‹ Mes heures perduesChapitre 82 sur 97 · SCÈNE I. ~1 I · texte numérisé non relu

SCÈNE I. ~1 I

LISETTE

Si je suis connaisseuse en physionomie, Soyez franc une fois, vous grillez de parler; Voyons, soyez bon prince, et laissez-vous aller; On vous écoute.

PANDOLPHE

Eh bien, s'il ne faut rien te taire, J'eus hier une idée.

LISETTE

Oui-dà!

PANDOLI'IIE.

C'est un mystère,

Au moins!

LISETTE

Bien entendu.

PANDOLPHE

C'est un tour excellent, Dont je veux régaler certain jeune insolent.

LISETTE

Voyons l'excellent tour.

212 PLUS DE PIUR QUE DE UAL

PANDOLPHE

Hier, l'après-dînée, Isabelle voulut sortir : je l'ai menée A la Place Royale, où vient prendre le frais Tout ce qu'a d'élégant le quartier du Marais ; |N Où tous nos étourneaux s'en vont, par ribambelles,

Etaler leurs canons et courtiser les belles : Nous étions là tous deux, assis tranquillement, Lorsque je m'aperçois que, depuis un moment, Certain godelureau, ma foi, de bonne mine, Tourne autour de ma femme, et qu'il vous l'examine D'un air — qui me déplaît.

LISETTE

Alors vous le toisez....

PANDOLPHE

Du tout ; je le salue.

Lisette, continuant comme si elle n'avait pas entendu,.

Et vous lui proposez De se couper la gorge. Oh ! mais cela va vite ! On connaît vos façons d'agir !

PANDOLPHE

Point. Je l'invite A s'asseoir près de nous.

LISETTE

Diable!

PCENR r.

PANDOLPHE

Ecoute ceci :

Voyant qu'il continue à la lorgner ainsi, Je lui dis bonnement que j'approuve son zMe ; Qu'Isabelle d'ailleurs est encor demoiselle...

LISETTE

Qui sait?

PANDOLP11E.

Qu'elle n'a pas encor d'époux, s'entend.

LISETTE

Expliquez-vous.

PANDOLPKE.

Qu'elle a du bien, et que, partant, S'il est d'aussi bon lieu que de mine galante, On pourra s'arranger. — L'idée est excellente. N'est-il pas vrai?

LISETTE

Pardon ; je me demande ici A quoi vous prétendez en venir?

PANDOLPHE

Ab ! voici :

Pour moi, l'un des plus grands mallieurs de l'existence, Lisette, c'est de voir qu'en toute circonstance,

214 TLUS Di PBUR QDB DE MAL.

Au théâtre, à la Foire, et dans maints sots écr'ts,

On nous raille à plaisir, nous autres vieux maris;

Que toujours un Damis, un Eraste, un Clitandre,

Embarque nos moitiés sur le fleuve de Tendre,

Nous vole le trésor que nous tenions caché,

Et se moque de nous par-dessus le marché.

A la fin, je suis las de la plaisanterie ;

C'est le tour des galans, je veux que l'on en rie :

C'est dans ce but que j'ai, moi tout seul, entrepris

De les immoler tous, au profit des maris.

Or le ciel veut qu'hier j'en trouve un d'aventure ;

Ma foi, tant pis pour lui! la pauvre créature

Me le paîrft pour tous ! D'abord je fais passer

Ma femme pour ma fille, et loin de repousser

L'aveu qu'il vient me faire, à moi, de sa tendresse,

Je l'engage à venir céans, et je le pres"se

Si bien qu'il me promet que, dès le lendemain,

Il viendra voir ma fille et demander sa main.

Lisette, vois-tu bien d'ici la comédie?

Mon homme qui soupire en berger d'Arcadie,

Puis moi qui le détrompe, et vient au beau moment

Le jeter à la porte impitoyablement.

Entre nous désormais la lutte est engagée;

Que notre confrérie à la fin soit vengée,

Il y va de ma gloire, et que Paris entier

Apprenne ce que c'est qu'un plat de mon métier!

LISETTE

Monsieur, avez-vous bien dormi la nuit dernière ?

PANDOLPHE

Que veut dire cela?

Page 1