffable mystère, Dieu souffre que l'impie apparaisse à la terre, Est-oe par des tourmens, ô roi ! que vous pourrez Ramener au bercail vos frères égarés?

Tout le sang répandu par vos mains meurtrières, Ces bûchers, ces bourreaux, Mérindol, Cabrières, Tous ces morts faits par vous se lèvent pour crier Anathème! et trois fois malheur au meurtrier!

FRANÇOIS Ier.

Me parler de la sorte ! Il me semble, mon père. ferron, avec humilité.

Ah! votre majesté pardonnera, j'espère,

A ce que peut avoir de rude en ses discours

Un pauvre homme encor neuf au langage des coiirs ;

Oui, vous avez raison, Sire, je dois me taire;

Et m'en vais retrouver, paisible solitaire,

Le silence du cloître et ses austérités;

Je vous laisse, et bientôt Dieu lui-même...

(fl fait quelques pas pour sortir,

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