‹ Mes loisirsChapitre 9 sur 42 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

Centaure formidable ! Euménide écumante ! Spectre au rire d'eufer, à l'œil ensorcelé ! Monstre qui souilles tout de ta bave fumante î Fantôme horrible, échevelé !

Des vengeances du ciel effroyable ministre ! Monarque couronné de malédictions !

Guerre, vampire affreux dont la lèvre sinistre Suce le sang délations !

Ce n'est donc pas assez que, dans la vieille Europe, Tes coups aient fait crouler des trônes de mille ans, Il faut, puissant vautour, que ta serre enveloppe Les peuples des deux continents !

Il faut à ta fureur de nouvelles victimes ! Il faut du sang plus jeune à ta voracité ! . . . . De Pimmense Océan franchissant les abîmes, Ton vol sur nous s'est arrêté.

Sous ton seuffle, j'ai vu l'aigle du IS'ouveau-Monde, L'aigle de Washington, oubliant son destin, Fondre sur ses aiglons d'une aile furibonde Et déchirer son propre sein !

J'ai vu la mort affreuse étendre ses deux ailes Des bords du Potomac jusqu'au Mississippi. . . . Et ton bras qui frappait ces campagnes si belles Ne s'est pas encore aHoupi.

Tout tombe ! rien ne fuit tes foudres vengeresses ! Rien de mortel n'échappe à ta sombre fureur ! Depuis le dur granit des hautes forteresses, A l'humble toit du laboureur.

Mais leurs débris, bien loin de lasser ta furie, Ne font qu'aiguillonner ta noire soif de sang : Et tu veux, te ruant sur ma belle Patrie, La percer d'un poignard au flanc.

Loin de tes funestes alarmes.

Mon pays savoure les charmes D'une paisible liberté ; Et ses enfants dignes d'envie Goûtent les plaisirs de la vie Au sein de la prospérité.

Rien ne trouble leur existence ; Les ris, la joie et l'abondance Se sont assis à leurs foyers ;

Seul, le soir, au feu qui pétille, Le vétéran à sa famille Parle batailles et lauriers.

Jamais le vent de tes tempêtes Wa soufflé sur les blondes têtes Qui se pressent autour de lui ; Leur vie a passé sans nuage ; Oh ! ne vient pas souffler Forage Au sein de leurs cœurs aujourd'hui!

Mais jamais, au jour de Tépreuve, On n'a vu les fils du grand Fleuve Trembler devant un étranger ; Et, tous, au premier cri de : Guerre ! On les verra sur la frontière, Sauver la Patrie en danger !

Décembre 1861.

La CHARITE

• • J*ai connu la pitié snr la terre,

Je puis la demander aux cieux.

Ed. TcEQUEir.

îliches, quand des plaisirs la bruyante cohorte En essaims bourdonnants s'arrête à votre porte Et rieuse s'élance en vos salons joyeux ; Quand, dans vos bals dorés, la valse tournoyante Déroulé en frais anneaux sa spirale ondoyante Sur vos tapis soyeux ;

Quand tout est volupté, ravissement et joie ; Quand on voit miroiter chaque robe de soie Aux tremblantes lueurs des candélabres d'or ; Quand tout jette l'ivresse à votre âme ravie, Et que, dans votre cœur, des peines de la vie Le souvenir s'endort ;

Quand, chaudement drapés dans vos riches fourrures

Vous courez étaler vos brillantes parures

Traînés par vos coursiers mordant des freins d'argent ;

Quand près de vous s'incline une foule empressée,

Oh ! n'avez-vous jamais ime seule pensée Pour le pauvre indigent ?

Déshérité de tout, forçat de la souffrance, Il n'a, pour prolonger sa pénible existence, [noir ; Que quelques vieux haillons, qu'un morceau de pain Il est là grelottant dans sa froide mansarde .... Paria du bonheur, l'avenir ne lui garde Qu'un morne désespoir I

Oh ! ne l^oubliez pas dans vos fêtes splendides ! Pour lui le soleil n'a que des rayons livides ; Sa vie, à lui, n'est plus qu'une longue douleur .... Oh ! ne l'oubliez pas ! rien qu'une simple obole Peut rendre au malheureux qu'elle sauve et console La vie et le bonheur !

Donnez à l'orphelin, à l'infirme, à la veuve, A tous ces pauvres cœurs que la souffrance abreuve ; Donnez, donnez ! la main de Dieu vous le rendra : C'est lui qui l'a promis. Et vous surtout, madame, Qui connaissez si bien les doux penchants de l'âme, Oh ! faites des heureux, et l'on vous bénira !

Janvier 1863.

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